Les applications ne pourront jamais remplacer les parents

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Inutile d'en inventer plus, il n'y a rien de mieux que le contact humain pour leur apprentissage.

La technologie sait tout faire: gagner contre le champion du monde du jeu de go, faire atterrir des avions sans pilote et même peindre des tableaux. Ce n'est donc pas lui demander grand chose que de nous aider dans la lourde tâche qui incombe aux parents: éduquer les enfants.

En 1995, Betty Hart et Todd Risley établissaient une célèbre étude selon laquelle un enfant de quatre ans défavorisé entendait trente millions de mots en moins qu'un enfant issu d'une famille aisée. Cette inégalité se justifie-t-elle encore? Car qui d'autre peut exposer un enfant aux mots de manière plus égalitaire que la technologie?

Aujourd'hui, même les méthodes les plus prisées de la coûteuse école Montessori sont disponibles sur l'Apple Store. D'autant qu'on a prouvé l'efficacité du livre numérique pour la concentration et l'assimilation de notions. Grâce aux applications, il n'y aura plus de dictée et on ne fera pas plus cas de la dyslexie que de savoir ce qu'est un épithète. Mais cette reluisante utopie pourrait se ternir de quelques critiques. À commencer par l'efficacité promise de l'apprentissage.

Un App Store plein d'étoiles

En 2003, Pat Kuhl, linguiste à l'université de Washington, a mené une expérience portant sur l'exposition des enfants aux sons d'une langue étrangère. Ainsi, sur seulement douze sessions, il a montré comment des enfants entre 6 et 12 mois pris en charge par une personne qui jouait, parlait et chantait avec eux en chinois avaient acquis autant les bases de la langue que s'ils avaient grandi à Taïwan.

Dans une seconde expérience, il a remplacé le locuteur chinois par une télévision et des enregistrements audio éducatifs. Cette fois-ci, les enfants n'ont rien appris.

Les résultats de cette expérience mènent à deux conclusions: la première est qu'un enfant possède une capacité d'apprentissage hors-norme lors de ses premières années. La seconde est que pour développer cette capacité d'apprentissage, il n'existe pas de méthode miracle. Il faut simplement à l'enfant, du temps et une présence physique. C'est cela qui construit le langage et la vivacité d'esprit, pas les prouesses technologiques.

Dans une métaphore très imagée, Alison Gopnik, professeure de philosophie à l'université de Berkeley explique qu'il faut voir un parent comme un «jardinier, qui offre à l'enfant de l'espace pour grandir et s'épanouir» plutôt que comme un «charpentier, visant un résultat».

L'hyperconnexion, le multitasking, la vitesse des échanges et la recherche d'optimisation dans laquelle nous évoluons est donc tout le contraire de ce dont aurait besoin un enfant pour grandir.

Il a besoin d'espace pour explorer le monde autour de lui, d'attention et d'interactions sans exigence d'objectifs. En somme, il a besoin d'amour.


Source : Les applications ne pourront jamais remplacer les parents


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