Non prioritaires mais vaccinés: les fraudeurs de la vaccination

Santé

La file d'attente devant le nouveau centre de vaccination au Stade de France (Saint-Denis), le 6 avril 2021. | Thomas Samson / POOL / AFP

Par peur, pour protéger leurs proches ou simplement dans l'espoir de retrouver une vie normale, certaines personnes n'hésitent pas à user de fausses ordonnances ou de passe-droits pour contourner le calendrier vaccinal.

«Attendre encore jusqu'à l'été, voire l'automne, pour peut-être, je dis bien peut-être, pouvoir être vacciné?! Hors de question!» Martin, 28 ans, se présente sans retenue comme «un fraudeur de la vaccination». Il fait partie de ceux qui sont parvenus à obtenir la précieuse injection, sans pour autant rentrer dans les critères de vaccination établis par le gouvernement. Leurs méthodes? Des passe-droits de connaissances travaillant dans le milieu médical, de fausses ordonnances ou simplement un arrangement avec leur médecin.

C'est avec la complicité de son généraliste que Martin a pu obtenir son sésame: une ordonnance pour se faire vacciner dans un centre de vaccinations de la région Occitanie. Alors qu'Emmanuel Macron a dévoilé fin mars un nouveau calendrier vaccinal, Martin ne regrette pas une seule seconde son geste. «J'ai peur pour ma santé, explique le jeune homme, asthmatique sévère depuis son enfance. Je ne suis pas dans les critères de vaccination alors que l'on sait que l'asthme est un facteur aggravant. Sauf que comme je suis jeune, je n'ai pas le droit d'être rassuré et protégé, peste-t-il. Je dois prendre sur moi, en priant pour ne pas attraper ce virus qui pourrait salement m'amocher. Je ne comprends pas pourquoi l'asthme n'a pas été intégré dans la liste des critères prioritaires.» 

Retrouver sa vie d'avant

Martin n'est pas le seul à se sentir oublié par la politique de vaccination du gouvernement. Pour Marine Crest-Guilluy, médecin généraliste à Marseille, de nombreux patients «à la limite» des critères de comorbidité vivent comme une injustice leur exclusion de la campagne de vaccination.

«C'est compliqué pour les personnes qui ne rentrent pas dans ces critères très factuels et très précis alors même qu'elles sont à risque. Cela peut être un patient en insuffisance cardiaque qui au lieu d'être aux 30% de fraction d'éjection requis est à 29%, ou alors un asthmatique chronique sous traitement qui présente un réel facteur aggravant mais qui pourtant ne peut pas être vacciné, explique-t-elle. C'est difficile de leur expliquer qu'ils n'ont pas le droit au vaccin. Le problème de cette campagne de vaccination, c'est qu'elle range les gens dans des cases, or en médecine il n'y a pas de case parfaite. En tant que soignant, il est difficile de refuser la vaccination à un patient que l'on sait à risque sous prétexte qu'il ne rentre pas dans les critères établis par un énarque. Certains médecins font donc ces ordonnances, à leurs risques et périls.»

En effet, la prescription d'une ordonnance ou d'un certificat de complaisance peut entraîner des poursuites juridiques pour le médecin responsable. De même que le recours à de fausses ordonnances. Mais pas de quoi en dissuader certains. «Un de mes amis s'est carrément transformé en faussaire. Il a photoshoppé une fausse ordonnance où il s'est inventé une malformation cardiaque et c'est passé, confie Cécile, 55 ans, résidant en région parisienne. Il m'a proposé de m'en faire une mais je n'ai pas osé, trop peur de me faire prendre. Je me suis quand même débrouillée pour être vaccinée grâce à une amie qui travaille dans un centre de vaccination. Elle m'a mise sur une liste pour être appelée en fin de journée lorsqu'il leur reste des doses.»

Cécile ne s'en cache pas: si elle a souhaité se faire vacciner le plus vite possible, c'est dans l'espoir de pouvoir voyager de nouveau, profiter des bars et restaurants ou retourner au cinéma lorsque tout rouvrira. Passeport vaccinal, pass sanitaire ou certificat de vaccination, face aux différentes mesures envisagées à travers le monde, l'injection reste la méthode la plus sûre de pouvoir retrouver les joies de la vie sociale et culturelle....

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