Les émeutes pour du Nutella en promo en disent long sur l'état d'esprit des Français

Sociétés

Jeudi 25 janvier, l’enseigne Intermarché propose une promotion sur les pots de la célèbre pâte à tartiner Nutella: -70% sur le prix habituel. Dès l’annonce, c'est la ruée dans les magasins. Des centaines de clients, intéressés par cette ristourne spectaculaire, se jettent sur le produit en tentant d'en acheter le plus possible.

Des dizaines de magasins, dans le Nord, le Pas-de-Calais, mais aussi le Rhône, la Loire ou le sud de la France, furent le théâtre de véritables émeutes. Des bagarres telles que plusieurs fois, les gendarmes durent intervenir. Alors que les étals se vidaient en quelques minutes, certains en sont même venus aux mains.

Selon le récit du quotidien régional Le Progrès, le premier à avoir fait état de ces accidents, les clients «se sont acharnés comme des animaux. Une femme s’est fait tirer les cheveux, une dame âgée a pris un carton sur la tête, une autre avait la main en sang. C’était horrible».

D’autres, ensuite, passé la consternation et l’étonnement (on parle quand même de bagarres pour de la pâte à tartiner), ont cherché à expliquer ces événements, à comprendre comment nous avions pu en arriver-là, en 2018. Sur Twitter, certains ont regardé les taux de chômage des villes autours des Intermarché incriminés et en sont arrivés à la conclusion suivante: ces rixes sont l'expression d'une détresse sociale.

Le chômage, la précarité, la pauvreté seraient-elles donc la cause principale? Le Nutella, produit de consommation courante, est largement acheté par les franges populaires de la population. Il se pourrait qu’il ait été victime de son succès dans les territoires les plus populaires.

D’après Benoît Heilbrunn, professeur de marketing à l’ESCP Europe, la pâte à tartiner italienne fait partie de ces produits industriels connus ayant réussi à «créer des référentiels culturels qui fonctionnent comme des points d’ancrage».

«Les produits industriels touchent davantage des milieux défavorisés qui, du fait d’un niveau d‘éducation souvent plus faible que les milieux aisés, ont plus de mal à se déprendre de la rhétorique des marques sur le goût, le plaisir, la forme, etc. Ainsi, les produits industriels parviennent plus facilement à toucher les individus défavorisés économiquement alors que l’on va trouver davantage de produits frais dans les milieux aisés.»

Les émeutes auraient donc eu lieu parce que sévit la pauvreté et la précarité. Les taux de chômage, largement supérieurs à la moyenne nationale, seraient un indicateur du niveau de confiance et de solidarité entre les individus. Le renforcement du sentiment d’individualisme et d’égoïsme, couplé à la détresse sociale, seraient-ils l’explication de cette «guerre du Nutella»?


Lire la suite : Les émeutes pour du Nutella en promo en disent long sur l'état d'esprit des Français


Articles en Relation

Backpackers, quand sonne l'heure du retour en France Le retour en France est plein d'incertitudes. | Erik Odiin via Unsplash 47.000 jeunes obtiennent chaque année un permis vacances-travail. Après le vo...
La «fête des célibataires», le plus gros jour de shopping qui épargne (encore) l... Le célibataire, targetté comme un pantouflard obsédé, est devenu un cœur de cible privilégié. | Thomas Lefebvre via Unsplash Tous les ...
Le confinement ne nous soude pas, il nous divise encore plus À Paris, le 19 mars 2020. | Philippe Lopez / AFP  Tout se passe comme si ce virus, loin de nous rapprocher, exacerbait notre conscience des inég...
Qui sont les célibataires d'aujourd'hui en France? Parmi les personnes n'ayant connu aucune période de célibat (d'au moins un an) depuis leur première relation amoureuse, 49% considèrent qu'«être en co...
La nostalgie amnésique de «la France d'avant» est un séparatisme de la majorité Un journal d'époque annonce la Caravelle, voiture mythique de Renault des années 1960. | Pixel2013 via Pixabay C'était mieux avant, vraiment? Mieux p...

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA