Les dégâts du « Revenge porn » dénoncés dans un documentaire Netflix

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The Conversation

Le revenge porn nait dans les années 1980, mais connait un essor pendant le confinement : en 2020, le nombre de personnes victimes de vengeance pornographique a grimpé en flèche comparé aux années précédentes. Shutterstock

Les dégâts du « revenge porn » dénoncés dans un documentaire Netflix

Le revenge porn nait dans les années 1980, mais connait un essor pendant le confinement : en 2020, le nombre de personnes victimes de vengeance pornographique a grimpé en flèche comparé aux années précédentes. Shutterstock
Jennifer Grant, University of Portsmouth

L’homme le plus détesté d’Internet, selon une nouvelle série documentaire de Netflix du même nom, est Hunter Moore. Le criminel condamné, qui se décrit lui-même comme un « destructeur de vie professionnelle », a diffusé de façon non consentie des milliers de photos privées et a fondé le site web de revenge porn « Is Anyone Up ? ». Originaire de Californie, il lance le site en 2010, qui se transformera en plate-forme de revenge porn.

Le documentaire montre ce qu’est le revenge porn, comment il est pratiqué et combien il peut être traumatisant pour les victimes. Les femmes de la série ne sont pas stéréotypées comme étant naïves ou fautives, comme c’est souvent le cas dans le traitement donné par les médias. La série montre comment les milliers de personnes qui repartagent une photo sont aussi des acteurs du revenge porn, au même titre que la personne à l’origine du téléchargement de la photo.

La place du revenge porn dans la société

En tant qu’ancien agent de probation (conseiller pénitentiaire d’insertion et probation en France), je m’intéresse à la manière dont la société perçoit les crimes sexuels et dont nous traitons les femmes qui en sont victimes. La série documentaire aurait pu aller plus loin en parlant des femmes courageuses comme des victimes de violence sexiste, et pas seulement de revenge porn.

Ce terme ne tient pas compte du fait que les images privées partagées sans consentement ne sont pas toujours réellement pornographiques. En outre, il blâme la victime, car il suggère qu’elle a fait quelque chose pour mériter cette vengeance. Bien que j’aie utilisé le terme ci-dessus car la plupart des lecteurs le connaissent, dans la suite de l’article, je parlerai plutôt d’abus sexuel basé sur l’image.

La série n’explique pas clairement qu’il est normal de prendre et d’envoyer des images de soi dans le cadre de l’expression sexuelle, mais que lorsque quelqu’un les partage sans consentement, cela peut être une forme d’abus domestique. L’Internet est saturé de telles images. Il existe aujourd’hui plus de 3 000 sites consacrés aux abus sexuels basés sur l’image, et les signalements au service d’assistance téléphonique gouvernemental pour le revenge porn augmentent d’année en année.

Du côté des victimes

Les victimes du revenge porn sont isolées et ont peur de ce que les autres pourraient penser d’elles. De ce fait, nombre d’entre elles souffrent de problèmes de santé mentale, notamment de SSPT et de dépression (syndrome de stress post-traumatique).

Comme l’a montré la série documentaire, les victimes sont généralement des femmes, et dans des données datant du début de l’année 2022 il apparaît que 81 % des victimes sont des femmes. Leurs photos sont généralement partagées sans leur permission par des hommes, mais pas nécessairement par ceux qui piratent leurs comptes. La plupart des abus sexuels basés sur l’image sont perpétrés par des ex-partenaires.

Beaucoup de gens imaginent qu’un ex-partenaire en colère commet ce crime en guise de représailles après une rupture non désirée. Or, ce n’est pas toujours le cas. Une étude menée en 2021 par le cabinet d’avocats Slater & Gordon auprès de plus de 2 000 Britanniques a révélé que certains hommes voulaient faire peur à leur victime. D’autres estimaient que c’était « juste pour rire », une attitude partagée par les agresseurs présumés du documentaire.

Nous vivons dans une société où la misogynie et le droit des hommes conduisent à la violence contre les femmes et les filles. « L’upskirting » (pratique consistant à filmer sous les jupes des femmes à leur insu) et les photos de femmes allaitant leurs enfants prises sans consentement sont également des formes d’abus sexuels, et témoignent du préjudice sexuel causé aux femmes dans notre société. Une étude de 2017 a révélé que l’impact sur les victimes de ce type d’abus sexuel est similaire à celui d’une agression sexuelle. Sur cette base, de nombreux militants et chercheurs soutiennent qu’il devrait s’agir d’un crime sexuel spécifique.

Ce que la série ne couvre pas

La série sur l’homme le plus détesté d’Internet permet de comprendre ce qui se passe aux États-Unis, mais pas au Royaume-Uni. Pour lutter contre ce crime, le gouvernement britannique tente de réglementer Internet. Le projet de loi sur la sécurité en ligne propose de forcer les fournisseurs d’accès à Internet à être plus proactifs dans la suppression des abus sexuels basés sur l’image, plutôt que d’attendre que les victimes les signalent.

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En Angleterre et au Pays de Galles, le revenge porn est devenu une infraction spécifique en 2015 (il faudra attendre 2016 en France), avec une peine pouvant aller jusqu’à deux ans de prison et 60 000€ d’amende. La menace de partager des images privées non consensuelles est devenue illégale en 2021 au Royaume-Uni.

Même avec ces lois, les victimes sont naturellement réticentes à parler à la police. Cela n’aide pas lorsque les agents de police n’ont pas assez de formation ou de compréhension de ces expériences. Certains policiers ont blâmé les femmes d’être victimes d’abus sexuels basés sur l’image. À l’heure actuelle, seule une fraction des rapports de police d’abus sexuels basés sur l’image donne lieu à une accusation ou à une convocation au tribunal.

Lorsque les victimes portent plainte, un tiers d’entre elles n’engagent pas de poursuites parce que l’anonymat ne peut leur être garanti dans le cas d’un « délit de communication ». Si l’abus sexuel par l’image était un délit sexuel, les victimes pourraient rester anonymes.

Aide aux victimes

La série documentaire a également montré l’importance du soutien familial, tant pour la victime sur le plan émotionnel que pour l’avancée de la justice. Le point fort de la série, pour moi, était Charlotte Laws, la mère d’une des victimes de Moore. Elle a fait campagne contre son site web, et ne s’est pas arrêtée une fois que l’image de sa fille a été retirée. Elle a soutenu d’autres victimes et le FBI dans leur lutte pour que justice soit rendue à Hunter Moore.

Les victimes d’abus sexuels basés sur l’image ont clairement besoin de soutien, et toutes n’ont pas quelqu’un sur qui compter comme Charlotte. Destiny Benedict, une autre victime de Moore, a depuis expliqué à quel point elle s’était sentie vulnérable et isolée pendant son expérience. La série documentaire montre que Moore manipulait Benedict pour qu’elle lui envoie davantage de contenu afin qu’il retire les photos de ses enfants de son site Web.

Le gouvernement britannique a récemment augmenté le financement de la Revenge Porn Helpline. Cette ligne d’assistance permet aux victimes de signaler les abus qu’il subissent mais c’est aussi une source de soutien qui aide à supprimer les photos. En France, en 2021, 4 personnes sur 10 sont victimes de revenge porn, d’après l’institut de sondage Ipsos. Cette même enquête montre que la tranche des 18-24 ans est la plus touchée par ce phénomène.

L’homme le plus détesté d’Internet a souligné ce problème, mais nous pouvons tous davantage soutenir les victimes du revenge porn, en commençant par reconnaître l’abus qu’il constitue.


Si vous avez été victime ou si vous voulez aider quelqu’un qui l’a été, rendez-vous sur le site #StopCyberSexisme ou contactez les numéros verts 3018 ou le 3020 (« Non au harcèlement » et « cyberviolences »).

Jennifer Grant, Teaching Fellow, Community Justice, University of Portsmouth

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

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