Le football français a encore des buts à se fixer en matière d'écologie

France

Le football suscite autant de passion qu'il émet de CO2. | Josiah Day via Unsplash

Alors que les supporters comptent les jours précédant la reprise du championnat français, le sport le plus populaire de l'Hexagone n'a pas encore pris conscience de son impact environnemental.

Munich, Budapest puis potentiellement Dublin, Saint-Pétersbourg ou même Londres. La bande à Mbappé aurait vu du pays cet été si l'Euro 2020 n'avait pas été décalé à l'année prochaine pour cause d'épidémie mondiale. Organisée dans douze villes hôtes éparpillées par petits bouts façon puzzle aux quatre coins de l'Europe, la structure de cette coupe européenne est unique en son genre. Les problématiques qu'elle va susciter aussi.

Les déplacements incessants vont venir bouleverser les habitudes des équipes chargées de l'organisation et les confronter à un véritable casse-tête: comment assurer au mieux la préparation physique des joueurs dans ces conditions? Mais les sportifs seront loin d'être les premières victimes de cette organisation alambiquée. En matière d'écologie, l'UEFA pouvait difficilement faire un choix plus mauvais. «C'est l'exemple absolu de ce qu'il ne faut pas faire», se désole Didier Lehénaff, président de SVPlanète, association de sensibilisation aux impacts environnementaux du sport.

Au sein du sport roi, les aberrations écologiques de l'Euro 2020 n'en font pas un cas isolé. Entre la climatisation des stades au Qatar, les longs trajets à travers la Russie lors de la dernière Coupe du monde et la construction de stades gigantesques, mais parfois peu fréquentés, au Brésil, quelque chose ne tourne pas rond. Et le football français n'est pas en reste.

Carton rouge

Le football suscite autant de passion qu'il émet de CO2. C'est dire. Construction de stades, déplacement des joueurs, éclairage, entretien de la pelouse: Football Ecology France, association qui travaille sur des projets écologiques pour ce sport, a sorti la calculette. Comptez 10 tonnes de déchets en moyenne pour un match de Ligue 1 et 100 millions de mètres cubes d'eau pour l'entretien des pelouses françaises chaque année. Comparé aux autres secteurs économiques, Antoine Miche, président de l'association, assure que «le foot a entre quinze et vingt ans de retard en matière de responsabilité sociétale des entreprises».

Quelques clubs étrangers ont fait des efforts comme l'Ajax Amsterdam dont les joueurs prennent occasionnellement le train. Mais les équipes du championnat français sont encore loin d'avoir généralisé cette pratique.

D'après un article du Parisien, 82% des clubs de Ligue 1 effectuent leurs déplacements via des vols privés. «Quand on voit que le PSG va à Dijon en avion, mais que le bus du club y va vide… Il faut se poser les bonnes questions!», s'agace Didier Lehénaff.

Les impacts environnementaux générés par la cohorte des joueurs et des membres de l'organisation à l'occasion de leurs voyages n'est rien en comparaison des milliers de supporters qui se déplacent chaque week-end pour soutenir leur équipe préférée. «Les transports constituent une source majeure d'impact environnemental du football, puisque ce sport peut remplir des stades de 40.000 à 60.000 places en France», poursuit cet ancien triathlète de haut niveau. D'autant que les énormes parkings autour des stades n'incitent pas vraiment à troquer la voiture pour un mode de transport plus écoresponsable.

L'argent d'abord

En France, certains milieux sportifs semblent avoir pris conscience de leur impact sur l'environnement et s'affairent à le minimiser. Roland Garros fait, à ce titre, figure de bon élève. Alimentation responsable, lutte contre le gaspillage alimentaire, énergies renouvelables… Depuis plusieurs années, l'engagement de ce monument du tennis en faveur de l'environnement s'accélère. «Agir pour l'environnement ça demande du temps car cela passe par plusieurs phases. Le football en est loin, il peine encore à prendre conscience de cet enjeu», assure Didier Lehénaff.

Pour le président de SVPlanète, le coupable est tout trouvé: l'argent. «Les instances du football français semblent focalisées uniquement sur le “développement durable” de leur sport, surtout au plan économique.» Car si un match se gagne sur les terrains verts, les résultats sportifs dépendent étroitement des budgets d'un club. Les comptes bancaires des équipes du championnat de France sont loin d'approcher ceux de ses voisins anglais et espagnols. Avec le budget XXL du PSG sous l'ère qatarie et l'arrivée de Neymar, la Ligue 1 devient cependant de plus en plus attractive pour les investisseurs. Une rentrée d'argent qui représente une contrainte supplémentaire: pourquoi vouloir moins produire, miser sur un coûteux made in France ou même éviter l'agrandissement d'un stade quand projets sportifs et économiques sont si intimement liés?..

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