Le bien-être au masculin: arnaques, régimes et botanique

Santé

Le bien-être au masculin repose sur une glorification des virilistes. | Óleos via Unsplash

Si les hommes commencent à comprendre que leur santé est importante, le bien-être au masculin, lui, est en proie à des forces plus sombres.

L'année dernière, le journaliste Devin Gordon s'est lancé un défi: pendant près d'un mois et demi, il a essayé de vivre comme Joe Rogan, l'auteur de podcast le plus populaire au monde. Gordon a mis de la poudre de champignons dans son café, ingurgité beaucoup trop de compléments alimentaires et s'est lavé les dents avec un dentifrice qui «sentait le sable mouillé et qui ressemblait à des selles liquides». Il a comparé l'expérience à un «Goop pour homme», à une plongée dans l'univers de Joe Rogan et sa vision ultramasculine du wellness au masculin.

Wellness? Au sens propre, il s'agit du «bien-être», de la «poursuite active de la santé». Mais dans ce contexte précis, le terme fait référence à un tourbillon économique et culturel ayant pour centre le perfectionnement perpétuel du soi. Ce passe-temps est souvent considéré comme une activité féminine. En partie parce que Gwyneth Paltrow en est la principale ambassadrice, certes, mais aussi parce qu'on fait porter aux femmes la plupart des comportements sanitaires (lavage des mains, hygiène du foyer), et ce depuis bien longtemps. Les hommes ont au contraire tendance à négliger leur propre santé. Aux États-Unis, le mythe fondateur de l'homme brut, «le vrai», a contribué à la baisse du taux de consultations médicales, à la hausse du taux de suicide, ainsi qu'à des pratiques à risque motivées par la recherche de sensations –phénomènes contribuant tous à la baisse de l'espérance de vie.

En dépit de ces marqueurs sociaux, les hommes font partie de la «culture du bien-être» depuis bien longtemps. Ils ont juste pris soin de ne pas employer ce terme. Ils en ont trouvé d'autres, aux accents très «tech bro»: les désordres alimentaires deviennent du biohacking, les compléments à base de ginkgo biloba deviennent des nootropes, et le régime anti-anxiété de Gisele Bündchen se fait remixer par Tom Brady pour devenir un plan de nutrition offrant «une performance de pointe tout au long de la vie». La parapharmarcie Hims, fondée en 2017, qui se présente comme un «magasin centralisé regroupant tous les articles de bien-être et d'hygiène personnelle pour homme», pèse aujourd'hui plusieurs milliards de dollars. Quant à GQ, le magazine masculin, il a récemment remplacé la section «fitness» de son site internet par une pleine page verticale... intitulée «wellness».

La promesse de devenir surhumain

En théorie, cette évolution pourrait être positive, marquer un bouleversement dans la manière dont les hommes considèrent leur corps et leur esprit –ce qui serait particulièrement important en temps de pandémie. Étant donné l'état de la santé masculine, un peu de bien-être ne ferait pas de mal aux hommes. Ils ont bien besoin d'un petit cours de yoga à distance comme tout le monde! Mais en pratique, les tendances du moment mènent les hommes dans la mauvaise direction. S'ils commencent à comprendre que leur propre bien-être est important, le bien-être au masculin, lui, est en proie à des forces plus sombres.

Le monde du bien-être masculin se distingue à plus d'un titre de l'univers féminin des soins personnels. Goop est certes critiquée, et à raison, pour sa désinformation et sa promotion de traitements potentiellement dangereux, comme le bain de vapeur vaginal ou le soin à base de piqûres d'abeilles. Mais cette marque lifestyle se consacre avant tout au cachemire et aux sérums à base d'acide hyaluronique –autrement dit, à des choses peu susceptibles de bouleverser votre vie, mais censées vous faire un peu de bien. L'univers du bien-être masculin est porteur d'un tout autre message. Il vous répète à longueur de temps qu'il est possible de défier sa réalité biologique: il suffit d'un peu courage et d'ingéniosité –et de beaucoup d'argent.

Une grande partie de ces hommes veulent ciseler leur corps en permanence et appliquer «l'éthique du hacker» à leur propre organisme. Ils intègrent la promesse implicite de la culture du bien-être («si vous achetez ces produits ou adoptez ces pratiques, vous deviendrez surhumains») et poussent cette logique dans ses retranchements les plus toxiques, en altérant leur apparence externe et leur biologie interne de manière souvent permanente pour se conformer à l'idée qu'ils se font du bien-être masculin.

Hims, leader incontesté de la marchandisation du bien-être masculin, est une véritable pharmacie en ligne. On peut s'y procurer des médicaments contre la dysfonction érectile en livraison après une simple téléconsultation avec l'un des médecins de l'entreprise. On peut également y acheter du finastéride, un traitement contre la calvitie assorti de lourds effets secondaires (certains pensent qu'il trouble l'esprit du président Donald Trump). Le magasin propose également du propranolol, un bêta-bloquant présenté comme un traitement anti-anxiété non autorisé. S'il est peut-être capable de dissiper le trac, il n'est pas conçu pour traiter les troubles plus profonds. En un sens, ces produits sont à l'image de l'entreprise: Hers (l'aile féminine de Hims Inc., lancée en 2018) propose de la flibansérine, traitement controversé et presque entièrement inefficace présenté comme le «Viagra féminin» par ses défenseurs. La branche commercialise par ailleurs plusieurs bêta-bloquants. L'entreprise est en train de s'étendre à la santé dans son ensemble, en proposant par exemple des téléconsultations généralistes en cas de rhumes, grippe ou allergies. Les clients masculins, négligés depuis plus longtemps dans cette catégorie, demeurent toutefois la cible principale de l'entreprise (à en juger par l'omniprésence de la mascotte de Hims, cactus à la forme résolument phallique)....

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