La résistance aux antibiotiques se transmettrait... par la pollution de l'air

Santé

L'air vicié des grandes villes mondiales n'est pas seulement nocif pour nos poumons. Il contient aussi des éléments génétiques susceptibles de propager des bactéries résistantes aux antibiotiques. Des gènes que l'on trouve à des niveaux de concentration inquiétants, y compris en France.


La pollution urbaine liée aux particules fines tue chaque année sept millions de personnes dans le monde, selon l'Organisation mondiale de la santé. Ces particules, en s'insérant dans les organes du corps via les alvéoles pulmonaires, seraient notamment en cause dans 29 % des morts par cancer du poumon, 25 % par accident vasculaire cérébral (AVC) et 43 % des maladies pulmonaires chroniques obstructives. Mais l'air pollué contient un autre grave danger largement sous-estimé : des gènes de bactéries résistantes aux antibiotiques.

Certaines bactéries résistantes ont en effet la capacité de se transmettre leur matériel génétique par transfert horizontal de gènes (entre deux bactéries non parentes), ou via des éléments génétiques mobiles comme les intégrons, les transposons, les plasmides ou les prophages. À travers ces mécanismes, des morceaux d'ADN s'insèrent dans n'importe quelle bactérie (y compris celles naturellement présentes dans notre corps) pour lui conférer une résistance aux antibiotiques. Et ce qui est préoccupant, c'est que ces gènes de résistance (ARG, en anglais) se baladent dans l'air, particulièrement celui pollué de nos villes, comme l'atteste une nouvelle étude parue dans la revue Environmental Science & Technology ce 25 juillet 2018. 

Tours plus exposé que Hong Kong

Les chercheurs ont analysé l'air de vingt grandes villes (San Francisco, Paris, Zurich, Hong Kong, Pékin, Séoul...) pour y détecter la présence de 39 gènes de résistance à sept grands types d'antiobiotiques. Résultat, San Francisco est la ville la plus « contaminée » avec une concertation en ARG 100 fois supérieure à celle de Bandung, en Indonésie. Plus étonnant, Tours, en France, est classée deuxième alors que Hong Kong, supposée plus polluée, est avant-dernière. Pékin est, elle, la ville avec la plus grande diversité de gènes résistants, avec 18 types d'ARG détectés, contre treize pour la ville de Tours ou six pour Zurich. Particulièrement alarmant, des gènes résistants à la vancomycine, pourtant considéré comme l'un des antibiotiques les plus puissants, ont été détectés dans l'air de cinq grandes villes dont Pékin, Paris et Johannesburg.

Les hôpitaux, les élevages et les eaux usées incriminés

Cette pollution d'un nouveau genre provient notamment des activités humaines, comme les hôpitaux, les usines de traitements d'eau usée, l’élevage intensif ou l'agriculture, des endroits où l'on utilise beaucoup d'antibiotiques, ce qui favorise les bactéries résistantes. Le niveau particulièrement élevé de contamination à San Francisco pourrait ainsi s'expliquer par une forte consommation d'antibiotiques dans les hôpitaux de la ville et en l'absence de filtration des émissions adéquates de ces établissements, suggère Maosheng Yao, un des auteurs de l'étude.

Ces bactéries résistantes trouvent dans la pollution un environnement favorable à leur propagation, les particules fines en suspension permettant aux microbes transportant les éléments génétiques mobiles de s'y « accrocher ». Les chercheurs ont également constaté que la concentration en ARG est significativement plus élevée en été, où la pollution a tendance à stagner en ville.

Une pollution biologique largement méconnue

Pour les auteurs de l'étude, il est essentiel de prendre conscience de cette nouvelle pollution. « Jusqu'ici, on se limite à mesurer l'ozone ou les particules fines, sans prendre en compte les éléments biologiques », met en garde Maosheng Yao. La dissémination de l'antibiorésistance par l'air représente pourtant une vraie menace pour la santé humaine, insiste le scientifique. En Europe, 25.000 personnes décèdent chaque année de la résistance aux antibiotiques, selon le Centre européen de contrôle des maladies (ECDC). Et les règles d'hygiène habituelles semblent bien impuissantes face à la contamination aérienne.

Ce qu'il faut retenir
  • L’air pollué des grandes villes est un moyen important de dissémination des gènes de résistance aux antibiotiques.
  • San Francisco et Tours sont les deux villes les plus polluées par ces gènes.
  • Il devient urgent de mesurer cette pollution biologique au même titre que celle des particules fines ou de l’ozone.

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