Le terrorisme ne nous fait plus vraiment peur

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L'attentat mortel à la camionnette de New York a finalement été revendiqué par Daech. Mais cet événement aura-t-il le même impact que les attentats précédemment perpétrés par l'organisation Etat Islamique? En revendiquant tous les attentats, petits et grands et ce quel que soit le nombre des victimes, Daech a tenté d’instiller un sentiment d’omniprésence et de danger imprévisible. Mais ce faisant, le terrorisme est peut-être en train de perdre sa raison d’être: il se banalise, on serait même tenté de dire qu’il ne fait plus peur.

Organiser ou inspirer un flot constant d’attentats en Occident a des conséquences qui peuvent être contre-productives. Au bout d’un moment, l’ignoble finit presque par devenir normal. Les gens deviennent insensibles à la violence. Et quand une violence, autrefois effrayante, commence à se normaliser, les populations visées finissent non seulement par épuiser leur stock d’indignation, mais aussi de compassion.

Le grotesque succède au terrifiant

Le décompte macabre tourne bientôt au grotesque, quand Daech en vient à revendiquer des actes qui n’ont rien à voir avec l’organisation. Le premier week-end d’octobre, on a ainsi dénombré trois attentats, au Canada, en France et aux États-Unis. Un réfugié somalien, connu pour son idéologie extrémiste, a attaqué des gens en Alberta avec un couteau et un véhicule. Un agresseur a poignardé et tué deux femmes dans une gare de Marseille. Et à Las Vegas, un tireur isolé sans lien connu avec Daech a perpétré la fusillade de masse la plus meurtrière de l'histoire moderne des États-Unis –et Daech l’a revendiquée!

Car Daech, dans ses revendications, semble avoir adopté une approche «attrape tout». Le groupe peut ainsi revendiquer un attentat aussi terrible que celui du Bataclan en novembre 2015, comme une attaque au couteau qui blesse un policier. La stratégie de Daech est une stratégie d’usure –celle du maintien d’un rythme régulier d’attentats à travers le globe, et particulièrement en Occident, afin que la menace du terrorisme apparaisse universelle. Selon un rapport de l’Institute for the Study of War, Daech aurait été impliqué dans 54 tentatives d’attentat terroriste en Europe pour cette année seulement.

L'hypothèse généralement admise est qu’une augmentation des actes de terrorisme ne peut que renforcer le sentiment de terreur dans les populations. Pourtant certaines recherches suggèrent le contraire. Car dans les faits, les individus trouvent le moyen d'intégrer et de normaliser la violence dans leur vie quotidienne et font des choix pour parer aux menaces, dans tous les domaines. Cela s’applique aussi bien aux bagarres dans les bars, aux quartiers touchés par la violence des gangs ou au terrorisme. On évite certains lieux, on s’éloigne de certains quartiers après la tombée de la nuit, et ce mode de fonctionnement devient une sorte de point d’ancrage à la résilience, pour des gens qui, au quotidien, pensent régulièrement aux choses et aux personnes qu’elles doivent éviter.


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