Le cyclo-tourisme, le bonheur de planter sa tente n'importe où

Sociétés

Tous les vélo-bivouaqueurs et bivouaqueuses n'ont pas la même philosophie lorsqu'il s'agit de chercher un lieu où se poser. | Bruno Poussard 

Pour les nombreux et nombreuses vélo-nomades, le camping sauvage est bien plus qu'une pratique nocturne quotidienne.

Les premiers rayons du soleil s'invitent sur la tente. Une mouette rieuse se fait entendre au-dessus. La fraîcheur de la nuit s'envole petit à petit. Pas besoin d'alarme, c'est l'heure de se lever. À côté d'un sanctuaire religieux oublié au bout d'une route escarpée sur les hauteurs de Masso, le réveil est doux. La vue sur la mer bleutée de la côte montagneuse de Ligurie et sur un petit village perché aux couleurs vives typiquement italiennes, ça aide à ouvrir les yeux.

Pourtant, la nuit a été animée. De fortes rafales de vent ont fait trembler la forêt de chênes et châtaigniers tout autour. Puis une famille de sangliers s'est invitée aux abords du campement, inquiétant le couple de vélo-nomades dans leurs duvets. Mais le paysage devant lequel coule le café préparé au réchaud les encourage déjà à en rigoler. Avant de reprendre la route (pentue) sur le passo del Bracco un peu avant les Cinque Terre, Laure Zahnd a le sourire: «C'est beau de se réveiller et d'entendre la nature.»

Le magnifique village de Manarola dans les Cinque Terre.

Le magnifique village de Manarola dans les Cinque Terre. | Walkerssk via Pixabay

Elle a mis du temps à s'habituer et ne plus s'inquiéter, mais après plus d'un an à dormir dehors, la kinésithérapeute de 30 ans savoure le bivouac. «J'aime entendre les oiseaux, les feuilles, le vent, les bruits que l'on n'entend pas au quotidien. Ou ce que l'on ne prend pas le temps de voir. Comme l'araignée qui attrape une mouche dans sa toile. Les brindilles que prend l'oiseau pour faire son nid... Je me sens apaisée et émerveillée de ce dont on passe à côté d'habitude.»

Fraîchement redevenue sédentaire aujourd'hui, Laure a d'un coup l'impression de moins bien dormir à l'écart des forêts. Les visites de biches et chevreuils du soir lui manquent. «Alors que les bruits de la ville sont stressants, agressifs», coupe-t-elle. Les pédaleurs toulousains Anthony et Joséphine confirment: «En revenant à un mode de vie citadin, on se rend compte à quel point la nature, le bon air, ça manque...»

Au milieu de nulle part

Pour beaucoup de voyageurs et voyageuses au long-court, le camping sauvage est plus qu'une pratique nocturne quotidienne. Une vraie volonté de vert et de temps passé dehors à l'écart d'une société où beaucoup se marchande. À propos des motivations des cyclotouristes, l'anthropologue Franck Michel, spécialiste du voyage, du nomadisme et de l'autonomie met cet aspect en avant: «Renouer avec le calme et la nature en prenant le temps qu'il faut tout en s'adaptant au temps qu'il fait. Se réapproprier sa vie, exister enfin.»

Partageant sa vie entre Strasbourg et l'Indonésie, l'auteur de Pédale douce passe du temps sur les routes, dans un esprit libertaire et nomade où le vélo s'est invité «naturellement» trois mois par an. Une pratique «flâneuse» et pas «cycliste» dont il rejette la «compétition» et le «business lié». Pour la quête, notamment, d'une nature apaisée particulièrement appréciée à la belle saison, après le confinement du printemps en appartement.

À 67 ans, Marylise Loiget trimballe tous les étés une tente sur son porte-bagage à la recherche de cette tranquillité arborée. Seule. «C'est quand même plus sympa que de voir passer les gens aller aux toilettes avec leur PQ au camping!» se marre-t-elle. «Être assise, allongée dans l'herbe, marcher dedans... Là, en contact avec la nature, je me sens bien. Encore plus particulièrement dans la tente, protégée dans mon cocon.» Sa petite maison en toile.

Si certains et certaines cyclo-voyageuses partent sans jamais avoir expérimenté plus qu'un bivouac de montagne un soir d'été en randonnée, d'autres n'ont pas oublié ces expériences de leur enfance, en colonie de vacances ou autrement. «Avec mes parents, on partait au milieu de nulle part poser la caravane, se souvient l'Avignonnaise, partie marcher en Aubrac après avoir pédalé jusqu'au Luxembourg. On a même fait ça dans les Alpilles, ce ne serait plus possible aujourd'hui.» Mais l'habitude est restée...

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