Le véritable Q de «James Bond» était une femme

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Jonna Mendez en interview pour le New York Times, en 2017. | Capture écran via Facebook

Sur les six agentes des services secrets étudiées dans la nouvelle mini-série d'Arte «Les espionnes racontent», une sort du lot comme la plus hollywoodienne: Jonna Mendez.

Le patronyme ne vous évoque probablement pas grand-chose, et pourtant, il suffit de suivre les recommandations des Oscars pour avoir déjà croisé le personnage.

Dans la réalité, Jonna Mendez est née Jonna Hiestand en 1945. Elle a grandi à Wichita, dans le Kentucky. Son nom de jeune fille, elle l'abandonne quatre décennies plus tard, en épousant un certain Tony Mendez.

Héros des services de renseignement américains, l'homme a inspiré à Ben Affleck un long-métrage, Argo, récompensé de la statuette du meilleur film en 2012.

La trame raconte l'exfiltration rocambolesque de six diplomates durant l'épisode de la crise des otages américain·es en Iran. La méthode employée semble absurde, mais elle a fonctionné: Mendez fit passer les six Américain·es pour les membres d'une équipe de tournage canadienne, sur place pour réaliser un film de science-fiction.

Le personnage de Jonna est campé par Taylor Schilling, star d'Orange Is the New Black. Son prénom est modifié –elle devient Christine Mendez– et elle apparaît peu à l'écran, reléguée à la position de simple épouse, alors que l'existence de Jonna Mendez pourrait elle aussi faire gagner quelques Oscars.

Femme fatale contre stylo Montblanc

La mini-série d'animation Les espionnes racontent, diffusée dès le 23 mars sur Arte, vise à redonner aux espionnes leur place dans l'histoire. Elle permet surtout de briser toute une série de préconçus, comme le livre du même titre qui l'a inspirée.

«Ça a commencé par un article sur Anna Chapman, confie son autrice Chloé Aeberhardt. On a beaucoup parlé d'elle, parce qu'elle collait au cliché de l'espionne telle qu'on la fantasme dans la littérature et le cinéma» –à savoir, une femme fatale qui couche pour arriver à ses fins.

«J'ai essayé de comprendre qui elle était, comment elle travaillait, poursuit-elle. Je me suis rendu compte que les rares livres sur les espionnes étaient écrits par des hommes et traitaient toujours des mêmes: Mata Hari, Joséphine Baker. Ils avaient tendance à conforter le cliché de la femme qui pratique l'espionnage par romantisme.»

Parce que les services secrets restent souvent secrets, la journaliste n'a pu rencontrer que huit anciennes espionnes. Elle présente Mendez comme la plus hollywoodienne d'entre elles. «Mais elle est plus James Bond que James Bond girl, ajoute-t-elle. C'est elle qui fait le plus écho à cet univers, mais ce n'est pas une séductrice ou une potiche. En fait, elle ressemble à Q.»

Dans la saga 007, Q est le personnage qui présente à l'agent secret les derniers gadgets mis au point dans ses laboratoires. Dans le livre de Chloé Aeberhardt, Mendez évoque une encre sympathique «que seule une solution chimique à base d'une vodka particulière était capable de révéler» et un stylo Montblanc qui prenait des photos.

«Nous avions développé des appareils photo miniatures tout à fait uniques grâce auxquels la CIA a collecté plus d'informations qu'avec n'importe quel autre équipement, rapporte Mendez. L'astuce, pour être sûr que les photos soient nettes, était de tenir le stylo des deux mains, en se servant de ses coudes comme d'un tripode.»

Avant de rentrer à la CIA, Jonna n'en connaissait même pas l'existence. Dans les années 1960, elle travaille dans les bureaux de la branche de Francfort d'une banque d'affaires new-yorkaise, la Chase Manhattan Bank.

«Un jour, une bande de jeunes anglophones m'ont abordée, racontait-elle en 2017 au New York Times. Ils disaient être de l'armée, ils étaient nombreux. On a commencé à tous sortir ensemble, nous sommes allés à un festival de vins. Au bout d'un an, j'ai épousé l'un d'entre eux. Trois jours avant le mariage, il m'a dit qu'il travaillait en réalité pour la CIA.»

Afin qu'une vie de couple soit possible –et peut-être parce qu'il a vu quelque chose en elle– ce premier mari, John Goeser, conseille à sa nouvelle épouse de postuler. Engagée, elle commence comme réceptionniste, avant de devenir la secrétaire du directeur de l'Office of Technical Service, le «bras technique du service clandestin de la CIA».

Attirée par la photographie depuis toujours, Jonna se forme à la photo clandestine et devient «photo operation officer», spécialisée dans la falsification et le disguise.

«Le disguise ne désigne pas seulement la transformation physique d'un individu, précise Chloé Aeberhardt. Il recouvre également les dispositifs de dissimulation mis au point pour faciliter le recueil d'informations des officiers et des agents sur le terrain: caméra cachée dans un sac à main, boutons de manchettes creux pour y loger des microfilms, etc.»

Avant de se familiariser avec les techniques, Jonna, comme d'autres agents, considérait le disguise comme un «outil sympa». Désormais, elle «le compare volontiers à un gilet pare-balles».

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