«MTV Unplugged», trente ans de lives pas comme les autres

Musique

Les concerts acoustiques filmés par MTV ont permis à certain·es artistes, dont Nirvana, Eric Clapton ou Alicia Keys, d'ajouter une ligne majeure à leur discographie.

Il fallait avoir une sacrée audace pour lancer les «MTV Unplugged». En 1989 et 1990, les charts américains étaient squattés par les groupes de rock aux guitares ultra-sophistiquées (parfois trop), à l'image de Bon Jovi, Poison ou Warrant, et par les tubes pop de Fine Young Cannibals, Madonna et consorts: rien de bien acoustique, rien de bien posé, même dans la country. Alors penser happer un public avec des guitares sèches, transformer les rockeurs en cuir en folkeux, c'était un risque.

Pourtant, trente ans après leur création, ces concerts se sont imposés comme des rendez-vous immanquables et sont même devenus des pièces maîtresses dans la discographie de certain·es artistes.

Carton immédiat

MTV n'a en rien inventé les lives acoustiques. D'ailleurs, il est de bon ton d'avancer que la principale inspiration du concept daterait de 1979, époque où le producteur Martin Lewis parvenait à faire jouer Pete Townshend (le guitariste de The Who), Bono, Sting et d'autres stars du rock et de la pop sans guitares électriques –ou presque– dans une série de concerts au bénéfice d'Amnesty International.

Sauf que l'époque était différente, que le public sortait tout juste d'une période folk fournie et que les musiques électroniques n'étaient pas encore franchement rentrées dans les foyers.

Ce qui est certain, c'est que les enregistrement des «MTV Unplugged» démarrent le 26 novembre 1989 avec le groupe Squeeze, dont la performance sera diffusée en janvier 1990.

Au terme des treize premiers épisodes, qui était d'ailleurs animés par le chanteur Jules Shear et mettaient en lumière des pointures comme Stevie Ray Vaughan, Sinéad O'Connor ou encore Hall & Oates, le succès est immédiat, à la fois au niveau des audiences et dans le milieu de la musique.

Dès lors, MTV n'a plus besoin d'appeler les groupes pour leur proposer le projet: la plupart du temps, ce sont les artistes et leur entourage qui se manifestent directement.

Clapton superstar

De 1991 à 1999, le concept va vivre un véritable âge d'or. L'émission se distingue en diffusant une superbe prestation de Paul McCartney, tout sourire, qui alterne entre tubes des Beatles et reprises de Bill Withers, et qui se marre lorsqu'il oublie les paroles de «We Can Work It Out».

Tou·tes les artistes n'ont pas été aussi enthousiastes et décontracté·es à l'idée de débrancher leurs guitares, mais le Sir fait un peu ce qu'il veut. Son concert est d'ailleurs le tout premier à être commercialisé dans les bacs, quatre mois après son enregistrement: le disque Unplugged (The Official Bootleg) devient la meilleure vente de Paul McCartney dans les pays anglo-saxons depuis dix ans.

R.E.M. enchaîne, puis Elvis Costello, mais le carton arrive au début de l'année 1992: Eric Clapton est le premier à faire de l'un de ses lives un vrais succès mondial, raflant au passage le Grammy du meilleur album de l'année 1993.

Sa performance est une merveille, devenant le live le plus vendu de tous les temps à l'époque et culminant aujourd'hui à vingt-huit millions de copies écoulées.

S'il est principalement composé de reprises de bluesmen (Bo Diddley, Muddy Waters, Robert Johnson ou encore Son House), ce sont surtout ses compositions qui vont rester dans les mémoires. La setlist du chanteur intègre deux morceaux déchirants: d'abord «Tears in Heaven», dédié à son fils Conor décédé à l'âge de 4 ans quelques semaines plus tôt, puis «Layla», composé en 1970 pour l'unique album de son groupe Derek and The Dominos et qui conte son amour secret pour Pattie Boyd, la femme du guitariste des Beatles George Harrison.

Cette version acoustique est la preuve que Clapton a totalement pensé, réarrangé et même recomposé les morceaux en vue de ce concert. Il ne s'agit plus de réadaptation acoustique, mais de réécriture des chansons....

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