«Monter à Paris», ou les revers de l'installation de la jeunesse rurale dans la capitale

Sociétés

Dans le métro parisien, le 30 novembre 2019. | Lionel Bonaventure / AFP 

Quand on débarque de son village natal, l'excitation de la découverte de la métropole se mêle instantanément à des déconvenues ponctuées de désarroi.

Ligne 13. Son visage collé au dos d'un inconnu, le sac plaqué contre son ventre, le dos contorsionné tant elle essaye de se dégager de l'oppression de la rame bondée. «Voilà pourquoi je préfère rester toute seule chez moi!», peste Juliette, qui regrette déjà d'avoir entamé ce qu'elle considère être «une épopée» à Paris, ce samedi après-midi d'hiver.

Réfléchir à son itinéraire, au coût de sa sortie, au temps qu'elle va passer dans les transports, se frayer un chemin entre tous ces gens: Juliette n'en peut plus de Paris.


Juliette face à l'épreuve du métro, ici à la station Châtelet, dans le centre de Paris. | Marine Delatouche

Un changement brutal d'environnement

Fraîchement débarquée de sa campagne franc-comtoise natale, l'étudiante de 18 ans subit de plein fouet le fossé entre son mode de vie dans son village de 750 âmes et celui au cœur d'une métropole de sept millions d'habitant·es.

À Pugey, «quand j'ouvre la fenêtre le matin, il n'y a aucun bruit, il fait beau. Je vois les champs. Dès qu'il y a de la nature, ça apaise». Exit l'onirisme, bienvenue à Paris.

La citadine par défaut, venue dans la capitale pour suivre un cursus universitaire qui n'existe pas dans sa région, déplore les «trop» de la vie parisienne –trop de gens, trop de pollution, trop de bruit, trop de stress, trop de harcèlement sexuel– et ses «pas assez» –pas assez d'espaces verts, pas assez d'humanité.

Quand on vient d'une zone rurale, d'un village ou d'une petite ville même périurbaine, se confronter aux affres de la Ville Lumière, qui perd rapidement une partie de son aura une fois installé·e, ne peut que donner le vertige.

À l'abord de la vingtaine, période souvent caractérisée par le départ du foyer familial, le ressenti n'en est que démultiplié. «Parce qu'il se couple à un passage des frontières sociales, ce déplacement géographique en apparence minime dans un petit pays comme la France (une à deux heures de route) peut être l'équivalent d'un violent “renversement de la table des valeurs” à l'échelle des individus», remarque le sociologue Benoît Coquard dans Ceux qui restent, livre-enquête sur les jeunes des campagnes en déclin du Grand Est.

Faire évoluer son mode de vie, son attitude, ses relations, c'est ce qu'induit inévitablement un changement d'environnement aussi brutal.

Attraction universitaire, répulsion financière

Propulsé hors de son village coincé entre l'Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique pour suivre, comme Juliette, un cursus n'existant que dans peu d'universités, Maël, étudiant en master danse à Paris 8, a succombé à la «principale raison» du départ de la jeunesse rurale vers le monde urbain.

«Paris, capitale d'un État centralisé, concentre les établissements d'enseignement supérieur. Il y a de fait une interdépendance entre villes et campagnes, ce qui fait que les campagnes se vident en raison de la polarisation des activités dans les grandes villes», souligne Benoît Coquard.

La mobilité des jeunes issu·es des campagnes s'inscrit dans une certaine logique: «Plus on est diplômé, plus on habite loin de chez ses parents, et plus encore dans des grandes villes, là où se concentrent les emplois correspondant aux études longues.»

Célia, 23 ans, diplômée d'un Institut d'études politiques de région (on laissera le terme «province» aux Parisien·nes), a rejoint Paris pour un stage en journalisme, puis est restée par volonté «de créer une rupture, de [s]'éloigner de [s]on environnement de jeunesse», situé dans un village en expansion démographique du périurbain rennais.

Attraction universitaire, répulsion financière

Propulsé hors de son village coincé entre l'Ille-et-Vilaine et la Loire-Atlantique pour suivre, comme Juliette, un cursus n'existant que dans peu d'universités, Maël, étudiant en master danse à Paris 8, a succombé à la «principale raison» du départ de la jeunesse rurale vers le monde urbain.

«Paris, capitale d'un État centralisé, concentre les établissements d'enseignement supérieur. Il y a de fait une interdépendance entre villes et campagnes, ce qui fait que les campagnes se vident en raison de la polarisation des activités dans les grandes villes», souligne Benoît Coquard.

La mobilité des jeunes issu·es des campagnes s'inscrit dans une certaine logique: «Plus on est diplômé, plus on habite loin de chez ses parents, et plus encore dans des grandes villes, là où se concentrent les emplois correspondant aux études longues.»

Célia, 23 ans, diplômée d'un Institut d'études politiques de région (on laissera le terme «province» aux Parisien·nes), a rejoint Paris pour un stage en journalisme, puis est restée par volonté «de créer une rupture, de [s]'éloigner de [s]on environnement de jeunesse», situé dans un village en expansion démographique du périurbain rennais....

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