Le retour en force des capsules de protoxyde d'azote, la drogue «festive» prisée des ados

Santé

La «drogue du pauvre» s'achète sur Snatchap entre 30 centimes et un euro l'unité et ses capsules après usage finissent par joncher les pavés. | Leïla Khouiel - Capture d'écran Snapchat  

Avec le déconfinement et le retour des beaux jours, ce mode de défonce peu cher et très en vogue chez des ados de plus en plus jeunes, est de plus en plus consommé un peu partout en France.

Vendredi soir. Dans un appartement de Pantin, en région parisienne, une dizaine de jeunes fêtent l'anniversaire de l'un d'entre eux. L'âge des convives ne dépasse pas 20 ans. En cercle, un ballon de baudruche coloré à la main, les membres du groupe imitent le même geste: ils prennent chacun leur ballon et en aspirent le contenu. Les paris sont lancés: c'est à celle ou celui qui inhalera la plus grande bouffée. Des fous rires irrépressifs éclatent immédiatement. Ce sont les premiers effets du gaz. Une jeune fille perd même le contrôle de son corps et tombe de sa chaise. Hilarité générale.

Avec le déconfinement, synonyme d'un retour à la vie sociale, ces soirées de shoot collectif au protoxyde d'azote –surnommé «gaz hilarant»– sont à nouveau en vogue chez les jeunes. «Tu en respires et c'est instantané. Ça monte au cerveau, tu as l'impression de planer et tu te mets à rire sans pouvoir te contrôler, raconte encore amusé Ayoub*, 20 ans, originaire de Tremblay-en-France, en région parisienne. C'est euphorisant. Tous tes sens sont en ébullition: vision troublée, sons déformés... Je suis comme propulsé dans un autre monde, une autre dimension!»

Naomie*, 23 ans, a vécu «une expérience» similaire lorsqu'elle étudiait la sociologie à l'université Rennes II. «C'était pendant une soirée BDE, un groupe de potes m'ont proposé de tester. Ça m'a transcendée, je me suis allongée par terre, dans la rue, et j'étais morte de rire. Pour moi, les effets sont équivalents à ceux du poppers. C'est une explosion qui arrive d'un coup et ça redescend au bout d'une minute ou deux. Ça donne envie d'en reprendre aussitôt.»

«C'est chacun sa drogue»

Vendu sous forme de petites capsules métalliques, le «proto» sert à l'origine en cuisine dans les siphons à chantilly. Couplé à de l'oxygène, il est également utilisé dans les hôpitaux comme anesthésique ou antidouleur. Depuis plusieurs années, son usage est détourné à des fins récréatives et les cartouches sont devenues un objet de consommation courant en soirée. Les adeptes de cette drogue percent la capsule à l'aide d'un cracker (ou siphon) et déversent le gaz dans un ballon de baudruche avant de l'inhaler pur et concentré. La popularité de ce produit est loin d'être récente. «Dès 1999, on observait des consommations dans les free parties. Après une période où sa présence décline, le protoxyde d'azote est redevenu à la mode à partir de 2010. On l'a retrouvé dans les fêtes techno alternatives», explique Clément Gérôme, sociologue à l'Observatoire français des drogues et toxicomanies (OFDT).

Son usage s'est progressivement démocratisé et ses adeptes sont de plus en plus jeunes. «J'ai commencé à en prendre à 17 ou 18 ans avant de devenir un consommateur régulier, confie Léo*, Lillois de 20 ans. Maintenant, quand tu vas en soirée ou que tu es posé avec tes potes, il te faut des capsules. C'est à la mode, c'est un élément important si tu veux être dans un bon mood.» Le manutentionnaire ajoute: «Certains vont préférer fumer de la weed, d'autres boire de l'alcool et il y a celles et ceux qui se font des capsules. En fait, c'est chacun sa drogue. La défonce est différente.»

De retour sur le bitume

Depuis son balcon, dans la banlieue sud de Rennes, Naomie observe chaque samedi un groupe de cinq adolescentes inhaler ces ballons hilarants. Un rituel qui a commencé avec la fin du confinement. C'est aussi avec le déconfinement que les cartouches de proto ont à nouveau jonché les rues, les caniveaux et les parcs de plusieurs villes de France: Rennes, mais aussi Paris, Lille, Colmar, Bordeaux, Nice ou encore Marseille.

«Je n'ai jamais vu autant de ces capsules argentées dans mon quartier qu'en ce moment. C'est impressionnant», décrit une habitante de Perpignan. | Leïla Khouiel

Les témoignages et messages d'alertes de riverain·es se sont multipliés ces derniers jours. La préfecture des Alpes-Maritimes a récemment publié une mise en garde sur les réseaux sociaux...

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