Le coronavirus crée-t-il une forme inédite d'anxiété?

Santé

Mettez à distance les flux de messages, les réseaux sociaux et les chaines d'infos: point trop n'en faut. | engin akyurt via Unsplash      

Si l'angoisse est utile à certaines personnes pour anticiper le danger à venir, elle laisse d'autres dans un état de sidération.

Si vous pensez que cet article est susceptible d'accroître votre anxiété, ne le lisez pas.

Notre monde traverse actuellement une expérience commune sans précédent, bien plus large qu'une fête religieuse, une Coupe du monde de foot ou même un concert de Beyoncé. Alors que nous écrivons ces lignes, plus de 3 milliards d'êtres humains sont confinés, dans l'espoir de freiner les dégâts causés par la pandémie de coronavirus. Pour la première fois, nous avons l'expérience étrange de voir nos quotidiens s'uniformiser. Que nous soyons journaliste à Paris, banquière à Toulouse, étudiant à Stockholm ou serveur à New York, nos journées sont désormais rythmées par les chaînes d'info, les applaudissements au balcon... Et, dans bien des cas, l'anxiété.

Stress généralisé

Posez la question autour de vous, et vous réaliserez que nous sommes nombreux·ses à en ressentir les symptômes: sensation de souffle court, insomnies, cauchemars, crises de larmes, ou encore obsession malsaine pour les fils d'actualité. Par son ampleur, la crise du coronavirus engendre une anxiété massive et internationale, difficile à comparer avec d'autres événements passés. Il s'agit d'«une anxiété toute particulière, parce que c'est la première fois dans l'histoire de l'humanité qu'un événement pareil arrive, donc on n'a pas de référentiel», selon Hélène Romano, psychothérapeuthe et traumatologue. «L'être humain déteste l'inconnu. Quand il y a des guerres, on peut toujours se référer à la guerre d'avant. Mais même pendant la grippe espagnole, nous étions dans un autre contexte, nous n'avions pas les mêmes appareils, ni les mêmes modes de transport.»

Même les attentats, qui ont durement touché la France ces dernières années, n'ont pas créé une anxiété similaire: «Le président dit qu'on est en guerre, certes, mais l'ennemi est totalement invisible. Lorsqu'il y a eu des terroristes on nous a dit pareil, mais il y avait des visages, il y avait une idéologie, il y avait quelque chose derrière. Là c'est un virus invisible, ce qui est du coup beaucoup plus difficile à se représenter.» Lya Auslander, docteure en psychologie sociale, confirme aussi ce sentiment de «stress inédit», même si elle précise que sur le plan neurocérébral, «toute angoisse déclenche les mêmes processus, évidemment en fonction de son intensité et sa durée. Le stimulus est nouveau, et on réagit à ce stimulus-là, mais on réagit avec les mêmes ressources, et peut-être un manque de ressources, de chacun et de chacune».

Pour gérer l'ampleur si particulière de ce stress, plusieurs plateformes téléphoniques ont ouvert en France, afin d'écouter et rassurer les citoyen·nes stressé·es. Olivier Joyard et Florence Willaert, journalistes, ont de leur côté créé le compte Instagram «Corona-Anxieux United», prolongation de leurs échanges privés sur leur angoisse liée au coronavirus. «Ce que je trouve le plus puissant en ce moment avec l'anxiété, c'est qu'elle est partagée par tout le monde, à tous les étages», observe Olivier.

Conçu comme un espace safe, ce nouveau compte Instagram comptabilise plus d'un millier d'abonné·es, et permet aux gens d'échanger sur leur stress sans jugement, poser des questions ou encore partager des astuces pour mieux vivre le confinement. «On a pensé ça comme une sorte d'outil, qui n'est pas un outil médical puisqu'on n'est pas médecins, mais pour gérer collectivement quelque chose qui est assez difficile à exprimer. [...] Ça nous fait du bien de lire les commentaires d'autres gens, de se sentir moins seuls, c'est un peu con mais bon. Pour nous, c'est une forme de thérapie parmi d'autres en ce moment.» 

Chaque post du compte aborde une thématique différente: les courses, les relations de couple à l'ère de la distanciation sociale ou encore les symptômes d'une crise de panique qui peuvent parfois mimer ceux du Covid-19. Dans les commentaires, les internautes échangent des mots d'encouragement, ou se disent soulagés de voir qu'elles et ils ne sont pas seul·es à ressentir la même chose. Quant à Olivier, il affirme recevoir beaucoup de messages de remerciement en privé.

L'ambivalence des réseaux sociaux

Dans la situation actuelle, les écrans jouent un rôle ambivalent. Ils permettent de recréer un lien humain, crucial lorsque l'on est isolé·e, que ce soit pour se rassurer sur Instagram, prendre des nouvelles de nos proches grâce à WhatsApp, rire avec des inconnu·es sur TikTok... ou se recueillir dans des circonstances éprouvantes. Hélène Romano raconte par exemple les obsèques d'une amie auxquelles personne n'a pu se rendre à cause du confinement: «Le jour où elle a été incinérée, on était tous sur Skype, et on a bu un verre à sa santé. On était tous en lien, chacun chez soi, à penser à elle à ce moment-là.»

Mal utilisés, ces écrans peuvent néanmoins se transformer en «une chambre d'amplification des angoisses des uns et des autres», selon la traumatologue. Alors que tout le monde est restreint dans ses mouvements et ses interactions sociales, les réseaux, encore plus que d'ordinaire, font office de déversoir, et permettent au stress de se répandre aussi vite que le virus lui-même.

Lya Auslander parle ainsi de «phénomène de contagion», qui peut s'avérer dangereux pour des personnes déjà fragilisées. «Lorsqu'on est à haut niveau d'anxiété, l'analyse critique est beaucoup moins fine, c'est-à-dire que le système qui est suractivé, c'est le système émotionnel rapide, et pas le système réfléchi, plus lent. Des informations spectaculaires vont beaucoup plus nous marquer, si leur source nous semble crédible.» Comme nos capacités de vigilance sont diminuées par le stress, nous devenons des proies plus faciles pour les personnes qui répandent des informations anxiogènes (et parfois fausses) sur internet.

C'est pourquoi tou·tes les professionnel·les s'accordent sur un point: pour diminuer le stress, il ne faut surtout pas hésiter à s'éloigner des sources anxiogènes, qu'il s'agisse d'une chaîne d'info, de Twitter ou même d'une conversation WhatsApp remplie de messages paniqués. Un communiqué de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande de «minimiser l'accès aux informations liées au Covid-19 qui vous contrarient ou vous angoissent», ainsi que de ne s'informer qu'une ou deux fois par jour. C'est également le conseil que prodiguent les Corona-Anxieux United: «Avec le compte, on essaye de ne pas ajouter à la confusion ambiante», précise Olivier. Une discipline d'autant plus importante à respecter que nous ne vivons pas tou·tes cette crise avec la même temporalité.

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