Macron a tout à gagner à dévoiler ses sources scientifiques sur le coronavirus

Politique

Une famille rennaise devant la deuxième allocution d'Emmanuel Macron sur l'épidémie de Covid-19, le 16 mars 2020. | Damien Meyer / AFP 

Afin d'être mieux entendu, compris et suivi, l'exécutif français devrait s'engager à rendre publics les avis du conseil scientifique sur lesquels il fonde ses choix.

Nous étions en 1996, et le monde traversait avec la vache folle une crise sanitaire sans précédent. On venait de découvrir qu'un agent transmissible non conventionnel, un prion pathologique, pouvait passer du bovin à l'être humain par voie alimentaire et provoquer une nouvelle forme de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, une affection neurodégénérative incurable.

C'est à cette époque que l'on vit se mettre en place en France, de manière pragmatique et grâce à la compétence d'un petit groupe d'experts pluridisciplinaires, une nouvelle forme de gestion de crise sanitaire, une articulation entre une évaluation scientifique d'un nouveau risque et sa gestion politique.

Ce fut l'époque du comité Dormont, du nom du professeur en médecine Dominique Dormont (1948-2003), qui permit de réduire les risques d'une gestion par des responsables politiques confronté·es à une somme considérable d'inconnues scientifiques.

Un quart de siècle plus tard, la planète est confrontée –à une toute autre échelle– à une nouvelle situation de crise sanitaire, politique et économique, associée à différentes données virologiques et médicales encore incertaines.

Instance pluridisciplinaire

Comment éclairer au mieux la prise de décisions politiques? Le 11 mars, à la demande du président de la République, le nouveau ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran annonçait la mise en place d'un conseil scientifique.

«La propagation du virus Covid-19 est en augmentation régulière dans notre pays, confrontant le gouvernement, chaque jour, à de nouvelles questions très concrètes pour protéger la population, soulignait le ministre. Depuis les tout premiers cas sur le sol français, la gestion sanitaire s'est appuyée sur les connaissances scientifiques sur le coronavirus au sens large (virologiques, cliniques, biologiques, épidémiologiques, sociologiques notamment), notre expérience d'épisodes épidémiques antérieurs en France et dans le monde, et l'expertise des administrations, des agences sanitaires et scientifiques, et des sociétés savantes.»

Mais, ajoutait Olivier Véran, les connaissances sont évolutives et arrivent de différents pays. Il importait selon lui de pouvoir en comprendre le contexte et d'apprécier les conditions de transposition, en France, des différentes stratégies développées par chacun des États.

Il faut aussi pouvoir avoir une instance scientifique pluridisciplinaire, croisant les données et les avis avec une approche scientifique globale des enjeux, affirmait-il.

D'où la décision d'installer le conseil scientifique, présidé par le professeur Jean-François Delfraissy et comptant dix autres expert·es aux champs d'expertise complémentaires[1], de qui il est attendu «un éclairage scientifique et réactif sur des questions précises et concrètes relatives à la gestion de la crise sanitaire».

Aucune précision n'était donnée quant au processus de désignation des membres ou à leurs modalités de fonctionnement.

Mesures contradictoires

Dès le lendemain, dans son adresse à la France, Emmanuel Macron faisait référence à cette nouvelle structure. «J'ai interrogé les scientifiques sur nos élections municipales, dont le premier tour se tiendra dans quelques jours. Ils considèrent que rien ne s'oppose à ce que les Français, même les plus vulnérables, se rendent aux urnes, déclarait alors le président de la République. [...] Il est important, dans ce moment, en suivant l'avis des scientifiques comme nous venons de le faire, d'assurer la continuité de notre vie démocratique et de nos institutions.»

Dans le même temps, Emmanuel Macron notifiait, à compter du lundi 16 mars et «jusqu'à nouvel ordre», la fermeture des crèches, des écoles, des collèges, des lycées et des universités, «pour une raison simple: nos enfants et nos plus jeunes, selon les scientifiques toujours, sont celles et ceux qui propagent, semble-t-il, le plus rapidement le virus».

Ainsi donc le conseil scientifique était-il directement à l'origine des deux mesures qui semblèrent bien vite contradictoires: le maintien des élections municipales et la fermeture de tous les établissements scolaires et universitaires...

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