Les «vanlifers», chaînon manquant entre les classes moyennes et les ZAD?

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Si les vanlifers peuvent créer des ponts entre ZAD et classes moyennes, c'est malgré eux, en exposant un public de plus en plus large à des idées alternatives. | Jayson Hinrichsen via Unsplash

Et si ces voyageurs et voyageuses fans d'Instagram faisaient découvrir les vertus de la révolution à leur entourage?

Il y a près de dix ans, dans le contexte post «crise des subprimes», une nouvelle génération de jeunes américain·es quittaient la vie de bureau pour vivre en van. Au cours de son périple, l'un d'eux, le designer Foster Huntington, a commencé à accompagner les photos qu'il postait sur Instagram du hashtag #vanlife.

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5 years ago, I was driving from Ventura to Carpinteria along the Pacific Coast Highway checking for surf and spotted this VW T3 Westfalia. At the stage in my life, I was spending most of my time lurking up and down the coast of California, surfing by day, stealth camping by night and amassing a near encyclopedic knowledge of hole-in-the-wall Mexican restaurants from LA to San Francisco. As a van dweller, I was always on the lookout for other people living in their vans, and this person's van/drying rack caught my eye. I snapped a few frames of my Mamiya 6, and went on my way. When it came time to lay out Home Is Where You Park It with @victoryjournal, I knew I wanted to use this image for the cover. It conveys so much of what I loved about my time spent living in my van; self reliance, the sense of freedom and discovery of having your own escape pod, and the accessibility of reconnecting with nature (in this case the ocean) on the relative cheap. Every time I look at this photo, it takes me back. The fourth edition of Home Is Where You Park It is now back in stock in my web store (follow the link in my profile or head to store.arestlesstransplant.com) to get a copy before they are gone (I order 1000 at a time and they go fast!) and use the discount code Vanlife10 to get 10% off. #vanlife

Une publication partagée par Foster Huntington (@fosterhunting) le

Rapidement, ce qui n'était qu'un clin d'œil potache au Thug Life de Tupac est devenu une sorte de cri de ralliement pour celles et ceux qui rêvaient de prendre la route –majoritairement des hommes ou des couples blancs hétérosexuels éduqués qui préféraient les feux de camp et les plages désertes au confort climatisé des bureaux auxquels leurs études les destinaient: des Kerouac 2.0 chez qui la littérature avait logiquement cédé la place aux réseaux sociaux.

L'an dernier, j'ai interviewé de nombreux «équipages» français (mais aussi un Allemand, un Canadien et une famille belge) de la vanlife pour mon livre, Les nouveaux nomades. Je voulais notamment savoir ce qui les avait incités à adopter ce mode de vie, et dans quelle mesure celui-ci s'inscrivait dans une filiation avec les autres communautés de nomades en camion, des hippies des années 1960 aux travellers «punks à chien». Au cours de ces entretiens, j'ai commencé à m'interroger: et si ces vanlifers représentaient –malgré eux– un chaînon manquant entre les classes moyennes et les ZAD, les zones à défendre dont l'exemple le plus connu est Notre-Dame-des-Landes? Une passerelle indispensable entre une population en demande de changement, mais dépourvue de leviers d'action ou de conscience politique, et des militant·es qui peinent à partager leurs idées avec de grands pans de la population?

Pour en avoir le cœur net, je me suis replongé dans mes entretiens, j'ai repris contact avec certain·es nomades et je suis allé voir du côté d'anthropologues critiques du capitalisme contemporain.

Une opposition ontologique

À première vue, associer zadistes et vanlifers est contre-intuitif –voire, sans doute, carrément indécent, du point de vue des militant·es. Ces dernièr·es sont engagé·es dans des luttes, souvent de longue haleine, et mélangent bagage théorique et expérience pratique qui leur permettent d'imaginer de nouvelles modalités de rapports au monde. Pour le dessinateur Alessandro Pignocchi, fortement influencé par les travaux de Philippe Descola, les zadistes adoptent même une ontologie animiste, qui replace les êtres humains dans leur environnement, à rebours de l'ontologie naturaliste, ultra dominante en Occident, selon laquelle l'être humain et la nature évoluent indépendamment l'un de l'autre. C'est ce qu'expriment des slogans comme «Nous sommes la nature qui se défend», ou le fait que les zadistes défendent un territoire pour lui-même, et non pour les potentiels profits qu'on pourra en tirer dans le futur. Dans les ZAD, c'est donc à une recomposition des mondes qu'on assiste.

Le stand de l'association NDDL poursuivre ensemble (ex ACIPA) dans la ZAD de Notre-Dame-des Landes le 29 septembre 2018. | Sébastien Salom Gomis / AFP

Rien de tel chez les vanlifers, dont la quête est avant tout personnelle. Choisir de vivre en van, c'est se tailler une part de confort à taille humaine: c'est un projet avant tout individuel, et surtout pas politique. Lorsque j'ai demandé aux vanlifers s'ils politisaient leur démarche, leurs réponses étaient étonnamment similaires. Pour l'un d'eux, politiser une démarche (en la qualifiant d'anticapitaliste, par exemple), c'est «garder le côté puéril de l'enfance». Un couple assure que son choix n'est «absolument pas politique», mais relativise la portée de sa déclaration en précisant qu'il est, en revanche, engagé. En fait, pour beaucoup le terme «politique» renvoie à celui de «partis politique»: pour eux, ne pas être politisé, cela signifie qu'adhérer à un parti tient plutôt du repoussoir. «On ne peut pas imaginer une seule seconde que ce soit [les politiques] qui vont apporter des solutions», assure une autre vanlifeuse...

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