Les fictions médicales doivent-elles être réalistes?

Actualités

Les séries questionnent notre rapport à la fiction et au degré de véracité qu'elles doivent atteindre pour remporter l'adhésion du spectateur. | Capture d'écran Bandes annonces cinéma via YouTube

Entre fascination, densité dramatique et recherche de réalisme, le public est parfois partagé.

De Urgences à Dr House en passant par Scrubs, Good Doctor ou Grey's Anatomy, les séries médicales et hospitalières conquièrent depuis plus de vingt ans un public toujours plus nombreux. Récemment, deux séries françaises ont tiré leur épingle du jeu dans un paysage de fictions hexagonales marqué par d'énormes loupés: Hippocrate de Thomas Lilti et HP de Angela Soupe et Sarah Santamaria-Mertens.

Succès critiques et publics, ces deux séries questionnent notre rapport à la fiction et au degré de véracité qu'elle se doit d'atteindre pour faire adhérer le spectateur. Entre fascination, densité dramatique et recherche de réalisme face à des sujets qui nous concernent tous –la santé, la vie, la mort–, le public des séries médicales fait preuve d'exigence et, selon ses connaissances, son expérience et son métier, est parfois partagé dans ses réactions, comme en attestent ces différents tweets.

Une hybridation entre réel et fiction

À quel point une fiction médicale doit-elle coller à la réalité? Dominique Chateau, philosophe, théoricien de l'esthétique des arts visuels, notamment du cinéma, définit sa conception de ce qu'est une fiction: «J'utilise la notion de “monde possible” pour définir la fiction. La fiction nous présente un monde possible plus ou moins proche du monde réel. La question de ce possible, c'est de savoir comment on s'en écarte.» Pour le philosophe, la distance acceptable entre fiction et monde réel s'appuie sur l'idée de contrat –ou de pacte– entre l'auteur et le spectateur: «Toute fiction suppose l'existence d'un pacte avec le spectateur. On peut concevoir qu'il en existe de diverses sortes dont le pacte réaliste, lorsque l'histoire que l'on raconte est conforme au réel, et le pacte fantastique où s'opère une distinction avec le réel (même s'il y toujours un fond de réel pour que cela fonctionne).»

Il existe aussi une distinction entre ce qui relève de faits réels –ce que l'on voit dans les films, les séries historiques ou les documentaires– et ce qui relève de la pure invention. Les deux peuvent aussi se mêler, comme le signale Dominique Chateau: «On peut mélanger, on peut faire une fiction avec des personnages inventés mais dans un lieu réel pour donner davantage de sensation réalité.» C'est le plus souvent dans cette hybridation que se situent les fictions médicales à succès: «Il y a une partie réaliste à laquelle les auteurs sont très sensibles et vigilants, mais aussi une partie très romanesque avec des jeux sur les intrigues, explique-t-il. L'intention est différente de celle des œuvres purement documentaires: il s'agit ici de recoller ensemble des morceaux de réalité dans le but de raconter une histoire.»

Le scénariste et réalisateur David Roux a signé en 2019 le film L'Ordre des Médecins dans lequel le personnage principal est un médecin pneumologue hospitalier confronté à la fin de vie de sa mère, hospitalisée dans un service voisin au sien. Il explique la subtile combinaison entre aspects fictionnels et aspects documentaires: «Pour moi, la reconstitution de l'hôpital était extrêmement importante. C'est stimulant de se documenter et de recréer un univers. C'est également important parce que c'est un enjeu essentiel d'adhésion au film. Si on fabrique un univers trop factice, ça se voit tout de suite et les spectateurs ne peuvent pas y adhérer.»...

Lire la suite de cet Article sur Slate.fr - Les fictions médicales doivent-elles être réalistes?

Articles en Relation

Les Films à voir au cinéma le 19 mai, et les semaines suivantes Certains craignent la ruée vers les salles obscures. | Krists Luhaers via Unsplash Pour se réjouir de la réouverture des salles, s'orienter dans...

PLUS D'ARTICLES

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA