Le déclin du sperme occidental: mythe ou réalité?

Sociétés

Des nationalistes blancs et des supposés militants pour la défense des droits humains tirent la sonnette d'alarme devant la menace du déclin du sperme «occidental». | Dainis Graveris via Unsplash

L'idée que la fertilité masculine serait en «chute libre» n'est qu'un mythe instrumentalisé par des extrémistes.

L'espèce humaine est confrontée à un grave danger reproductif, à en croire certains gros titres récents. Certains scientifiques avancent que le nombre de spermatozoïdes chez les hommes du monde entier est en «chute libre», et que les hommes occidentaux seront confrontés à une «stérilité totale» d'ici 2045. Les théoriciens du «grand remplacement» d'extrême droite, qui tremblent à l'idée que les personnes de couleur ne «remplacent» la population blanche, se sont penchés sur ce champ de recherches avec un grand enthousiasme.

À l'origine de tout cela se trouve un rapport publié en 2017 dans la revue Human Reproduction Update, qui avance que le nombre de spermatozoïdes chez les hommes en Amérique du Nord, en Europe occidentale, en Australie et en Nouvelle-Zélande a chuté de quelque 50% depuis les années 1970. En février de cette année, l'une des personnes à l'origine de cet article, Shanna Swan, a publié un livre intitulé Count Down – How Our Modern World Is Threatening Sperm Counts, Altering Male and Female Reproductive Development, and Imperiling the Future of the Human Race, une réflexion sur ce que ce phénomène augure pour l'avenir. Le long sous-titre de son ouvrage, Comment notre monde moderne altère la numération spermatique, modifie le développement reproductif des hommes et des femmes et met en péril l'avenir de l'espèce humaine, suggère que les choses pourraient vraiment mal tourner. Mais nous, au GenderSci Lab de Harvard, nous pensons qu'il n'y a tout simplement pas suffisamment de preuves pour justifier des prédictions catastrophistes. Simplement parce que les révélations initiales d'effondrement du taux de spermatozoïdes s'appuient sur des hypothèses douteuses.

Des hypothèses douteuses

Pour commencer, parlons de ceux qui sont réellement affectés par le soi-disant problème de déclin du nombre de spermatozoïdes. Pour leur rapport, Swan et ses collègues ont examiné des numérations spermatiques relevées dans d'autres études publiées entre 1973 et 2011. Ils ont choisi de regrouper des données historiques relativement limitées sur les concentrations de spermatozoïdes en deux grands catégories: «occidentales» et «autres». Les chercheurs ont mis les États-Unis, le Canada, l'Europe, l'Australie et la Nouvelle Zélande –des zones à majorité blanche– dans le groupe «occidental.» Ils ont collé tous les autres pays et leurs populations à majorité de couleur, noire et asiatique dans la catégorie «autres».

Sans utiliser le mot «blanc», les chercheurs signalent –comme le font les anthropologues et les psychologues en comparant les populations à travers le monde– que les hommes pour qui nous devons nous inquiéter sont les hommes blancs. Avec le réel déclin du nombre de spermatozoïdes chez les hommes «blancs», «l'avenir de l'espèce humaine» est mis en péril.

Présentées ainsi, leurs conclusions se sont diffusées dans le monde de diverses alarmantes manières. Des nationalistes blancs et des supposés militants pour la défense des droits humains tirent la sonnette d'alarme devant la menace du déclin du sperme «occidental». Dans les forums en ligne comme 4chan et Reddit, des hommes s'inquiètent à l'idée que les Blancs ne se reproduisent pas à la même vitesse que les hommes racisés, surtout les immigrés et les Noirs. Comme on le lit dans un commentaire: «Les humains se sont condamnés eux-mêmes» en laissant la «mauvaise sorte d'hommes» se reproduire.

Poudre aux yeux

Mais c'est davantage qu'une question de perception. Séparer les nations à majorité blanche dans une analyse de tendances historiques de numération spermatique complique les tentatives d'analyser les causes réelles du déclin –et de savoir à qui il s'applique. «Occidental» et «autres» sont des catégories scientifiques inefficaces parce qu'elles échouent à prendre en compte les facteurs les plus susceptibles d'influencer le nombre de spermatozoïdes. Par exemple, beaucoup émettent l'hypothèse que les polluants, et tout particulièrement les produits chimiques contenus dans des objets à usage quotidien, sont les coupables les plus vraisemblables du déclin du nombre de spermatozoïdes....

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