«Mon nom est clitoris», «I May Destroy You» et «PEN15», ces œuvres qui brisent les tabous féminins

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Dans PEN15, Maya découvre sa sexualité en se frottant frénétiquement contre son oreiller. | Capture d'écran via YouTube

Si la masturbation et les règles ont longtemps été les grandes absentes de la pop culture, de plus en plus de séries et de films explorent dans toute sa complexité la puberté côté filles.

«J'ai appris à la fête du Nouvel An 2015 qu'on avait les règles et qu'on faisait pipi par deux trous différents. Donc c'est pour dire qu'on est très peu au courant de notre anatomie.» Dans Mon nom est clitoris, documentaire belge en salle depuis le 22 juin, plusieurs jeunes femmes échangent leurs souvenirs, connaissances et impressions sur la sexualité féminine.

Toutes font preuve d'un recul et d'une intelligence remarquables, et pourtant, on comprend dès les premiers instants (alors qu'elles doivent dessiner un clitoris) qu'elles ont souvent dû composer avec un manque d'information.

En laissant ses jeunes intervenantes réfléchir à voix haute et relater leurs expériences, Mon nom est clitoris montre que les filles sont encore assez peu au fait de leur propre anatomie, de leur désir et du parcours semé d'embûches de la puberté féminine.

Le clitoris aux abonnés absents

Première preuve de ce tabou: les manuels scolaires. Ceux mis en avant dans le documentaire sont souvent incomplets et contiennent des affirmations parfois effarantes, telles que «la masturbation, c'est quand un garçon se déclenche lui-même une érection et se fait éjaculer». La plupart représentent le clitoris de manière erronée… voire pas du tout.

À un moment du film, une interviewée ressort l'un de ses livres d'anatomie, dans lequel l'organe érectile est décrit comme un «petit renflement [...] de la taille d'un pois». Sur les schémas internes du corps féminin, il n'est même pas mentionné.

Le clitoris est pourtant le seul organe humain entièrement dédié au plaisir, recouvert de plus de 8.000 terminaisons nerveuses. Alors qu'il est le plus souvent présenté comme un petit bouton se cachant en haut de la vulve, sa plus grande partie est en fait interne et mesure en moyenne une dizaine de centimètres.

Ce n'est qu'en 2016 qu'Odile Fillod crée un modèle 3D et en dimension réelle du clitoris, aidant un peu plus le monde à se figurer cet organe féminin dans sa totalité. Car à cause de son invisibilisation, son fonctionnement est encore peu connu: en 2016, un rapport du Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes soulignait que la moitié des filles de 13 ans et un quart des filles de 15 ans ne savaient pas qu'elles avaient un clitoris.

Du côté des représentations culturelles, qui pèsent si lourd dans l'imaginaire collectif et la construction identitaire des jeunes, on ne fait pas beaucoup mieux. Alors que la puberté masculine a été mille fois représentée et tournée en dérision, que ce soit dans des récits initiatiques ou dans des comédies potaches, l'équivalent féminin est bien trop rare.

Malgré la quantité de séries pour ados mettant en scène une héroïne féminine, peu d'entre elles rentrent vraiment dans les détails les plus intimes de cette période pourtant si particulière: règles, épilation, masturbation et premiers émois en tous genres.

La culotte qui pulse

Heureusement, les temps changent. En 2017, Netflix nous a déjà offert Big Mouth, une série animée irrévérencieuse sur la puberté, qui aborde celle des filles avec beaucoup d'humour. PEN15, sur Canal+ depuis juin, s'attaque quant à elle frontalement au sujet et révolutionne la manière dont les adolescentes sont montrées à la télé.

La série raconte l'adolescence en l'an 2000 de ses deux créatrices, Anna Konkle et Maya Erskine. Détail amusant: ce sont elles, trentenaires, qui incarnent les héroïnes de 13 ans, tout en étant entourées d'un casting véritablement en âge d'aller au collège.

De la découverte de la sexualité au premier chagrin d'amour, la série tourne en dérision les moments les plus fondateurs comme les plus gênants de la préadolescence féminine, avec une exactitude si impitoyable qu'on est parfois tentée de détourner le regard. Ce serait pourtant une erreur.

L'épisode «Ojichan» démarre sur un plan qui ne dure que quelques secondes mais fait l'effet d'un séisme. Maya est en train de jouer avec deux chevaux en plastique, qu'elle fait s'embrasser. Soudainement, son regard change, et elle fait l'expérience d'une sensation jusqu'alors inédite: l'excitation.

La caméra suit le regard interloqué de la jeune fille, qui jette un œil à sa culotte et semble la voir pulser sous le coup du désir, comme un cœur qui bat. Une scène aussi simple qu'importante, puisque l'excitation féminine n'est presque jamais représentée de manière explicite à l'écran.

Dans Mon nom est clitoris, l'une des jeunes femmes interrogées emploie une image similaire pour évoquer la sensation du jet d'eau effleurant son entre-jambe, lors d'un bain pris quand elle était petite: «Je sentais qu'il y avait mon cœur qui battait dans mon kiki.»...

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