Le Covid-19 tue dix fois plus que la grippe

Santé

Un malade arrive à l'hôpital universitaire de Keimyung à Taegu, en Corée du Sud le 12 mars 2020. | Ed Jones / AFP 

Avec le recul, les chiffres ne sont pas rassurants.

Jill Lepore, historienne à Harvard, a récemment déclaré dans le magazine The New Yorker que lorsque les démocraties sombrent dans la crise, la question qui nous vient à l'esprit est: «Où allons-nous?». Comme si nous comptions sur l'équivalent d'une prévision météorologique pour nous indiquer dans quelle mesure notre démocratie sera saine demain. Citant le philosophe italien Benedetto Croce, l'historienne écrit encore que «les problèmes politiques ne sont pas des forces extérieures hors de notre contrôle; il s'agit de forces que nous pouvons contrôler. Pour cela il nous suffit de nous décider, et d'agir».

Il en va de même pour l'épidémie de coronavirus. Quelle sera son ampleur? Combien de personnes seront infectées? Combien de citoyen·nes vont mourir? Les réponses à ces questions ne sont pas gravées dans le marbre. Elles sont en partie sous notre contrôle, à condition que nous agissions avec détermination, célérité et solidarité.

En tant qu'épidémiologiste fort de huit ans d'expérience de terrain (j'ai notamment été en première ligne des efforts d'isolement et de quarantaine durant la pandémie de grippe porcine de 2009), j'ai eu l'impression le mois dernier que les rapports sur les décès dus au Covid-19 en Chine donnaient une image très imprécise du taux de létalité de la maladie. Dans un article, j'ai notamment écrit que le taux de létalité d'une maladie émergente est toujours élevé dans les premiers stades d'une épidémie, mais qu'il est susceptible de baisser une fois que des données plus complètes sont disponibles. Après avoir attendu huit semaines, je crains maintenant que ces nouvelles données –qui permettraient d'établir que le taux de létalité de ce nouveau coronavirus est faible– n'arrivent jamais.

Ne pas confondre taux de létalité des cas et celui de l'infection

Au 31 janvier 2020, la Chine avait rapporté un total de 11.821 cas de Covid-19 et 259 décès, soit un taux de létalité de 2%. Deux semaines plus tard, le nombre de cas était passé à plus de 50.000, et les décès, à 1.524, ce qui correspond à un taux de mortalité de 3% (cette augmentation était attendue car les décès sont toujours pris en compte plus tard que les cas). Or un taux de létalité de 2 ou 3% est extrêmement dangereux lorsqu'il concerne une maladie facilement transmissible.

Toutefois, il faut souligner que ces taux de létalité de 2 et 3% avaient été calculés sur la base de nombres de cas «officiels» (respectivement 11.821 et 50.000). Or ceux-ci ne tiennent compte que des personnes qui

  • présentent des symptômes;

  • décident que leurs symptômes sont suffisamment graves pour justifier une visite à l'hôpital;

  • choisissent un hôpital ou une clinique capable de tester et de signaler les cas de coronavirus.

On peut donc légitimement supposer que des centaines de milliers de cas, peut-être même jusqu'à un million, n'ont tout simplement pas été décomptés.

Avant de poursuivre, penchons-nous sur quelques définitions formulées par Steven Riley, spécialiste des maladies infectieuses à l'Imperial College. Le taux de létalité d'une infection représente la probabilité de mourir pour une personne infectée, qu'elle aille ou non à l'hôpital. Le taux de létalité des cas (sous-entendu cliniques) concerne quant à lui la probabilité de mourir pour une personne infectée qui est suffisamment malade pour se présenter dans un hôpital ou une clinique. Ce taux est donc plus élevé que le taux de létalité de l'infection, car les personnes qui se présentent à l'hôpital sont généralement plus gravement malades.

Imaginons que les statistiques de la Chine de la mi-février, soit 1.524 décès, aient porté sur un million d'infections par le Covid-19 plutôt que sur 50.000 (en comptant par exemple toutes les infections symptomatiques et asymptomatiques). Dans ce cas, le taux de létalité de l'infection aurait été de 0,15%, soit environ trois fois plus que le virus de la grippe saisonnière; un tel virus constitue un sujet de préoccupation, mais pas une crise sanitaire majeure.

Le taux de létalité de l'infection est beaucoup plus difficile à estimer que le taux de létalité des cas. La raison en est qu'il est difficile de dénombrer les personnes qui sont légèrement malades ou qui ne présentent aucun symptôme. Pour espérer réussir à déterminer la proportion d'infections asymptomatiques, légères, symptomatiques et graves au sein d'une population, il faut en effet pouvoir compter et tester tous ses membres. C'est parfois possible, par exemple sur un bateau de croisière ou dans une petite communauté.

C'est ainsi qu'ont procédé les scientifiques de la London School of Hygiene and Tropical Medicine, de l'Imperial College et de l'Institute for Disease Modeling, à Londres, pour estimer le taux de létalité de l'infection par le SARS-CoV-2.

Actuellement, les chiffres indiquent qu'il se situerait entre 0,5% et 0,94%. Autrement dit, le Covid-19 est environ dix à vingt fois plus mortel que la grippe saisonnière. Ces conclusions sont en cohérence avec les données provenant de la génomique et des tests à grande échelle. La seule bonne nouvelle pour le moment est qu'en Corée, l'épidémie pourrait en fin de compte présenter un taux de létalité des cas inférieur à celui de l'épidémie en Chine....

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