Les quatre malentendus que recouvre le succès d'Emmanuel Macron

Politique

Le favori des sondages est auréolé d'une image trop belle pour être vraie. Il serait, à la fois, le candidat de la société, de la nouveauté, de la vision et de l'empathie. A y regarder d'un peu plus près, le tableau est pourtant bien différent.

À un peu plus de deux mois du premier tour, Emmanuel Macron apparaît comme le favori de l'élection présidentielle, si l'on en croit les sondages. Un peu comme Alain Juppé et Manuel Valls faisaient figure de futurs vainqueurs de la primaire de leur camps respectifs pendant la campagne.

La performance de l'ancien ministre de l'Economie est, pour l'heure, époustouflante. Comment diable un ancien banquier d'affaires, dépourvu de tout soutien partisan, ouvertement libéral qui plus est, réussit-il à faire vibrer les foules dans ses meetings et à se frayer un chemin vers l'Elysée?

Les multiples talents de Macron ne suffisent pas à rendre compte d'un tel exploit. Son succès recouvre aussi une somme de malentendus qui risquent de lui coûter cher lorsqu'ils seront levés dans le feu de la campagne. On peut en distinguer quatre.

Le candidat de la société ?

«La politique ne doit plus être un métier», proclame Macron qui lui reproche d'être aujourd'hui une «profession réglementée». Ses soutiens reprennent le mot d'ordre usé de «faire de la politique autrement». Ils prétendent que le projet de leur candidat a été défini à partir d'un diagnostic issu des rencontres des «marcheurs» avec les Français.

Avec Macron, le vieux monde des partis politiques, de leurs rivalités et de leurs zizanies intestines, céderait la place à de nouveaux élus, à l'émergence de talents d'une riche diversité dans la vie publique. Le candidat se flatte d'être «hors système» dans la mesure où, privé du soutien d'un parti constitué, il ne bénéficie d'aucun financement public. Le candidat compense ce manque par la prodigalité de ses donateurs privés.

C'est pourtant le pouvoir personnel qui se dessine derrière ces belles intentions. «Les décisions, il les prend seul», constate un rallié à Macron. Non seulement le candidat en marche mène librement sa barque présidentielle, mais il est résolu à se constituer une majorité législative à sa botte. «J'aurai des candidats partout», a-t-il fièrement annoncé.

Là encore, la promesse sociétale est alléchante: «Vous aurez des femmes et des hommes qui viennent de la société civile et qui seront des primo-accédants à la vie politique». N'importe qui peut se porter candidat en ligne sur le site de En Marche! Il suffit de s'engager à «soutenir le plan de transformation et à signer le contrat avec la nation».

En réalité, c'est une commission d'investiture de neuf membres qui attribuera les investitures législatives du mouvement. De vieux routiers de la politiques y sont largement majoritaires. Elle est présidée par Jean-Paul Delevoye, une personnalité de grande qualité qui fut ministre, député, sénateur, conseiller général, président du CESE ou encore Médiateur de la République.

On y trouve encore d'anciennes collaboratrices de Valéry Giscard d'Estaing et de Gaston Defferre. Macron n'est pas personnellement membre de cette instance mais il ne fait guère de doute qu'il veillera aux équilibres politiques qui en sortiront. En cas de victoire, l'ancien banquier bénéficierait d'une liberté qu'aucun président de la République n'a connue...

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