Les parents ne voient pas du même œil la sexualité de leur fils et de leur fille

Sociétés

Si l'on parle dorénavant de sexualité aux filles comme aux garçons, on n'aborde pas tout à fait les choses de la même manière selon que l'on a un fils ou une fille. | Eliott Reyna via Unsplash

L'âge du premier rapport sexuel a beau être quasi équivalent pour les filles et les garçons, les parents n'envisagent pas la vie intime de leur enfant de la même manière selon son sexe.

«Beaucoup de parents mettent en garde leurs filles contre les risques qu'elles courent, essaient de les protéger, s'inquiètent de leurs fréquentations. S'il s'agit du garçon, ils estiment qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter,“puisqu'il ne risque rien”.» Ce positionnement familial (et phallocrate) est décrit dans l'ouvrage La condition masculine, paru début 1968. Depuis, la donne a pour le moins changé.

La pilule est légale non depuis quelques mois mais depuis des années, les mineures n'ont pas besoin d'autorisation parentale pour se procurer gratuitement celle du lendemain, les élèves de collège et de lycée doivent suivre au moins trois séances d'éducation à la sexualité par année scolaire et les lycées être équipés au minimum d'un distributeur automatique de préservatifs.

De quoi réduire, dans les faits, les risques de grossesse non désirée comme d'infections sexuellement transmissibles (IST): «Les niveaux de fécondité adolescente sont particulièrement bas en France et très peu de contaminations par le VIH se produisent parmi [les jeunes]», écrit le sociologue Michel Bozon. De quoi aussi atténuer voire dissiper les craintes, notamment parentales. En théorie.

En pratique, «la panique morale adulte» vis-à-vis de l'entrée dans la sexualité des jeunes est loin d'avoir disparu. Or le discours que tiennent les parents à leurs ados sur la vie sexuelle n'est pas exempt de stéréotypes de genre. «On observe [...] moins l'effacement du double standard moral selon le sexe que sa reformulation», indique le spécialiste des représentations et des pratiques sexuelles. Celle-ci œuvre «comme rappel à l'ordre de genre».

Certes, il est loin le temps de l'injonction généralisée faite aux femmes de préserver leur virginité jusqu'au mariage et à la nuit de noces. Bien distante aussi cette époque où l'on concevait l'éducation à la sexualité comme étant destinée en priorité aux jeunes hommes, avec pour principale optique de lutter contre «la montée du péril vénérien», c'est-à-dire la propagation des IST, ainsi que le relate la spécialiste de démographie historique Virginie De Luca Barrusse dans un article, et en miroir un pan féminin consacré à la maternité (permettant, quant à lui, de protéger la société du déclin démographique). «Aux garçons on montrera le danger des maladies vénériennes; aux jeunes filles [...] on [...] donnera des notions de puériculture», s'exprimaient les docteurs Mathieu et Dufestel en 1913.

Accompagnement sanitaire

Cette réticence à évoquer la question de la sexualité auprès d'un jeune public féminin n'est plus –même si, peut-être par pudeur mal placée, on nomme et dessine plus facilement le sexe des petits garçons que celui des petites filles. «On est passé à une représentation de l'engagement des jeunes dans la sexualité comme normal et attendu», pointe Michel Bozon, quel que soit le sexe de l'adolescent·e en question.

L'écart des âges des femmes et des hommes au premier rapport sexuel s'est réduit, considérablement. Et les parents en ont conscience: selon les chiffres de la European Social Survey de 2006-2007, en France, les personnes en âge d'être parent (31-65 ans) estiment que l'âge minimal pour avoir des relations sexuelles est de 16,2 ans, contre 15,3 ans pour les jeunes âgées de 15 à 19 ans, soit huit mois de différence en moyenne.

Si l'on parle dorénavant de sexualité aux filles comme aux garçons, on n'aborde pas tout à fait les choses de la même manière selon que l'on a un fils ou une fille. Une équipe suisse s'est intéressée en 2016 aux «perceptions et pratiques de l'éducation sexuelle informelle», celle donnée par les parents (et non l'école) à leur enfant. La définition spontanée que donnent ces parents de l'éducation sexuelle fait la part belle aux risques.

«Les premiers rapports sexuels, protégés ou pas, c'est la question qu'on se pose en tant que maman, c'est ça qui est le plus inquiétant», caractérise une mère. «C'est le physique, le fonctionnement d'un homme, d'une femme et leurs relations, les rapports humains. Se protéger, notamment contre la maternité mais aussi contre les maladies», détaille une autre. Voilà qui coïncide avec l'enquête Health Behaviour in School-aged Children (HBSC): «Les parents ne prônent plus un interdit de la sexualité préconjugale mais plutôt un accompagnement sanitaire de ses débuts.»

Filles réglées

Or, ce dit accompagnement sanitaire se décline suivant le genre. «L'éducation à la sexualité est aujourd'hui surtout affaire de prévention et la charge repose quasi exclusivement sur les épaules des filles», plante la docteure en sociologie Élise Devieilhe, membre de l'association Épicène, qui diffuse les connaissances en sciences humaines et sociales sur le genre, les sexualités et les familles afin de lutter contre les discriminations sexistes et hétérosexistes. À l'origine de cette adresse différenciée: une focale sur le corps des jeunes filles.

«L'arrivée des règles est un point essentiel dans les débuts de l'éducation sexuelle, un jalon incontournable», expose Caroline Jacot-Descombes, directrice adjointe de SANTÉ SEXUELLE Suisse (l'équivalent helvète de notre Planning familial) et qui est coresponsable de l'étude citée sur l'éducation sexuelle informelle. Côté garçon, en l'absence de repère aussi identifiable, les parents vont moins entrer dans un discours d'éducation sexuelle qu'avec leur fille réglée.

La consultation gynécologique annuelle des jeunes filles participe de ce phénomène, appuie la sociologue du genre, des familles et des sexualités: «C'est à cette profession médicale, construite sur la pathologisation du corps sain, puisque l'on va consulter quand on va bien, que l'on a confié la gestion de la contraception: elle agit comme une sorte de péage. C'est vraiment ritualisé et intégré par les familles.»

Ce que confirme, sur le terrain, la cheffe de projet «Éducation sexuelle» à SANTÉ SEXUELLE Suisse: lors d'une étude qui portait sur la personne prenant la responsabilité de la contraception, il est apparu que les parents se posent la question du moment auquel conduire leur fille chez la ou le gynécologue et auquel elle doit prendre la pilule. «De facto, ce parcours gynécologique donne un rôle spécifique et une responsabilité supplémentaire à la fille. C'est très clair.»...

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