Le télétravail peut vite tourner au cauchemar

Economie

Certain·es supérieur·es hiérarchiques vont très loin dans leur défiance à l'égard des télétravailleur et des télétravailleuses, usant de méthodes tout à fait absurdes. | Andrew Neel via Unsplash

Ça peut très bien se passer, à condition que votre responsable sache manager.

Le télétravail prend de l'ampleur, ce qui est –globalement– une bonne chose. Les salarié·es ne perdent plus de temps dans les transports, ça fait moins de voitures sur les routes, les entreprises sont à même de mieux attirer et fidéliser des collaborateurs et des collaboratrices pour qui la possibilité de travailler à distance compte beaucoup... Et ça fait plus de gens qui peuvent bosser en jogging, leur chat à côté de leur clavier (ou dessus).

Surveillance rapprochée

Mais quand on fait partie d'une équipe où le télétravail est autorisé, un bon management est indispensable et, pourtant, trop souvent absent. Sans un management solide, un·e responsable pas très doué·e ou pas formé·e pour encadrer efficacement le personnel à distance peut être tenté·e de pratiquer le micromanagement ou d'imposer des limites trop strictes à ses employé·es: dans ce cas, la personne consciencieuse peut se démotiver à cause de la méfiance dont elle fait l'objet. Le contraire peut aussi se produire, à savoir que celles qui disent «je travaille de chez moi» sont en réalité totalement injoignables ou improductives alors que leur responsable n'y voit que du feu ou ne veut pas gérer ce problème.

De façon générale, un bon management est toujours important. Mais s'il fait défaut dans le cas du télétravail, ça peut vite tourner au cauchemar! J'en veux pour preuve l'anecdote de cette personne:

«Dans le secteur du commerce, j'ai déjà travaillé avec une assistante de direction. Elle prétendait ne pas avoir une minute à elle. Mais que faisait-elle au juste? Ça, personne ne l'a jamais su. Elle disait travailler de chez elle et, en effet, l'horodatage de ses e-mails le confirmait. Mais un vendredi où j'ai pu aménager mon temps, je suis allé à la supérette. Et là-bas, je suis tombé sur elle, qui travaillait comme caissière. On ne s'est pas dit un mot.»

Voici un autre témoignage qui montre que certains ont une conception très élastique et cool du «travail à domicile»:

«Tous les jours sans exception, mon ancien boss quittait le bureau vers 15 heures. Il se justifiait auprès de son propre chef, et parfois auprès de nous, en disant qu'il travaillerait chez lui. D'autres fois, il nous disait carrément en partant: “Demain soir, je veux regarder le match de foot, alors j'ai intérêt à emmener ma copine au cinéma cet après-midi.” Ou il nous confiait qu'il emmènerait sa fille faire du shopping. Un jour, nous l'avons pris en flagrant délit de mensonge: il avait raconté une histoire aux collègues du bureau et une autre aux collègues du terrain.

Et quand il m'arrivait de travailler de chez moi à cause d'une tempête de neige, il n'arrêtait pas de m'appeler et de m'envoyer des messages. Je savais que c'était pour vérifier que je travaillais vraiment... Ce boulot ne me manque pas du tout.»

Bénéfique, mais mal vu

Malgré ces abus flagrants, il y a des tas de gens qui travaillent de chez eux et dont la majorité, d'après mon expérience, ne détournent pas cet avantage. Ceux-ci sont tout aussi productifs depuis leur domicile (voire plus, car on est souvent interrompu sur le lieu de travail et il peut être plus facile de se concentrer hors du bureau). Et ils vivent mal la méfiance des managers qui estiment que travailler de chez soi veut dire se la couler douce:

«Récemment, j'ai demandé à télétravailler un jour par semaine, ce qu'on m'a finalement accordé. Mais pendant toute la démarche, j'ai eu l'impression d'être un délinquant présumé... Et j'ai encore l'impression qu'on me soupçonne d'avoir un poil dans la main ou de vouloir passer ma journée devant la télé. Parce que j'ai fait cette demande sans avoir de “bonnes raisons”, par exemple des enfants à garder. On m'a dit oui pour un jour de télétravail, mais je suis clairement en période d'essai et je dois me soumettre à toutes sortes de contrôles supplémentaires, sans compter que cette particularité de mon travail fera l'objet d'une évaluation spéciale. On dirait qu'ils ont l'impression de ne pas en avoir pour leur argent s'ils ne me voient pas en chair et en os pour être sûrs que je ne suis pas en train de prendre du bon temps.»...

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