L'humanité pourrait-elle (re)devenir cannibale ?

Sociétés

Le scientifique suédois Magnus Söderlund a récemment provoqué une controverse en questionnant les freins symboliques, économiques et sanitaires entourant le cannibalisme.

Depuis le XIXe siècle, les médias se font régulièrement le relais d'événements liés au cannibalisme: côté faits divers, évoquons ce cas de violence collective en Dordogne ou le cannibalisme de survie dans la cordillère des Andes, artistes et pros de la provocation de tout poil n'étant pas en reste sur le sujet.

En septembre 2019, un professeur suédois, Magnus Söderlund, a heurté l'opinion publique en proposant d'institutionnaliser le cannibalisme en Occident pour lutter contre le réchauffement climatique.

Nouvelles expressions

Le cannibalisme représente«l'action de se nourrir d'un être d'une même espèce, qui devient de l'anthropophagie quand le terme est appliqué à l'espèce humaine». Il existerait quatre grands types de cannibalisme: le cannibalisme nutritionnel (ou gastronomique), le cannibalisme curatif (ou thérapeutique), le cannibalisme des morts (maintenir un contact avec les défunts) et le cannibalisme sacrificiel (religieux, guerrier).

Ces typologies s'organisent autour de règles spécifiques: la proximité entre la personne qui mange et celle qui est mangée (endo et exo-cannibalisme, est-ce que l'on mange les morts de sa communauté ou est-ce que l'on mange les étrangers?), leur position sociale (chef, ennemi, ascendant, descendant) et la finalité de la pratique (fonctionnelle, culturelle, symbolique).

Ces règles culturelles permettent d'organiser les pratiques cannibales selon une échelle de proximité, allant de celles les plus intégrées dans une société à celles en apparence les plus éloignées.

L'anthropophagie en tant que telle a disparu, pour laisser place à des expressions métaphoriques et thérapeutiques de cannibalisme.

Proposition de visualisation qui synthétise les différentes typologies de cannibalisme identifiées par la recherche en sciences sociales. | Fanny Parise

Notre société occidentale s'est construite par la mise à distance entre production et consommation de viande, ce qui amène l'individu à renoncer à la dimension symbolique qui encadrait sa consommation au profit d'une dimension utilitariste et purement fonctionnelle de l'animal. Quel est l'avenir d'une société carnivore, quel genre d'humanité émerge des sociétés qui cautionnent de telles pratiques?

Selon l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, «nous sommes tous des cannibales». En ce sens, Mondher Kilani relève que la mise au jour de certaines pratiques des abattoirs industriels participe à réduire la distance entre le barbare et le civilisé.

Renouant avec un passé qu'il a pourtant voulu oublier (les Romains buvaient fréquemment du sang, la chair de condamnés était un plat prisé en Chine médiévale), l'individu octroie un nouveau statut au cannibalisme, comme l'explique le journaliste Marc De Boni: «La nouvelle tendance est à positiver l'idée de dévorer, voire de se laisser dévorer par l'autre, afin d'accroître sa puissance, pour transgresser, pour se dépasser ou tout simplement pour s'en sortir.»

La fiction rend compte de ce phénomène en proposant un nouveau statut social au cannibale (Santa Clarita Diet, Twilight).


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