Les sanctions américaines s'intensifient, Huawei déclenche le mode survie

Economie

Devant une boutique Huawei à Pékin, le 1er avril 2020. | Nicolas Asfouri / AFP 

Face à des États-Unis inflexibles, le géant chinois des télécoms s'affaire à mettre au point des stratégies de résilience.

Plusieurs pays émergents tels que l'Inde ou le Vietnam ont déjà calqué la décision américaine de prendre leurs distances avec l'entreprise chinoise spécialiste des télécommunications Huawei, qui sera dorénavant privé des services de Google –un défi de plus pour le numéro deux sur le marché des smartphones.

Bercy semble prendre le pli. Ainsi, selon un article du journal les Échos du 22 juillet, «la France organise à son tour la sortie progressive de Huawei du marché de la 5G». De son côté, la Maison-Blanche a ajouté deux autres firmes chinoises, TikTok et WeChat, à sa liste noire.

Guerre commerciale

La stratégie de sécurité nationale américaine de 2017 cite la Chine (avec la Russie) comme un «concurrent stratégique» défiant la puissance, l'influence et la sécurité des États-Unis.

La guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, déclenchée en mars 2018 avec des hausses significatives des droits de douane américains sur des produits chinois comme l'acier est rapidement suivie par des contre-mesures chinoises.

Le plan stratégique Made in China 2025, visant les technologies de pointe (pharmacie, IT, spatial, robotique, etc.), inquiète également les États-Unis, qui y voient une «agression économique» et une menace en matière de technologies et de propriété intellectuelle.

Huawei et ZTE, les leaders chinois des télécommunications, font l'objet depuis 2012 de commissions d'enquête parlementaires américaines, centrées sur les risques que leurs équipements pourraient faire courir à la sécurité nationale.

Un rapport annuel au Congrès en 2018 met aussi en relief les avancées des deux entreprises en matière de dépôt de brevets et de déploiement de réseaux 5G. Leur boycott est alors rapidement organisé par la Maison-Blanche, avec le soutien de la majorité du Congrès.

Le 1er décembre 2018, Meng Wanzhou, directrice financière et fille du fondateur de Huawei, est arrêtée à Vancouver à la demande d'un tribunal américain: la société est soupçonnée d'avoir violé les sanctions américaines contre l'Iran. Huawei aurait vendu des équipements télécoms à l'Iran par le biais de sa filiale Skycom.

Meng Wanzhou lors de son procès devant la Cour suprême de Colombie-Britannique, le 23 janvier 2020 à Vancouver. | Don MacKinnon / AFP

En mai 2019, Huawei est placée sur la liste noire (Entity List) du département du Commerce, ce qui interdit aux entreprises américaines de travailler avec elle, sauf obtention préalable d'une licence.

Ces sanctions seront prorogées jusqu'en mai 2021, et les alliés des États-Unis sont invités à adopter des mesures similaires. Il s'agit en premier lieu des quatre autres pays de l'alliance des services de renseignement Five Eyes: l'Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande et le Royaume-Uni.

L'Union européenne, également sollicitée, a réagi avec des nuances: il n'y aurait pas d'embargo absolu mais le développement d'un ensemble de mesures techniques précises, la toolbox, visant à assurer la sécurité du déploiement des réseaux 5G.

L'effet extraterritorial des sanctions américaines permet d'élargir l'embargo aux entreprises étrangères utilisant du matériel ou des logiciels américains. Huawei perd ainsi l'accès au marché de la 5G aux États-Unis et dans une partie du monde, mais aussi l'un de ses plus grands fournisseurs de semi-conducteurs de dernière génération, la Taiwan Semiconductor Manufacturing Company (TSMC), dont le siège social et la majorité des usines sont à Taïwan mais la clientèle est mondiale. La firme perd enfin le droit de se servir pour ses smartphones du Play Store de Google et de ses applications les plus populaires: Gmail, Maps, YouTube, etc...

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