Le corps des femmes, cet idéal mathématique pour les hommes

Santé

S'il renvoie aux hommes un mystère «naturel», le corps des femmes est pourtant toujours assujetti à de drôles de croyances chiffrées.

Rien n’émeut plus les humains que de penser qu’ils peuvent décrypter les secrets les plus intimes de la nature. Si les scientifiques se donnent effectivement pour objectif de rendre compte des phénomènes naturels, ils gardent non moins à l’esprit qu’ils n’en proposent que des modèles, des approximations. D’autres franchissent le pas qui confine à l’hérésie en prétendant que la nature n’est pas seulement appréhendable par des équations, mais qu’elle recèlerait en son sein les grandes vérités scientifiques ou philosophiques.

Ceux-là seraient capables de chercher la spirale de Fibonacci dans la forme des crottes de pigeons, les tables de logarithme dans la croissance des poils pubiens, et la suite des nombres premiers dans les modulations des vagissements du nouveau-né. Comme si l’Univers avait gentiment semé des théorèmes et des chiffres ronds un peu partout comme autant de clins d’œil affectueux aux microbes que nous sommes. S’agissant du corps des femmes et du mystère de la naissance, la tentation est encore plus grande et nombreux sont ceux qui, hier comme aujourd’hui, ont succombé au romantisme d’une métrique superstitieuse. De la durée du cycle menstruel, à celle de la grossesse en passant par la dilatation du col de l’utérus, voici un petit tour d’horizon des préjugés populaires (et médicaux!) qui ont tenté de faire du corps des femmes, un idéal mathématique.

La jalousie

Il n’est pas facile de comprendre pourquoi, aussi loin qu’on puisse remonter dans l’histoire et aussi diverses que soient les sociétés, les hommes ont, semble-t-il, toujours cherché à imposer leur domination sur les femmes. Françoise Héritier, célèbre anthropologue et féministe s’est longtemps intéressée à cette question et a formulé l’hypothèse que la domination des femmes reposait d’abord sur la jalousie des hommes à ne pouvoir eux-mêmes procréer. Dans le deuxième tome de son livre Masculin/Féminin paru en 2002, elle explique:

«Pour se reproduire à l’identique, l’homme est obligé de passer par un corps de femme. Il ne peut le faire par lui-même. C’est cette incapacité qui assoit le destin de l’humanité féminine. […] Cette injustice et ce mystère sont à l’origine de tout le reste, qui est advenu de façon semblable dans les groupes humains depuis l’origine de l’humanité et que nous appelons la “domination masculine”.»

De cette crainte teintée d’envie seraient issues de nombreuses croyances et pratiques dans lesquelles la femme apparaît tout à la fois comme celle qui a le pouvoir d’enfanter, de saigner sans être blessée (et d’y survivre) mais aussi comme un être d’essence maléfique. À ce titre, le sang qui coule de l’utérus, aussi bien pendant les règles qu’après un accouchement, a souvent été considéré comme impur (voir malfaisant) et a donné lieu à des pratiques de bannissement.

La psychologue Lise Bartoli, qui s’est particulièrement intéressée aux rites périnataux à travers le monde, en témoigne. Dans son livre Venir au monde, elle montre la quasi-universalité des pratiques de réclusion post-natale s’étendant de quelques jours à plusieurs mois. On pourrait y voir la reconnaissance de la nécessité d’un repos bien mérité, après l’événement éprouvant qu’est l’accouchement, si toutefois cette réclusion ne s’accompagnait pas d’une forte stigmatisation religieuse:

«Au Guatemala, […] la nouvelle mère ne pourra pas entrer dans une église pendant les quarante jours qui suivent l’accouchement. En Asie du Sud-Est, elle ne devra pas entrer dans un temple ni aucun lieu de culte, par respect pour les dieux.» 

D’autres sociétés justifient la réclusion des accouchées par la crainte de puissances maléfiques d’apparence féminine assoiffées de sang maternel: en Malaisie, on craint Langsuir; au Cambodge, la sorcière Ap. Enfin, la stigmatisation peut aussi être sociale et s’incarner jusque dans l’intimité familiale:

«La mère diola, au Sénégal, ne peut pas prendre ses douches au foyer. La mère tamoule sera baignée séparément de son enfant pendant une période allant de sept à quinze jours. […] Pour la femme taïwanaise, […] on lui demandera aussi de ne pas sortir de la maison entre le coucher et le lever du soleil, sinon elle salirait la terre et le ciel.»  

La liste est infinie! S’il est difficile de distinguer la pratique effective actuelle du folklore, il faut toutefois se souvenir que la stigmatisation qui entoure les menstruations est régulièrement pointée par les ONG comme un facteur limitant la scolarisation des filles ou encore, que des adolescentes meurent régulièrement en raison des rites de réclusion menstruelle....

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