Les clés pour éduquer ses enfants aux valeurs féministes

Sociétés

Apprenons-leur surtout à être eux-mêmes et à respecter les autres. | Sharon McCutcheon via unsplash

Sexualité, plaisir, règles... La journaliste Lucile Bellan livre un petit traité féministe à l'attention des enfants, dont nous publions les bonnes feuilles.

La question du tabou

C'est une règle à laquelle il faut se plier: même en proie à la fatigue ou au manque de temps, il faut répondre aux questions des enfants. Et parfois, pour les amener à se poser des questions, il suffit de vivre sa vie, sans essayer spécifiquement de leur cacher les réalités d'une vie d'adulte.

Petite, je me souviens que j'étais passionnée par un panier en tissu brodé, caché derrière une boîte à chaussures au fond des toilettes de ma grand-mère. Ce panier contenait des tampons. Je n'ai jamais demandé de quoi il s'agissait, mais j'avais conscience qu'il y avait là un secret bien gardé. Je me souviens avoir joué avec les bâtonnets de coton emballés dans du plastique sans savoir ni à quoi ils pouvaient servir ni quel était le mot qui les définissait. C'était un mystère et c'était donc aussi excitant qu'effrayant.

Dans la maison où j'habite désormais, le meuble de rangement installé au-dessus de mes toilettes n'a pas de porte. Nous avons choisi de laisser tampons et serviettes au vu et au su de toutes et de tous. Plus de panier en tissu brodé caché dans un recoin. Dans le même esprit, je ne cache jamais avoir parfois besoin d'une bouillotte pour calmer les maux liés aux règles. Les enfants, dès qu'ils sont en âge d'avoir un semblant de conversation, comprennent que c'est naturel, parfois douloureux, mais en tout cas pas dramatique. L'essentiel est là: il faut que les règles deviennent autre chose qu'un secret honteux, quelque chose qui ne serait pas dramatique.

Le plaisir n'est pas tabou. Quand elle est expliquée aux enfants, la sexualité est tournée vers l'utilitaire, cantonnée à la procréation. La notion de plaisir ne fait son apparition que via des canaux détournés. Quand ils découvrent la pornographie, certains ne comprennent pas le sens des cris caricaturaux. Puisque l'on ne leur a jamais parlé de plaisir dans le coït, ils imaginent systématiquement de la douleur. De fait, les images deviennent alors quasiment horrifiques.

Expliquer que la sexualité n'a de sens que dans le sentiment amoureux est également néfaste. Dire aux enfants que la venue d'un bébé est quelque chose qui arrive quand «un papa et une maman s'aiment très fort» invisibilise les couples non hétérosexuels, ceux qui ont conçu leur enfant par PMA ou GPA, les personnes qui ont fait un enfant sans être en couple, celles dont la grossesse s'est déclenchée par hasard ou par erreur…

Associer la procréation à l'amour revient à y ajouter la condition sine qua non d'un sentiment noble et donc à la sacraliser. Les enfants peuvent tout à fait comprendre que la venue d'un bébé peut se faire dans de multiples conditions et pour de nombreuses raisons, dont aucune n'est plus valable qu'une autre.

Si l'on décide de rayer définitivement le concept de mots-tabous, comme sexe, vulve, règles, pénis, on peut également décider de ne pas sacraliser la sexualité et de lui associer l'idée de plaisir. Ce dernier, loin d'être forcément synonyme de décadence, promet de charmantes découvertes seul·e ou à plusieurs, et ce tout au long de la vie.

Dans l'inconscient collectif, le plaisir ne semble être l'apanage que des hommes et des femmes vivant leurs premières années en tant qu'adultes. En réalité, on peut prendre du plaisir dès que l'on a conscience de son corps, et donc dès 3 ou 4 ans, et jusqu'à la fin de sa vie, donc à des âges souvent bien avancés.

Si ce n'est pas le cas de tous, certains enfants se masturbent très tôt, filles ou garçons, quand ils découvrent que certains gestes leur procurent des sensations agréables. Décider de rendre le plaisir tabou, c'est aussi jeter un voile de honte sur ces pratiques innocentes et prendre le risque de voir ce traumatisme avoir des répercussions sur la vie adulte....

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