Le gouvernement va-t-il rendre obligatoire la vaccination «altruiste» contre la grippe?

Santé

L'hypothèse de sanctions en cas de non-vaccination a été évoquée en 2006 par les responsables politiques. | CDC via Unsplash

Depuis 2006 en France le personnel soignant n'est plus obligé de se faire vacciner. Mais le Covid-19 a bouleversé le regard sur une épidémie qui tue environ 10.000 personnes chaque hiver.

Aucun répit pour l'exécutif. Tout en organisant le déconfinement, le gouvernement doit déjà songer à l'étape épidémique suivante, la grippe hivernale. Une grippe 2020-2021 contre laquelle on devra lutter alors que le coronavirus n'aura pas disparu. Le sujet préoccupe déjà les hautes sphères des responsables sanitaires. Comment agir au mieux? Comment éviter d'être accusé·es à l'avenir d'avoir pêché par manque d'anticipation?

Le 2 juin, Jérôme Salomon, directeur général de la santé saisit «en urgence» la Haute Autorité de Santé (HAS) avec pour objectif de «définir la stratégie nationale de vaccination contre la prochaine vague de grippe saisonnière dans le contexte de l'épidémie de Covid-19». La campagne de vaccination commencera à la mi-octobre en France métropolitaine ainsi que dans les départements-régions d'Outre-Mer des Amériques (Martinique, Guadeloupe, Guyane).

Face à cette interpellation, la HAS s'est trouvée fort embarrassée. «En l'absence d'éléments justifiant un ajustement des recommandations en vigueur, la HAS considère à ce stade que la campagne de vaccination antigrippale doit être réalisée conformément à la stratégie actuelle et souligne l'importance d'augmenter la couverture vaccinale dans les populations cibles», fait-elle savoir dans un communiqué destiné à la presse.

La Haute Autorité de Santé rappelle qu'en France la grippe saisonnière entraîne chaque année un nombre important de passages aux urgences et d'hospitalisations. Elle est en outre directement responsable d'une multitude de morts. Au cours des trois dernières saisons hivernales, on estime «entre 8.000 et 14.500 le nombre des personnes qui, chaque année, sont décédées des suites de cette infection virale, principalement des personnes à risque de complications et notamment les personnes de 65 ans et plus». Si l'on compare ces chiffres à ceux des victimes du Covid-19, près de 30.000 personnes ont été emportées par l'épidémie depuis janvier.

Un tiers des personnels soignants vaccinés

Le parallèle s'arrête là. Car il existe une distinction de taille entre la pandémie de SARS-CoV-2 et l'épidémie de grippe qui revient chaque année: les vaccins, qui ont démontré leur innocuité ainsi qu'une relative efficacité. Avec un paradoxe. Alors que l'on attend avec la plus grande impatience, en France comme ailleurs, un premier vaccin contre le Covid-19, la vaccination contre la grippe ne fait pas recette –loin s'en faut.

«Malgré les campagnes de vaccination annuelles, la couverture vaccinale dans ces populations reste très insuffisante, bien en-deçà de l'objectif de 75% fixé par l'Organisation mondiale de la santé, souligne la HAS. Pour la saison 2019-2020, seules 45% d'entre elles s'étaient fait vacciner, dont à peine plus de la moitié des plus de 65 ans (52%), et moins d'un tiers des moins de 65 ans souffrant d'une affection longue durée (31%).»

Comment y remédier? En l'état actuel des connaissances (et sous réserve que la France ne connaisse pas une nouvelle vague épidémique de Covid-19), la Haute Autorité de Santé estime que la prochaine campagne de vaccination contre la grippe saisonnière doit être réalisée «conformément à la stratégie recommandée dans le calendrier des vaccinations 2020». 

Dans ce cadre, il est une nouvelle fois indiqué de «cibler les populations à risque de complications». et les professionnels de santé» –et plus généralement «tous les professionnels en contact régulier et prolongé avec des personnes à risque de grippe sévère». Il n'est en revanche pas justifié pour l'instant d'élargir la recommandation vaccinale à d'autres populations.

Les termes de l'équation sont d'une simplicité pasteurienne. Moins d'un tiers des personnels soignants (médecins, infirmièr·es, aides-soignant·es) se font vacciner chaque année contre la grippe, alors même que ces personnes sont du fait de leur profession les plus susceptibles d'intensifier la circulation du virus au sein des populations à risque. Or une meilleure couverture vaccinale permettrait de réduire notablement la circulation des virus grippaux aux sein des plus fragiles.

C'est ici que le sujet devient politique. Le pouvoir exécutif peut, s'il le veut, contraindre les personnels soignants à se faire vacciner –à la fois au nom de la santé publique et dans leur propre intérêt. Une forme d'«altruisme» bien ordonné...

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