Le jeu américain «Survivor» a malgré lui démontré la pertinence de #MeToo

Sociétés

Depuis la naissance de l'émission qu'il produit et anime depuis vingt ans, Jeff Probst, visage de «Survivor» et équivalent américain de Denis Brogniart, aime qualifier son bébé d'«expérience sociologique».

Les participant·es à cette télé-réalité sont loquaces et savent raconter une histoire devant la caméra, mais sont aussi partie intégrante d'un storytelling plus large, puisque «Survivor» entend retranscrire le réel et représenter la population américaine telle qu'elle est.

Dans la saison qui vient de s'achever, les agissements d'un candidat aux mains baladeuses et la réaction tardive de la production ont prouvé que c'était vrai, mais pour de mauvaises raisons: si une femme fait savoir qu'elle est l'objet d'un comportement déplacé, elle risque d'être la première à en subir les conséquences.

 

Retour sur l'histoire qui a ombragé la trente-neuvième saison (elles sont tournées par paire chaque année depuis 2000) du jeu le plus célèbre de CBS, sous-titrée «Island of the Idols».

Antécédents de discrimination

«Survivor» est une version musclée de «Koh-Lanta». Une vingtaine de quidams sont isolés dans un endroit lointain, de l'outback australien à la réserve présidentielle du Gabon. Plusieurs équipes internationales du concept se sont installées aux îles Fidji, dont l'État aide les productions.

À chaque round, l'un·e des candidat·es est éliminé·e par le vote de ses camarades. Le jeu social participe à l'emphase, de nombreux mécanismes sont disponibles pour que les participant·es puissent renverser la vapeur. Il faut être particulièrement stratège pour espérer gagner et toucher le million de dollars de récompense.

Le programme est particulièrement distrayant, parfois très drôle; chaque saison a son identité et sa propre direction artistique. Quand c'est bien, et ça l'est souvent, c'est de l'excellente télévision.

Treize participant·es de «Survivor: Island of the Idols» et l'animateur Jeff Probst lors d'un conseil. | Via CBS

Mais l'émission ne manque pas de travers. Comme le souligne Mario Lanza, auteur spécialisé, «Survivor» a parfois été un produit très blanc («one of the whitest shows on TV»), souvent maladroit sur le sujet –du genre à systématiquement caster des personnes noires qui ne savent pas nager ou, une fois, à ne caster que des individus blancs tendance rednecks.

Sans surprise, cela s'est vu. Même la réponse de la production a été quelque peu ambiguë: le casting suivant était composé de cinq personnes blanches, cinq noires, cinq asiatiques et cinq latinas… formant des tribus distinctes, le temps de deux épisodes.

C'était il y a une dizaine d'années, et sans être devenu une real-TV particulièrement consciente, le «Survivor» moderne s'est montré plutôt bienveillant et raccord avec son époque. Les castings récents sont variés à de nombreux niveaux, et quand un contenu est réellement problématique, il est dû à l'un·e des candidat·es.

 

Il y a deux ans, Jeff Varner oute la transidentité de Zeke Smith en plein conseil, rituel où les aventurièr·es palabrent avant de voter. Face à la réaction outragée de ses pairs, le premier est remercié sur-le-champ, et l'émission réussit péniblement à bricoler un message positif.

Comportement inapproprié

Une suite d'événements de la saison qui vient de s'écouler a de nouveau outré la communauté de fans, répartie à travers le monde et active sur les réseaux sociaux.

L'un des membres d'une des deux tribus est Dan Spilo, «talent manager» à Hollywood –ça ne s'invente pas. Dans le premier épisode, il est présenté comme ayant du mal à s'empêcher de toucher le visage et les cheveux des femmes qu'il côtoie.

Il se fait recadrer par l'une d'entre elles, Kellee Kim, et les deux ont une première discussion apaisée. Mais un épisode de «Survivor», c'est quarante minutes montre en main: tout a du sens, et tout est une amorce pour une future intrigue...

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