Les directeurs et directrices d'école au bord du burn-out

France

Un cours à l'école élementaire Cour de Lorraine à Mulhouse, le 18 mai 2020. | Sébastien Bozon / AFP 

Le confinement a mis à rude épreuve les personnels de direction des établissements scolaires, déjà sous pression auparavant. Loin de les soulager, le déconfinement empire leur situation.

Il n'y a pas si longtemps, au mois de septembre 2019, la France fut secouée par un terrible suicide: Christine Renon, directrice d'une école maternelle de Pantin, avait mis fin à ses jours au sein même de l'établissement qu'elle dirigeait. La lettre qu'elle avait laissée pointait sa charge croissante de travail, l'obligation perpétuelle de tout quantifier et de faire remonter des informations, ainsi que la multiplication et l'absurdité des tâches administratives qui l'éloignaient du cœur du métier qu'elle avait choisi: s'occuper des enfants et organiser la vie de l'école dans leur intérêt.

Grand nombre d'enseignant·es réagirent, des directeurs et directrices témoignèrent pour amplifier l'alerte lancée par Christine Renon: la directrice exposait les vrais problèmes auxquels tous et toutes étaient confrontées, dont elles parlaient sans qu'on les écoute, et leur situation d'épuisement professionnel.

Leurs voix ont été entendues. D'abord dans les médias, puis par le ministère de l'Éducation nationale: des annonces ont été faites, parmi lesquelles celle d'une réflexion à venir sur le métier et ses spécificités, et une consultation lancée.

Et voilà que la proposition de loi sur le statut de directeur d'école arrive devant l'Assemblée nationale. Elle est portée par la députée Cécile Rilhac (LREM) et sera discutée devant la commission des Affaires culturelles et de l'Éducation le 17 juin. Il s'agit d'asseoir la fonction de chef·fe d'établissement du directeur ou de la directrice d'école: même si cette personne gère l'organisation, elle n'a pour le moment aucun pouvoir hiérarchique sur les enseignant·es, les écoles fonctionnant en conseil. D'après les syndicats, ce point n'était pas spécialement demandé dans les consultations; le SNUipp, majoritaire, est totalement contre.

La loi comporte aussi des points plus consensuels comme la systématisation de la décharge (ne pas devoir enseigner en plus de la direction) à partir de huit classes (même si c'est un seuil déjà élevé) ainsi que la mise en place de primes croissantes en fonction de la taille de l'école.

A priori, elle laisse en suspens la question des personnels dédiés à l'aide administrative et au secrétariat. Les emplois aidés ayant été supprimés par la majorité, les mairies ne recourent pas obligatoirement à cette possibilité d'aide précieuse.

Le casse-tête du déconfinement

La discussion à l'Assemblée va intervenir dans un moment inédit et intense pour les directeurs et directrices d'école. Le confinement puis le déconfinement n'ont pas été une mince affaire: brutalement interrompue, la scolarité des élèves s'est faite à distance pendant un temps, puis les écoles ont rouvert progressivement. Ces événements ont impliqué un travail d'organisation colossal, au dire des intéressé·es qui se sentent actuellement sous pression.

Karim Bacha, directeur d'école à L'Île-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) et syndiqué SNUipp, raconte à quel point son travail s'est complexifié:

«En ce moment, on travaille sans relâche mais on est un peu dépassé. Avec le protocole sanitaire, nous sommes mis en position de faire et d'organiser des choses inédites et avec une philosophie inédite puisque le retour s'est d'abord fait sur la base du volontariat –ce qui est beaucoup plus compliqué qu'en temps normal, avec l'école obligatoire. Toutes ces contraintes, les nôtres et celles des parents, nous obligent à construire des emplois du temps ultra complexes. Le plus terrible, c'est que cela peut engendrer des tensions avec les familles, par exemple quand nous devons refuser des retours d'enfants à l'école ou ne proposer qu'un retour partiel de deux jours sur quatre –ce qui est presque toujours le cas. C'est difficile psychologiquement, moralement, physiquement même de devoir dire “non” ou juste “je vais faire de mon mieux”. Pour moi, c'est tout sauf l'école.»

Tous les personnels de direction interrogés partagent ce point de vue. Pour Nathalie, directrice d'une petite école de deux classes dans le Loiret, ce temps passé à parler aux familles, ces «changements dans les propositions qu'on peut faire en fonction de qui est plus ou moins prioritaire, par exemple si un des parents occupe une profession de santé ou que celui qui s'occupait de l'enfant doit retourner travailler», sont à la fois chronophages et douloureux.

D'autant que la situation est évolutive, comme le souligne Karim Bacha: «Dans très peu de temps, on va se retrouver face au retour au travail des parents et à une envie croissante du retour à l'école pour leurs enfants. On sera dans une schizophrénie avec un protocole très strict.»

Lui-même, qui au départ observait un respect total des règles sanitaires, considère maintenant que «le déconfinement a fait ses preuves» et donc que «ce serait étrange que l'école soit le seul lieu à respecter des règles aussi rigoureuses».

Mais l'étau dans lequel sont prises les directions d'école reste serré: la difficile conciliation entre respect des normes sanitaires et demande de retour des parents n'est pas le seul problème. La question de la (dis)continuité scolaire vire à l'obsession nationale avec une médiatisation très forte des problématiques liées au confinement des enfants, à l'école à distance puis au retour dans les établissements.

Le sujet a été alimenté par de très nombreuses prises de parole du ministre de l'Éducation nationale (chaînes d'info, sites de presse en ligne, journaux papiers, etc.), le tout culminant jeudi 28 mai avec l'intervention d'Édouard Philippe annonçant la réouverture de toutes les écoles le 2 juin. Jean-Michel Blanquer avait déjà exhorté chaque parent non seulement à remettre son enfant à l'école, mais à inciter les autres parents à le faire....

Lire la suite de cet Article sur Slate.fr - Les directeurs et directrices d'école au bord du burn-out

Articles en Relation

Comment les profs de maternelle continuent à s'occuper de vos enfants «La meilleure réponse consiste à se soutenir et à partager nos ressources pour ne pas se retrouver seuls.» | Kristin Brown via Unsplash Le télétrava...

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA