Les Français passent plus de temps à regarder du porno qu'à s'informer sur internet

Sociétés

Le temps passé sur une source d'information à chaque consultation est de moins de deux minutes en moyenne. | Charles Deluvio via Unsplash

Une étude de la Fondation Descartes a analysé le comportement en ligne de 2.372 personnes pendant trente jours.

La crise sanitaire du Covid a été accompagnée d'un cortège de rumeurs, de fake news et autres théories du complot largement diffusées sur les réseaux sociaux, notamment. Loin d'être innocentes, ces infox ont pu faire douter certains Français de l'efficacité ou de la sécurité des vaccins, quand ce n'est pas de l'existence même de la pandémie. Si internet peut servir de caisse de résonance aux fausses nouvelles, quel qu'en soit le sujet, son développement a également permis un accès aisé et rapide à de l'information médiatique fiable. Que sait-on de la manière dont les Français exploitent cet univers informationnel foisonnant?

Des études par sondages, telles que celle réalisée annuellement par le Reuters Institute dans plusieurs dizaines de pays, dont la France, permettent d'identifier les médias que nos concitoyens affirment le plus consulter en ligne, ainsi que l'usage qu'ils disent faire d'internet pour s'informer. Mais cette méthodologie ne permet pas d'évaluer si les déclarations des répondants correspondent bien à leur comportement informationnel effectif. Pour leur part, les études mesurant le volume global de trafic sur les sites médiatiques n'autorisent guère plus que la production d'un classement des sites les plus populaires dans une région et pour une période données.

Avec la Fondation Descartes, nous avons conduit une étude à la méthodologie innovante afin de décrire de manière plus fine le comportement informationnel des Français sur internet.

Pour réaliser cette étude, nous avons demandé à la société Respondi, spécialiste des données numériques, d'enregistrer durant trente jours l'intégralité de l'activité internet d'un panel de personnes représentatif de la population nationale. Les données de connexion des 2.372 participants qui composent ce panel ont été enregistrées, url visitée par url visitée, sur leurs différents objets connectés personnels (ordinateurs, téléphones portables, tablettes).

Nous avons alors pu analyser leur consultation de 2.946 sources web d'information médiatique préalablement identifiées à l'aide d'un algorithme de classification des sites développé par la société Storyzy. Ces sources regroupent les pages web de la presse papier nationale, régionale et locale, des chaînes télé et radio proposant de l'information, des agrégateurs d'informations tels que MSN actualité, ou encore, de médias «alternatifs» régulièrement accusés de publier de fausses informations. Au terme des trente jours de l'étude, nous avons adressé aux participants un questionnaire permettant d'établir leur profil sociologique et les interrogeant sur leur rapport à l'information médiatique.

À noter que nous n'avons pas eu accès au fil d'actualité des réseaux sociaux des participants. Mais cela ne veut pas dire que nos analyses ignorent leur consultation d'informations par le biais desdits réseaux. En effet, nous avons comptabilisé le temps qu'ils ont passé sur les pages Facebook, Twitter et YouTube des sources d'information que nous avons identifiées. Par ailleurs, les participants ayant cliqué sur un article ou une vidéo apparaissant sur leur fil personnel auront généralement été redirigés sur la page internet hébergeant ce contenu, où le temps passé a été comptabilisé.

Internet après la télé

Les résultats de notre étude montrent que, dans l'ensemble, les Français s'informent peu sur internet: en moyenne, 3% seulement du temps total passé en ligne par les participants l'a été sur des sources d'information médiatique –ce qui, par participant, correspond à un peu moins de cinq minutes par jour de connexion à internet. À titre de comparaison, chez les Français de plus de 15 ans, la durée moyenne d'écoute quotidienne sur téléviseur des principaux journaux TV est de vingt minutes.

Répartition du temps d'activité sur internet. | L. Cordonier, A. Brest / Fondation Descartes

Précisons que les comportements d'information en ligne des Français que nous avons mesurés sont en réalité très variables. Si 17% des participants n'ont consulté aucune source d'information médiatique sur internet en trente jours, ils sont 5% à en avoir consulté durant plus de dix heures au total au cours de la même période. On observe que les 50 ans et plus ainsi que les personnes qui se disent particulièrement intéressées par l'actualité s'informent davantage que les autres sur internet.

L'algorithme de classification des sites utilisé nous a également permis d'évaluer l'exposition des participants à de la désinformation. Il ressort de nos analyses que 39% d'entre eux ont consulté des sources web connues pour diffuser des informations fausses ou trompeuses au cours des trente jours de l'étude. Ces participants y ont passé en moyenne 11% de leur temps quotidien d'information sur internet, soit 0,4% de leur temps total de connexion.

Par rapport aux autres participants, ceux qui se sont rendus au moins une fois sur un site diffusant des informations non fiables sur des sujets sociaux et politiques sont proportionnellement plus nombreux à être des hommes, à vivre seuls, à ne pas avoir confiance dans les institutions, le gouvernement et les médias et à se dire intéressés par l'actualité....

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