Notre relation aux livres n'est pas tout à fait rationnelle

Sociétés

Il y a sans doute une bonne dose de snobisme dans les jugements violents qui veulent qu'un classique se doit de faire sérieux. | Iñaki del Olmo via Unsplash 

La relation épidermique que nous entretenons avec nos bouquins dépasse le seul contenu de leurs textes.

Si les polémiques entre pro et anti-pass sanitaire vous émoustillent les neurones, si vous savourez avec délices les altercations entre ceux qui trouvent qu'on saccage Paris avec des plots en plastique et des bancs incongrus et ceux qui prêchent une modernité en bois et en carton, si vous êtes le spectateur enthousiaste de joutes entre gens prêts à perdre leur âme pour défendre le point médian et tenants de la bonne grammaire bien de chez nous, malgré toute la violence dont votre quotidien virtuel est marqué, vous n'avez encore rien vu.

La sacralisation, un grand classique

La vraie violence pure des réseaux sociaux, elle m'a explosé en pleine figure un médiocre dimanche d'août, au détour d'un tweet, alors que je venais de tomber en arrêt avec ma fille devant un étalage de livres bariolés dans une librairie anglaise. Confrontées à des éclats de fantaisie parant des montagnes de classicisme, nous nous sommes ébaubies devant des classiques inébranlables de type sœurs Brontë, Charles Dickens et autres Jane Austen, mais proposés avec des couvertures colorées, un peu naïves, à la frontière entre l'Art Déco et la vieille pub vintage.

J'ai alors obéi à mon instinct de twitteuse compulsive: j'ai pris une photo et, avide de partager mon choc esthétique avec le reste du monde, j'ai posté. C'est à ce moment-là que le sol s'est dérobé sous mes pieds. Une flopée d'internautes me sont tombés sur le râble pour exprimer leur dégoût, leur mépris voire une certaine agressivité injurieuse face à un message qui m'avait, à moi, semblé insignifiant.

«Par pitié non c'est nul à chier», «le fait que ce soit puéril sans doute», «c'est à vomir», «peut-être parce que c'est immonde», et mon préféré «Totalement infantilisant comme design. Gardez ces idées de merde pour vous, merci», furent quelques-unes des multiples réponses à une question que j'avais voulu rhétorique.

Indignations, messages de soutien et prises de position acharnées ont donné lieu à des dialogues conduisant directement à la joute verbale pas franchement courtoise. Que les internautes se soient émerveillés ou aient craché leur dégoût, les réactions ont été étonnamment extrêmes. Et les arguments (quand il y en a eu) débordants de subjectivité. Et tout ça pour quoi? Pour des livres. Pas pour leur contenu, pour leur apparence.

Distinction

Il y a sans doute une bonne dose de snobisme dans les jugements violents qui veulent qu'un classique se doit de faire sérieux. Et c'est très français, comme le racontait Charlotte Pudlowski en 2013, en expliquant que «la sobriété des couvertures de livres s'inscrit dans une logique de sacralisation, très française, de la littérature, qui remonte au XVIIIe et surtout au XIXe siècle» et que lorsqu'il est devenu possible de fabriquer des couvertures colorées, c'est la littérature populaire qui s'en est emparée, inventant ainsi de nouveaux codes distinguant une littérature qui se voulait sérieuse d'une autre beaucoup moins bien considérée...

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