Noël peut être un enfer pour les jeunes mères, voici comment l'éviter

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Si cette année, vous comptez parmi vos proches une femme qui vient d'accoucher, vous entrez dans une zone sensible.

Dans quelques jours, c'est Noël. Rester à table pendant des heures, faire semblant d'entendre pour la première fois des anecdotes racontées chaque année, se voir affublé·e de surnoms plus ou moins gênants, supporter les cris des enfants et les mesquineries qui font le sel de toute bonne fête de famille, c'est déjà pénible pour un certain nombre d'entre nous.

Alors imaginez-vous avec une cicatrice d'épisiotomie, une fatigue intense, un moral en dents de scie et une légère incontinence: Noël peut facilement se transformer en enfer. Il est né le divin enfant! Oui, et la dame dont les yeux tiennent ouverts avec des allumettes, c'est sa mère. Si cette année, vous comptez parmi vos proches une jeune maman, vous entrez dans une zone sensible à HBV –haut besoin de bienveillance.

«C'était crevant!» Voilà comment Aurore résume son premier Noël passé en famille après la naissance de sa fille cadette, un 15 décembre. «Le brouhaha, l'excitation, tout ça est assez fatigant, ajoute-t-elle. D'autant que mes proches ne m'ont pas épargnée! Ils m'ont fait changer de chaise au moins trois fois alors que je souffrais dès que je me levais.»

Considérez sa fatigue

De nos jours, la fatigue post-accouchement est considérée comme normale. Tellement normale qu'elle est complètement banalisée. «L'entourage a tendance à minimiser, explique Marie Mahé-Poulin, coautrice avec Céline Chadelat du livre Le mois d'or, bien vivre le premier mois après l'accouchementaux Presses du Châtelet, ce qui crée des maladresses dans l'accompagnement.»

Pourtant, la fatigue des jeunes mères, bien qu'habituelle, est loin d'être anodine. D'après Ingrid Bayot, sage-femme et autrice duQuatrième trimestre de la grossesseaux éditions Érès: «La fatigue est un signal qui indique le besoin de sommeil et c'est problématique de ne pas avoir la possibilité de se reposer quand le signal se manifeste.»

Alors, une petite sieste entre le fromage et le dessert? Pour Marie Mahé-Poulin, il est capital que la nouvelle maman puisse se reposer dès qu'elle en ressent le besoin: «On peut installer une chambre ou un coin confortable où elle pourra se retirer dès qu'elle le souhaite.» Mais peut-on vraiment se permettre de planter tout le monde pour piquer un petit roupillon? Dans son article «Enjeux familiaux autour de la fête de Noël», la sociologue Evelyne Favart rappelle que Noël représente un «hymne familial» où le «souci de soi» n'est pas prioritaire. «Chacun des participants est ainsi tenu de faire la meilleure figure possible.»

Pour pallier le poids de la bienséance, Marie Mahé-Poulin recommande:

  • d'anticiper en prévenant nos proches de notre besoin de repos et en créant des conditions favorables;
  • de trouver des allié·es, au premier rang desquels, le ou la conjoint·e: «Nos allié·es nous protègent, font rempart aux réflexions et nous soutiennent dans nos besoins, par exemple, celui d'aller dormir, et peu importe si tante Églantine n'est pas d'accord!»

Se reposer est d'autant plus important que la fatigue peut être largement augmentée, durant les fêtes de fin d'année, par l'inévitable charge mentale.

Prenez des initiatives

Sachant qu'elle accoucherait autour de Noël, Aurore avait cadré l'événement: «Nous avions prévu que mes parents apporteraient l'entrée et mes beaux-parents, le dessert. Moi, j'avais préparé à l'avance un plat que j'avais congelé et nous avions commandé l'apéritif chez un traiteur.» En théorie, donc, tout était sous contrôle.

En pratique, c'est autre chose: «D'abord, mes beaux-parents ont débarqué avec deux invités surprise, je n'allais pas les laisser à la porte. Ensuite, tout le monde a passé son temps à me solliciter: “Où est-ce que tu ranges ceci?”, “Est-ce qu'on peut passer au dessert?” au lieu de prendre des initiatives. J'avais envie de crier: “Mais démerdez-vous!”»

Accouchement ou non, Noël est une période où la charge mentale des femmes atteint son paroxysme. D'après une étude publiée par le Journal des femmes en 2013, 95% des Françaises gèrent seules le choix et l'achat des cadeaux. Et s'il n'y avait que les présents... Cette année encore, toute la presse féminine nous promet (ordonne?) un Noël «enchanteur» et des «gâteaux à tomber».

«Idéalement, il faudrait que la maman n'ait rien d'autre à gérer que son bébé.»
Marie Mahé-Poulin, psychologue clinicienne

Du calendrier de l'Avent, fait maison bien sûr, à l'élaboration d'un menu à triple entrée pour satisfaire les préférences de tout le monde, en passant par la décoration du sapin, Noël ne souffre aucun Christmas faux pas. Pour Martyne Perrot, sociologue spécialiste de Noël, «la réussite de Noël est aujourd'hui devenue une aventure collective et dans celle-ci, les femmes sont les premières concernées».

Dans un contexte de post-partum immédiat, le bébé épuise déjà une large part de la charge mentale et émotionnelle de sa mère (et de son père, bien sûr, mais c'est un article sur les mamans), donc qu'on serve le foie gras avant ou après le saumon, elle s'en tape. Même si vous n'êtes pas chez vous, prenez des initiatives, et au diable le protocole. La «maîtresse de maison» vous en sera reconnaissante. «Idéalement, suggère Marie Mahé-Poulin, il faudrait que la maman n'ait rien d'autre à gérer que son bébé. Pourquoi ne pas désigner des responsables pour chaque tâche? Il faut aussi penser à s'occuper des aînés qui peuvent être jaloux de l'attention portée au bébé.» Noël, c'est la fête des enfants, n'est-ce pas? C'est l'occasion de démontrer que vous êtes un·e pro du Lego, un génie du Monopoly.

Évitez leçons et conseils maladroits

D'accord, une partie alors, mais après, vous aimeriez quand même prendre une photo avec le petit ange.«Un bébé, c'est un véritable aimant, sourit Aurore, chez nous, tout le monde s'est jeté sur la petite à peine passée la porte!» Alors oui, il est tout choupinou et vous avez des câlins à revendre, mais ne touchez bébé que si on vous y invite et lavez-vous les mains.

Le rassemblement familial de Noël est aussi particulièrement propice aux remarques et conseils non sollicités, sur fond de «c'était mieux avant». «J'ai gardé la petite dans les bras toute la journée, se souvient Aurore, ce que n'a pas manqué de me faire remarquer ma belle-mère.» Élodie, elle, avait beaucoup souffert des réflexions sur son mode de maternage à la naissance de son premier fils. «On disait que je le portais trop, que je lui donnais trop le sein, qu'il fallait que je le laisse pleurer. On a aussi dit à mon mari qu'il devrait être plus ferme. Ces remarques m'ont beaucoup blessée.»

«Si le terme est à moins d'un mois des fêtes, il faut vraiment envisager de ne pas être présent.»
Marie Mahé-Poulin, psychologue clinicienne

C'est pour se prémunir de ces conseils maladroits qu'Élodie a souhaité fêter Noël en tout petit comité après la naissance de son deuxième fils, un 18 novembre. «On aurait dû réveillonner dans ma belle-famille mais je savais que j'allais mal le vivre. J'ai ressenti le besoin de rester dans un cocon réduit avec mes fils, leur papa et la fille de mon conjoint.»

Le comité restreint, c'est le choix qu'ont fait la plupart des femmes interrogées dans le cadre de cet article, une option propice au calme et au repos. Grâce au soutien de son conjoint et de sa mère, Jovanka s'est sentie chouchoutée: «Je ne me suis pas sentie fatiguée par la fête en elle-même. Nous n'étions pas nombreux, je n'ai pas fait grand-chose et tout le monde s'est adapté à mon rythme et à celui du bébé, se souvient-elle, c'était très agréable.» Juliette, elle, se rappelle ce premier Noël avec son mari, ses trois filles et une amie, comme d'un «enchantement».

Pour d'autres, le choix est encore plus radical. «On s'en fout, on n'y va pas», chantait Bénabar. Invitée avec son mari et leur bébé de 3 mois à réveillonner chez ses parents, Marie-Nadine a annulé au dernier moment pour plonger sous la couette à 22 heures: «Je ne me sentais vraiment pas de rentrer à minuit, de fêter Noël avec tout ce que ça implique de nécessaire socialisation... Mais pour nous qui sommes juifs, Noël ne revêt pas la même importance, c'était possible de faire l'impasse.»

Si Noël n'est plus forcément perçu comme une fête religieuse, pour plus de trois quarts des Français·es, elle représente un incontournable du calendrier familial. Dans ces conditions, pas si simple d'esquiver. Pour Marie Mahé-Poulin, il faut au moins s'autoriser à se poser la question: «Pour beaucoup, Noël est vécu comme une obligation, expose-t-elle, mais si le terme est à moins d'un mois des fêtes, il faut vraiment envisager de ne pas être présent. Il faut alors communiquer en amont pour expliquer son choix à son entourage.» Pour les proches, il s'agit alors de supporter une petite dose de frustration et, pourquoi pas, d'imaginer des alternatives –on peut par exemple différer le passage du père Noël. Ça tombe bien, en janvier, il y a plein de promos.


Source : Noël peut être un enfer pour les jeunes mères, voici comment l'éviter


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