«Le Coup d'état d'urgence», ou comment la France a fait du citoyen un «sujet virus»

France

Des policiers dans une rue déserte de Metz, le 5 janvier 2021, en plein couvre-feu. | Jean-Christophe Verhaegen / AFP  

Nous publions les bonnes feuilles du nouvel ouvrage de l'avocat pénaliste Arié Alimi, qui revient sur le premier état d'urgence sanitaire de l'histoire de France.

Du sujet radicalisé au «sujet virus»

«Radicalisation», «risque de contamination»: on pourrait penser que les deux termes ont peu en commun, le premier relevant d'une évaluation psychologisante et politique incertaine et le second de préconisations scientifiques. Pourtant, la gestion médico-administrative de l'épidémie et de l'état d'urgence sanitaire permet au contraire de comprendre que les mesures prises par le gouvernement ont davantage été déterminées par les stocks de masques disponibles que par les avis du comité scientifique et de l'OMS.

J'ai assisté une quinzaine de personnes qui ont été victimes des mesures de l'état d'urgence en 2015. Leurs domiciles ont été perquisitionnés administrativement et nombre d'entre elles ont fait l'objet d'une assignation à résidence. Si l'expression «victime de l'état d'urgence» peut interroger dès lors que ces mesures avaient été mises en place pour faire face à une menace terroriste, aucune des personnes dont j'ai assuré la défense n'avait jamais été poursuivie pour des infractions à caractère terroriste.

Les motifs qui figuraient dans les arrêtés de perquisition ou d'assignation à résidence n'ont jamais été confirmés autrement que par des notes blanches. Et la majorité d'entre elles ont vu ces mesures abrogées par le ministère de l'Intérieur quelques semaines ou mois après qu'elles avaient été prises, parfois avant même que le tribunal administratif ou le Conseil d'État, juridictions de recours contre ces mesures, n'aient eu le temps de se prononcer sur leur validité ou leur bien-fondé. Les indemnisations qu'elles ont perçues ont été tout aussi symboliques, voire inexistantes.

Pourtant, ce que toutes ces personnes m'ont raconté relève d'une violence qu'elles n'auraient jamais eu à subir si elles n'avaient pas été musulmanes pratiquantes. Je me souviendrai toujours de ce chauffeur VTC assigné à résidence, frappé par plusieurs AVC quelques jours après une perquisition plus que musclée dans sa maison familiale, au cours de laquelle la porte d'entrée avait été enfoncée en pleine nuit sur ordre du préfet; de ce grand-père menotté devant ses petits-enfants, là encore au beau milieu de la nuit; de cette famille contrainte de déménager après une perquisition pour éviter le regard du voisinage; de ceux qui furent dénoncés par leurs employeurs ou leurs voisins en raison de conflits personnels, licenciés ou contraints de démissionner de leurs emplois.

La perquisition administrative était généralement physiquement violente car effectuée en pleine nuit et la plupart du temps accompagnée d'un enfoncement de porte, d'un plaquage au sol, face contre terre, et d'un menottage. Lorsqu'une personne dépositaire de l'autorité publique use de la force et exerce une contrainte et une violence, la victime est désignée naturellement –par le conditionnement social, médiatique et civique– comme une personne qui a mérité son sort –comme si elle était, d'une certaine manière, un peu responsable de la violence qui s'est exercée sur elle.

Par conséquent, il est difficile d'éprouver pour cet individu une forme d'empathie, de ressentir la souffrance, la douleur, les blessures et le trauma souvent pérennes qu'elle a éprouvés. Il me semble qu'on peut parler d'une anesthésie de l'empathie pour les victimes des dépositaires de la force publique....

Lire la suite de cet Article sur Slate.fr - «Le Coup d'état d'urgence», ou comment la France a fait du citoyen un «sujet virus»

Articles en Relation

Les grosses teufs sans fin du confinement Un after sans fin en pleine période de confinement. | Droits réservés pour Slate Des adeptes de soirées qui se prolongent plusieurs jours n'ont ...
Sans le Covid-19, il n'y aurait pas eu tous ces records sur le Tour de France Tadej Pogacar, Mikel Landa, Egan Bernal et Primoz Roglic lors de la neuvième étape du Tour de France entre Pau et Laruns, le 6 septembre 2020. | ...
Les enfants maltraités, victimes silencieuses du confinement Le dimanche 29 mars, un enfant de 6 ans est mort après avoir été frappé par son père. | Kelly Sikkema via Unsplash  Alors que les signaleme...
Ouvrir les stations de ski, une équation impossible Devrons-nous faire du ski ou du snowboard sans remontées mécaniques? | Pamela Saunders via Unsplash La réouverture des stations, «préférable» co...
La fermeture des librairies est-elle un problème de bourges? Photo prise le 2 novembre 2020 à la librairie des Abbesses (Paris XVIIIe), au lancement de l'opération «Rallumez les feux de nos librairies». | Stépha...
La crise du Covid-19 pénalise le foot français Jean-Michel Aulas, président de l'Olympique lyonnais, en conférence de presse au Parc Olympique lyonnais, près de Lyon, le 13 février 2020. | Jeff Pac...

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA