La «Trilogie du samedi» a créé des modèles féminins pour toute une génération

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«Pendant une soirée par semaine, je voyais des meufs considérées “banales” constamment sauver le monde.» | Affiches de Buffy contre les vampires, Charmed et Alias

Toutes les nouvelles héroïnes badass doivent quelque chose à Buffy, aux sœurs Halliwell, à Max Guevara ou à Sydney Bristow.

Si vous étiez un·e ado sériephile à la fin des années 1990 et au début des années 2000, votre emploi du temps était marqué par plusieurs rendez-vous télé.

Il y avait Friends et Dawson en rentrant des cours, Malcolm le midi (si vous ne mangiez pas à la cantine), «KD2A» le samedi matin... Mais pour beaucoup, le moment le plus important de tous avait lieu le samedi soir sur M6: c'était la «Trilogie du samedi». Pendant onze ans, de 1997 à 2008, la chaîne a programmé des dizaines de séries de genre en prime time.

Si près de cinquante productions ont été diffusées dans la «Trilogie», une poignée sont devenues emblématiques. Quand on a demandé aux fidèles du programme d'en citer les plus importantes sur Twitter, Buffy contre les vampires a été mentionnée tellement de fois que le titre a dominé les «tendances» de la plateforme en France pendant quelques heures.

Parmi les séries les plus mentionnées, on retrouve également Charmed, Le Caméléon, Dark Angel, Smallville, The Sentinel, Alias… Des univers et des propos différents, mais avec deux thèmes récurrents: du surnaturel, et des héroïnes pour lesquelles l'expression «badass» semble avoir été inventée. Ce cocktail a offert des modèles féminins inédits à toute une génération d'ados, dont il a influencé la construction identitaire.

Rendez-vous fondamental

M6 avait ouvert la voie en 1995 avec les «Samedis fantastiques», soirée autour du surnaturel avec X-Files en série phare. Pour la «Trilogie», la chaîne s'est ensuite inspirée d'une programmation américaine de NBC, intitulée Thrillogy (un jeu de mot entre «trilogie» et «thriller»), qui mettait en avant trois séries à suspens: Le Caméléon, Profiler et Dark Skies.

C'est avec cette même sélection que la chaîne française lance sa nouvelle émission, avant d'introduire d'autres séries au fil des saisons.

«Dans les années 1990, la place de M6 dans la diffusion des séries américaines était vraiment essentielle, souligne Claire Cornillon, maîtresse de conférences à l'université de Nîmes. Et la “Trilogie” est devenu un rendez-vous fondamental.» 

Pendant une soirée, les fans de fantastique et de séries de genre se retrouvaient devant leur écran pour regarder leurs programmes préférés. Une télé «rendez-vous» caractéristique de l'époque, qui a presque entièrement disparu aujourd'hui: à l'ère du streaming, tout le monde regarde ses séries dans son coin et à son rythme.

Alors forcément, beaucoup des personnes qui ont grandi avec la «Trilogie» y repensent avec nostalgie. «Honnêtement, c'est avant tout des super souvenirs d'enfance: ma sœur et moi, en haut de la maison, sur le canapé de la mezzanine et sous la couverture devant la grosse télé, raconte Mathieu, 30 ans. À 20h50, on sautait sur la banquette dès le début du générique.»

Renversement des codes

Les séries de la «Trilogie» (et des «Samedis fantastiques») étaient loin de l'esthétique sexy et ensoleillée des programmes qui avaient jusqu'alors marqués la décennie. Celles et ceux qui ne se reconnaissaient pas dans les ados riches de Beverly Hills ou l'esprit bon enfant de La Fête à la maison avaient enfin des séries à leur goût: sombres, pleines d'autodérision et de sarcasme, imprégnées de culture geek.

En plus d'offrir une alternative bienvenue aux séries hollywoodiennes un peu basiques, les titres les plus cultes de la «Trilogie» ont dynamité les codes genrés en présentant des héroïnes fortes et en renversant les attentes du public.

Dès sa première scène, Buffy s'amuse des stéréotypes classiques des films d'horreur. Un couple d'ados s'introduit dans un lycée la nuit. Elle est blonde, jolie, avec une voix fluette et un regard inquiet –la proie idéale. Il est beau, insistant et sûr de lui –le portrait classique du prédateur. Ensemble, ils ressemblent à des dizaines de couples qu'on a déjà vus à la télé. Sauf que la gentille blonde est en réalité un vampire, et le garçon plein d'assurance son dîner.

«Cette scène annonce la figure même de Buffy, analyse Claire Cornillon. C'est la blonde qui se fait généralement tuer dans les films d'horreur, mais qui ici va être l'héroïne et posséder le pouvoir.»

La série de Joss Whedon fait la part belle aux personnages habituellement à la marge des histoires hollywoodiennes: les geeks, les nerds, les mecs peu virils et les lesbiennes. Cette approche subversive va faire de Buffy une œuvre révolutionnaire qui influencera toute une flopée d'autres programmes, dont beaucoup diffusés eux aussi dans la «Trilogie».

«Elle fait partie des séries pour lesquelles il y a eu un avant et un après, avance Sarah Sepulchre, professeure à l'université catholique de Louvain. Buffy a montré une femme qui prend le pouvoir là où on ne l'attendait pas et où on ne la voulait pas. C'est une série qui a porté des questionnements identitaires, et je pense qu'elle est essentielle pour beaucoup de choses qu'on a vues par après. Aujourd'hui, on ne peut plus faire une série d'adolescents en ne montrant que la pom-pom girl normale ou le mec normal.»..

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