Ne plus porter de masque pourrait vous faire bizarre

Sociétés

Nous nous conformons aux normes sociales parce que nous pensons que d'autres personnes le font, et parce que nous pensons que les autres attendent de nous que nous le fassions également. | Anna Shvets via Pexels

Sortir masqué est devenu une norme sociale, quelque chose qu'il est inconfortable de ne pas faire.

En nous garant sur le parking d'un supermarché de Pittsford, dans l'État de New York, j'ai vu des gens masqués entrer et sortir du magasin. J'ai regardé mon partenaire, L. On était tous les deux complètement vaccinés et il n'était désormais plus obligatoire de porter un masque dans ce supermarché, un Trader Joe's, conformément aux dernières directives des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies. La chaîne avait été parmi les premières grandes enseignes à les suivre et nous avions donc décidé d'aller faire nos courses sans masque. Mais je n'étais pas pour autant rassuré.
Les gens sont masqués, ai-je pleurniché.
Tout va bien, m'a rassuré L.

J'ai pris un masque dans ma poche, au cas où. Nous sommes sortis de la voiture. Nous nous sommes avancés vers le magasin pour prendre un caddie. Il y avait autre couple à quelques mètres –ils avaient à peu près le même âge que nous, mais étaient masqués. En nous voyant arriver à sa hauteur, l'homme s'est raidi: «C'est bon, il est à vous», a-t-il dit en désignant un chariot.

Dans le magasin, c'était la foule habituelle d'un samedi après-midi. Les gens arpentaient les rayons à la recherche de la meilleure promotion. Tout le monde portait un masque. Absolument tout le monde. J'avais l'impression que les clients nous dévisageaient. Comme si je pouvais sentir leur méfiance. Bien sûr, je savais que je n'avais pas besoin du masque. Que les données attestant de la très grande efficacité du vaccin méritaient ma confiance. Que je ne présenterais aucun risque pour personne le visage nu.

Et pourtant, j'étais écrasé par le poids de la contrainte d'en porter un. Je suppose qu'il en était de même pour beaucoup des gens dans le magasin: dans le comté de Monroe, dans l'État de New York, plus de 60% des adultes sont complètement vaccinés. En d'autres termes, seule une minorité de la clientèle aurait dû effectivement porter un masque. Mais, à perte de vue, je faisais face à une mer de masques.

Se conformer aux normes

Debout dans le magasin, agrippant mon masque dans ma poche, mon esprit a divagué vers mon travail. Je donne des cours de philosophie et de sciences cognitives à l'université et, depuis quelque temps, je travaille sur un projet de recherche touchant à la psychologie des normes sociales. Les normes sociales sont les règles sociales (souvent cachées) indiquant aux membres d'une communauté quelles actions sont appropriées ou inappropriées dans différentes situations. Cristina Bicchieri, philosophe, psychologue et économiste de l'université de Pennsylvanie, est célèbre pour avoir désigné ces normes sociales comme «la grammaire de la société». L'une des principales caractéristiques de sa théorie est que nous ne les suivons pas parce qu'elles nous indiquent la chose rationnelle à faire –souvent ce n'est pas le cas, et nous les suivons quand même. Selon Bicchieri, nous nous conformons plutôt aux normes sociales parce que nous pensons que d'autres personnes le font, et aussi parce que nous pensons que les autres attendent de nous que nous le fassions également. Ce qui peut déboucher sur des situations où personne se dit que suivre telle norme sociale est une bonne idée, mais où tout le monde le fait quand même.

Au début de la pandémie, le port du masque relevait du simple bon sens: porter un masque, assurer sa propre sécurité et celle des autres. C'était un peu bizarre et difficile de s'y habituer. Mais au cours de l'année écoulée, c'est devenu une norme sociale –quelque chose qu'il est inconfortable de ne pas faire.

Aujourd'hui, alors que le port du masque est soudainement devenu médicalement inutile pour beaucoup d'entre nous, la psychologie des normes sociales peut nous aider à comprendre pourquoi cette pratique perdure –ou pourquoi nous nous sentons si gênés de ne pas la suivre...

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