«Mignonnes» pointe du doigt l'impossible combat contre la sexualisation des jeunes filles

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Fathia Youssouf (Amy) dans Mignonnes. | Capture d'écran via YouTube

Accablé par une polémique complètement stérile, le film de Maïmouna Doucouré est une merveille, qui observe avec finesse les tiraillements de l'adolescence féminine.

Mignonnes, film de Maïmouna Doucouré primé au festival Sundance 2020, vient à peine de sortir qu'il doit déjà essuyer une polémique violente –et totalement inutile.

La faute à la plateforme américaine de Netflix, qui a choisi, pour promouvoir le film qu'elle diffusera à la rentrée aux États-Unis, une affiche très différente de celle prévue pour le public français: sur l'image, on voit les quatre héroïnes du film, des collégiennes de 11 ans, dans des tenues moulantes et des poses lascives. Un choix iconographique maladroit quand on n'a pas vu le film, qui a immédiatement interpellé.

Les réseaux sociaux étant ce qu'ils sont (le septième cercle de l'enfer), tout a dégénéré: quelqu'un qui n'a vraisemblablement pas regardé l'œuvre a créé une pétition affirmant qu'elle promouvait la pédopornographie et des hordes d'internautes ont harcelé la réalisatrice, à tel point que cette dernière a supprimé son compte Twitter.

Une polémique dont Maïmouna Doucouré se serait sans doute bien passée à la sortie de son premier long-métrage, d'autant plus navrante qu'elle passe totalement à côté du véritable propos du film. Loin de promouvoir l'hypersexualisation des jeunes filles, Mignonnes la décortique et la pointe du doigt.

Récit initiatique

Le film, en salle depuis le 19 août, suit l'évolution d'Amy, une collégienne qui fait la découverte de son corps et de sa féminité, notamment à travers une troupe de danse. Amy est une jeune fille timide, qui doit «tout faire pour faire plaisir à sa mère», comme on lui fait remarquer au début du film.

Un jour, dans son immeuble, elle croise une camarade de classe, Angelica, en train de répéter une chorégraphie suggestive tout en se lissant les cheveux avec un fer à repasser. Immédiatement fascinée, Amy la suit et finit par s'intégrer à son petit groupe d'amies, qui préparent un concours de danse.

Comme d'autres récits initiatiques féminins, à l'image de Thirteen de Catherine Hardwicke, Mignonnes ne se dérobe pas lorsqu'il s'agit d'illustrer les dérives de l'amitié adolescente: Angelica, Coumba et Jess sont soudées, mais elles peuvent aussi se montrer cruelles, testant sans cesse la loyauté des autres et poussant parfois l'une d'entre elles aux larmes.

Pour préparer le film, Maïmouna Doucouré a passé un an et demi «à enquêter auprès de petites filles», et cette attention au détail se ressent dans son film, qui dresse un portrait incroyablement fin et réaliste des turbulences de l'adolescence.

Période charnière

Dans la vie de la plupart des femmes, le passage de l'enfance à la maturité, avec tout ce que cela implique émotionnellement, physiquement et sexuellement, est indissociable du regard des hommes.

Beaucoup d'entre nous ont connu ce moment où, à l'âge de 11 ou 12 ans, un homme nous a pour la première fois jaugée d'un air lubrique. À cet instant, on cesse d'être une petite fille et on entre dans un nouvel âge, celui où notre corps devient un objet, un morceau de chair que les hommes peuvent reluquer à l'envi.

Mignonnes décrit ce moment de basculement entre l'enfance et l'adolescence, où le corps et l'esprit sont encore trop jeunes, mais où l'objectification et l'exploration de la sexualité démarrent déjà.

Rapidement, Amy veut se lisser les cheveux. Elle porte des vêtements plus courts et moulants. Ses scènes de danse, qui étaient si «mignonnes» au début du film, se font de plus en plus gênantes et suggestives.

Dans le film, les chorégraphies et la manière dont elles sont filmées sont autant de marqueurs qui permettent de suivre la progression de l'héroïne. Plus le récit avance, plus le public se retrouve pris au piège, en même temps que l'héroïne, de son inévitable sexualisation...

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