Les grosses cagnottes de la radio, remède à la crise des ondes

France

Pour appâter l’auditeur, les radios ont pris l’habitude de payer tout et n’importe quoi. Des vacances aux Bahamas... ou plus prosaïquement, le remboursement de son loyer. Car si les jeux radio ne datent pas d’hier, ils se conjuguent aujourd’hui aux couleurs de l’époque: celles de la crise.

«Allô?» En décrochant son téléphone, Éric n’est sûr de rien. Le numéro qui vient de s’afficher sur son portable est masqué. Sur le coup, il pense à ses potes qui pourraient très bien lui faire une blague. Sauf qu’il est 8h20 et qu’à cette heure-là, tout le monde est en route pour le travail. Éric, lui, est arrivé un peu en avance. Sur le parking, il profite de ses dernières minutes avant le boulot pour écouter les résultats du jeu exceptionnel organisé ce jour-là par Virgin Radio auquel il s’est inscrit et qui promet d’offrir cinquante ans de loyer au gagnant. Et tandis qu’un peu partout en France, des centaines d’auditeurs fixent nerveusement l’écran noir de leur téléphone, c’est finalement celui du Toulousain qui sonne.

Il a beau l’entendre tous les matins, Éric ne reconnaît pas la voix de Camille Combal. Mais ce qui est certain, c’est que ce n’est pas celle de l’un de ses potes. «Quelle est la seule radio qui t’offre le plus gros cadeau jamais offert sur une radio?», décoche la petite voix turbulente à l’autre bout du fil. Le Toulousain comprend alors ce qu’il se passe, il crie le nom «Virgin Radio!», seul dans sa voiture. De l’autre côté de la France, dans les locaux parisiens de l’émission, c’est l’explosion de joie. Les gens hurlent, applaudissent et ravalent parfois une larme alors qu’une musique hollywoodienne donne à la scène des allures de victoire olympique.

À peine a-t-il le temps de comprendre qu’il va recevoir un chèque de 381.198 euros qu’Éric est déjà basculé vers le standard pour les dernières modalités pratiques. En raccrochant, il a l’impression de se réveiller d’un rêve. Il sort de sa voiture, traverse le parking et file à son travail de consultant pharmaceutique. En entrant dans les locaux, il passe devant l’accueil sans rien dire. Comme dans une journée normale. Sauf qu’Éric n’a plus besoin de travailler pour payer son loyer.

Qui veut gagner des milliers?

Donner de l’argent aux auditeurs est une idée à peu près aussi ancienne que la bande FM. En 1958, l’un des tout premiers jeux de l’histoire de la radio française sillonne le pays, ses grandes villes et ses campagnes, avec un dispositif bien loin des effets retentissants de Virgin Radio, mais déjà basé sur le gain. Un présentateur, un joueur de glockenspiel (petit xylophone de métal utilisé pour marquer le décompte du temps de réponse) et un technicien suffisaient alors largement au «Jeu des mille francs» pour mettre sur pied une émission à succès, encore diffusée sur France Inter aujourd’hui. Mais l’engouement pour les jeux radiophoniques va être confronté dans les années suivantes à la concurrence de la télévision, dont les grilles de programmes vont remporter le match de l’attraction ludique.

«Plus généralement, c’est aussi le rôle de la radio qui change dans les années 1960: elle sert de moyen d’information ou de fond sonore, et non plus de source principale de spectacle et de divertissement», explique Marie-Paule Schmitt, auteure de Les jeux sur les ondes de la Libération aux années 1970: grandeur et décadence d’un genre radiophonique.

C’est une loi française qui va permettre à la radio de revenir dans le game. Le 9 novembre 1981, les radios locales sont autorisées à émettre sur la bande FM. C’est l’émergence des radios libres. En quelques années, un nombre incroyable d’anciens pirates des ondes sort de la clandestinité et donne naissance à des stations ancrées dans leur époque comme NRJ, Radio Nova ou Skyrock. Plus jeunes, détendues et décomplexées vis-à-vis de la notion de divertissement, ces radios imposent un nouveau style de jeux radiophoniques dans lesquels l’auditeur a de moins en moins de choses à faire pour rafler la mise....

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