Le surf, une touche de poésie qui résiste au capitalisme

Sociétés

Le surf permet de renouer avec une forme de spiritualité liée aux éléments naturels. | Jeremy Bishop via Unsplash

L'océan indomptable rappelle à l'homme son insignifiance vertigineuse. C'est de cette humilité face aux éléments que l'on peut tirer sa liberté.

Le succès grandissant du surf est indiscutable: compétitions toujours plus nombreuses, vagues toujours plus hautes, tourisme associé au surf en plein boom… Certains passionnés bravent même la rigueur des pays froids afin de retrouver un environnement sauvage. Fictions et documentaires sur le sujet ne cessent de se multiplier depuis les années 1960, et des entreprises telles que Quiksilver, Billabong ou Roxy ont développé leur marché autour du surf et du mode de vie associé.

La décision de l'intégrer aux JO de 2020 à Tokyo signe définitivement le succès planétaire de ce sport. Au cœur d'une nouvelle pop culture assortie d'une «idéologie moderne de la glisse», la pratique du surf représente un véritable phénomène contemporain.

L'esprit de contemplation occupe une part centrale dans l'expérience du surf. «Le surf, c'est une sorte de philosophie stoïque, c'est accepter qu'on n'a pas le pouvoir sur les choses», nous dit la romancière Sigolène Vinson. De fait, les meilleures applications météo ne permettent pas de prévoir s'il sera possible de surfer ou non. À l'origine, le surf constitue une activité spirituelle profondément ancrée dans la religion et la culture de différentes îles du Pacifique, notamment à Hawaï où elle était liée à la célébration du Dieu Lono, le dieu de la fertilité.

S'il était à l'époque réservé aux personnalités de haut rang, le surf a conservé cet état d'esprit d'osmose avec la nature: «Ces surfeurs dans l'âme, on les surnomme “soul surfeurs”. Ils explorent la facette imperceptible de la discipline, rêvant de la précieuse équation entre l'homme et l'élément, celle qui poussait Duke Kahanamoku, pionnier du surf hawaïen, à s'élancer sur des murs d'eau colossaux muni d'une antique planche d'acacia. Pour eux, la glisse n'est ni un vecteur d'esbroufe ni un enchaînement de manœuvres spectaculaires, mais un art de vivre, une philosophie. Ils y voient même parfois une croyance apparentée à l'animisme, dans laquelle les éléments naturels –en particulier l'océan– sont dotés d'une force vitale.»

Reconquérir sa liberté

Un soul surfeur ou free surfeur oriente toute sa vie autour de cette pratique, dans une société où la liberté est de plus en plus compromise, le rapport à la nature souvent inexistant, l'aliénation par les technologies toujours plus forte. Cette sensation d'être pleinement présent à ce que l'on fait est devenue rare –sauf peut-être dans les sports extrêmes qui permettent d'atteindre ce type d'intensité. Le surf pratiqué par les soul surfeurs, c'est cet idéal des pionniers en quête de liberté largement repris par la contre-culture américaine des années 1960 avant qu'elle soit absorbée par le capitalisme.

Le surf représente une manière d'être libre dans un monde où l'intelligence artificielle et ses algorithmes laissent de moins à moins de place au libre arbitre et au hasard. C'est l'apothéose du besoin de se soustraire au système, de se recentrer sur soi. L'engouement pour le yoga ou la méditation, devenues des industries victimes de leur succès s'inscrit d'ailleurs dans la même quête de spiritualité et de liberté.

 

Le surf apporte une touche de poésie au temps du capitalisme technologique. La vague à surfer représente la déroute de l'intelligence artificielle. Pour faire dire à une IA comment prendre la vague, il faudrait lui avoir montré toutes les vagues du monde et selon toutes les conditions météo possibles. Et quand bien même une IA aurait intégré toutes ces données, elle serait en défaut de prédire comment aborder le déferlement suivant. C'est ce qui rend ce moment d'attente si précieux et unique: il est proprement imprédictible...

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