Le rock ne peut plus se cacher pour mourir

Musique

Charlie Watts, le batteur des Rolling Stones, lors d'un concert au Shanghai Grand Stage, le 8 avril 2006. | Liu Jin / AFP 

Charlie Watts était le seul Rolling Stone à comprendre que le rock'n'roll n'est qu'une chose éphémère, un passage dans l'histoire de la musique, condamné à disparaître. Sa mort nous rappelle que le genre musical est un miraculé de l'épreuve du temps.

Keith Richards n'est pas le genre de type à qui on la fait à l'envers. Ainsi, quand en 2020 il intime aux Rolling Stones de rester en vie jusqu'en 2022 pour fêter sur scène les 60 ans de sa petite entreprise musicale, il ne s'imagine sûrement pas être trahi par Charlie Watts. Au fond, rien de très anormal: à 80 ans et après une vie remplie de quelques petits écarts artificiels au sacro-saint «cinq fruits et légumes par jour», le batteur pouvait bien s'en aller paisiblement dans un hôpital de Londres.

Charlie Watts a passé cinquante-neuf ans de sa vie derrière sa batterie à regarder Mick Jagger tortiller du popotin, et au fond, on n'a jamais très bien su ce qu'il en pensait vraiment. Le regarder jouer était une composante majeure de tout show stonien, une raison à elle seule de claquer une somme astronomique pour voir ces vieux déglingos nous asséner encore et encore «Brown Sugar» et «Satisfaction».

Professionnel accompli et irréprochable, machine à tenir le tempo, jamais un «tchac-poum-poum» qui tombe à côté, Watts semblait parfois absent, comme s'il se demandait ce qu'il avait bien pu foirer pour en arriver là, lui, le fan absolu de Charlie Parker. Les longues ovations méritées que le public lui offrait le gênaient et l'ensemble du groupe s'en amusait.

Depuis presque soixante ans ans, Charlie Watts jouait inlassablement les mêmes chansons devant un public qui vieillissait avec lui et qui en redemandait parce que c'était aussi sa vie, des vies rythmées par des années passées au contact des Rolling Stones, qui ont toujours été là. La plupart d'entre nous n'ont jamais vécu dans un monde sans Rolling Stones comme la plupart des fans de Johnny n'avaient jamais vécu dans un monde sans Hallyday avant que le Taulier ne casse sa pipe. Il faudra leur demander un retour d'expérience.

Au fond, Charlie Watts était peut-être le seul Rolling Stone à comprendre que le rock'n'roll n'est qu'une chose éphémère, un passage dans l'histoire de la musique, irrémédiablement condamné à disparaître, ou pire, à devenir totalement ringard. La mort de Charlie Watts vient nous rappeler que le rock est un sacré miraculé de l'épreuve du temps.

Le débat n'est pas nouveau. Promis mille fois à la faucheuse, il a pourtant survécu aux années 1960, au disco, à la mort d'Elvis, au punk, à la mort de Lennon, aux années 1980, à la chute du communisme à laquelle il a contribué, mais aussi à la Macarena, à François Hollande, et à l'électro. Sacrée performance.

Finalement, le rock n'est tombé que sur deux os: le hip-hop, et surtout la vieillesse.

Définitivement rattrapé par son âge

Si le credo «vivre vite et mourir jeune» a été respecté à la lettre par certaines gloires du rock, les autres, les survivants, sont devenus avec le temps qui passe les premiers soutiens de la réforme des retraites. Ils auraient même tendance à être pour la suppression intégrale de ces mêmes retraites. Pour s'en convaincre, il suffit de lire la liste des hommages recensés par Associated Press à la mort de Charlie Watts...

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