Le Covid-19, un stress-test démocratique

Politique

Le président Emmanuel Macron au cours de la conférence à distance visant à instaurer le comité d'analyse, recherche et expertise sur le Covid-19 à l'Élysée (Paris) le 24 mars 2020, le huitième jour du confinement. | Ludovic Marin / POOL / AFP 

La crise sanitaire internationale liée au coronavirus questionne l'état de nos États autant que de nos démocraties. Ses implications sont à contextualiser dans les conséquences de la crise de 2008-2009.

Ce qui est désormais ressenti comme une impréparation de l'État et une navigation à vue de nos gouvernants, pris dans la tourmente sanitaire, marque une nouvelle étape dans la crise qui a déployé ses effets depuis plus d'une décennie. Si, évidemment, s'imprègne dans le sens commun l'idée que l'ampleur de cette crise sanitaire est aussi en grande partie due aux restrictions budgétaires à l'hôpital public et à une néfaste technocratisation du secteur hospitalier, il faut mesurer les autres impacts de cet épisode inédit pour comprendre de quoi demain peut être fait.

Pour une fois, les élites du pouvoir française ne se réfèrent pas à l'Allemagne comme modèle pour résoudre la crise sanitaire liée au Covid-19. Et pour cause. Un demi-million d'Allemand·es sont testé·es chaque semaine et les masques sont généralisés tandis qu'en France... le pays est totalement à l'arrêt, largement dépourvu en matériels sanitaires dédiés (masques, respirateurs). En un sens, la politique sanitaire allemande a été pensée pour préserver sa force de travail, donc son appareil productif tandis que la nôtre a visé quasi-exclusivement des objectifs comptables, dénoncés très récemment encore dans la rue par les soignant·es. Pour paraphraser Romain Gary qui notait aussi tristement que malicieusement que la France de 1940 avait été bien préparée à la guerre de 1914, tout porte à croire que nous avons été aussi bien préparé·es ces dernières années que pour la grippe espagnole de 1920. On ne peut réclamer à cor et à cris des économies budgétaires sans subir de conséquences dans certains secteurs sensibles comme la santé.

Le confinement de dizaines de millions de personnes ressemble à l'assignation à résidence d'un peuple dans son ensemble sinon à sa mise en résidence surveillée, en tout cas à un état d'exception qui, s'inscrivant déjà dans le droit risque surtout d'imprégner le sens commun, c'est-à-dire les esprits sur un plus long terme. Espéré comme total, ce confinement ressemble dans nos rues à un état de siège et a déjà consenti des incartades à sa propre règle: le secteur aéronautique ne compte pas prendre du retard sur ses concurrents tandis que le transport aérien est quasiment à l'arrêt, nombre d'entreprises font travailler leurs salarié·es, dont évidemment la grande distribution, dont les caissières sont devenues emblématiques des salarié·es qui prennent le plus de risque. De façon chaotique, les concessions se multiplient dans certains secteurs productifs, au mépris de la protection la plus élémentaire des salarié·es.

Toute mesure coercitive visant à s'appliquer à 66 millions de personnes suscite donc des exceptions de fait, soit s'imposant d'elles-mêmes soit consenties. On a vu comment l'État avait cédé dans le domaine économique. Le journal Marianne révélait que, de facto, le gouvernement avait choisi de faire l'impasse sur le confinement de certains quartiers dits sensibles. Ces territoires perdus de la politique (de santé notamment), souvent déjà privés de médecins généralistes, de cabinets infirmiers et, évidemment, de médecins spécialistes, sont désormais de surcroît exemptés de confinement. On devine que la soupape de sécurité est enclenchée pour éviter un éventuel embrasement de tel ou tel quartier. Il est cependant aisé de comprendre que l'État n'a ni les moyens ni la volonté d'imposer un confinement général à certaines communes ou certains quartiers. D'abord parce que, humainement, six semaines passées cloitrées dans de petits appartements est, pour certaines familles, invivable, ensuite parce qu'à l'évidence le poumon financier de l'économie parallèle, s'il se bloque, risque d'entraîner bien d'autres désagréments...

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