La rentrée méprisée des accompagnants d'élèves en situation de handicap

Sociétés

Alors que le gouvernement avait promis un meilleur statut pour les AESH, cette rentrée s'avère catastrophique, sur tous les fronts.

Ils avaient annoncé la catastrophe dès l'année dernière, tiré la sonnette d'alarme médiatique, appelé à l'aide sur les réseaux sociaux, où les collectifs se multiplient. Ils, ce sont les AESH, pour accompagnants des élèves en situation de handicap. Des personnels précaires, agents contractuels de l'État qui vont accompagner, guider, sécuriser et participer à l'autonomie d'enfants et adolescent·es en situation de handicap scolarisé·es en milieu «ordinaire»[1], à l'intérieur même de la salle de classe et parfois lors des temps de pause.

Enfant avec trouble du spectre autistique, trouble du déficit et de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), adolescent·e «dys» (dyslexie, dysphasie, dyspraxie...), tout·e élève reconnu·e handicapé·e et ayant besoin d'un accompagnateur doit avoir à ses côtés un·e AESH pour lui permettre de mener le mieux possible sa scolarité. C'est le leitmotiv du gouvernement, l'«école inclusive» et les propositions qui en découlent. Sophie Cluzel, secrétaire d'État auprès du Premier ministre en charge des personnes handicapées avait même déclaré que ce serait l'une des «priorités du quinquennat».

 

Jean-Michel Blanquer, ministre de l'Éducation nationale et de la jeunesse, parlait de sortir de la précarité les AESH (appelé·es AVS pour auxiliaire de vie scolaire jusqu'en 2014[2]), en «professionnalisant» le travail de ces accompagnateurs et accompagnatrices, jusqu'alors non reconnu comme un véritable métier. Mais, au lieu d'éclaircir et de fluidifier un statut pour le moins complexe, les décisions gouvernementales semblent avoir plongé les ultimes résistant·es des AESH dans un état oscillant entre colère froide et résignation démissionnaire.

Petites humiliations, grande désorganisation

Anne, AESH depuis 2006, animatrice du collectif AESH en action, entame sa seconde année en CDI. Elle s'estime «presque chanceuse», ne suivant «que» deux enfants, l'un en CP, le second en CM1. Elle a un contrat de 26 heures pour 817 euros net, rend le collectif très actif sur les réseaux sociaux, et relaie des témoignages d'AESH toujours plus hallucinants. «C'est le bazar complet, s'agace la jeune femme. On touche vraiment le fond là, et la tête la première. En parallèle, je suis syndiquée, et il y a tellement de contrats différents que ça s'arrache les cheveux au pôle juridique.» Car d'un rectorat à un autre, chacun semble n'en faire qu'à sa tête: «Toutes les interprétations des circulaires sont différentes. Quant à la dernière circulaire, celle du 8 juin 2019, sur les nouveaux contrats, elle n'est carrément pas respectée.»

Parmi les problématiques, les affectations dans un établissement. Pléthore d'AESH se sont retrouvé·es à la rentrée sans savoir où ils ou elles devaient aller. Faute de mieux, il leur était répondu de retourner dans leur ancien établissement où, souvent, personne, y compris la direction, ne s'attendait à les voir et où il arrivait qu'il n'y ait pas d'élève à accompagner. D'autres arrivent bien sur le lieu de leur affectation, mais là encore, personne n'a été prévenu. Des petites humiliations qui démontrent une désorganisation, mais qui s'avèrent quasiment des broutilles, comparé au reste.

«Les emplois du temps sont modifiés, on les balade, ils ne comprennent rien.»
Anne, AESH

Car, faute d'affectation et de contrats signés et rendus avant le 4 septembre, nombre d'accompagnant·es n'ont pas été payé·es fin septembre, mais le seront fin octobre. Cette mésaventure s'est déjà produite l'année dernière. Anne se souvient avoir entendu le rectorat répondre à ces travailleurs pauvres: «Vous mangerez mieux le mois prochain.»

Celles et ceux arrivé·es en poste «tombent de haut», remarque l'AESH aguerrie. «Les emplois du temps sont modifiés, on les balade, ils ne comprennent rien. Déjà que c'est un métier sans aucune évolution de carrière possible, alors les gens hésitent...» Sollicité, le ministère de l'Éducation nationale assure pourtant que «cette rentrée s'est nettement améliorée en termes d'accompagnement des élèves en situation de handicap. Nous avons divisé par deux le temps d'attente des élèves en mettant en place des services d'aide et de réponses à destination des parents. Les quelques difficultés restantes sont liées à des notifications d'accompagnement arrivées tardivement».

Ignorance

Le gouvernement avait également promis de professionnaliser le métier. Auparavant, les AESH pouvaient avoir un contrat d'un an ou deux, renouvelable jusqu'à six ans maximum, puis un CDI. Maintenant, ils ou elles ont deux contrats de trois ans avant le CDI. De «la poudre aux yeux» pour ces professionnel·les. Quant à la «formation de soixante heures, elle existait déjà. Et elle est dérisoire, face aux problématiques et handicaps des jeunes que nous accompagnons». En juillet, Anne a payé de sa poche une formation sur les troubles du spectre autistique (TSA) et les «hauts potentiels». Elle soupire: «C'est en train de partir en vrille totale.»

«Des collègues n'arrêtent pas d'appeler en disant qu'ils bossent sans contrat.»
Aurélie, AESH

Un avis partagé par Aurélie, du même collectif, depuis dix ans en poste dont six ans de CDD, les années en contrat aidé ne comptant pas pour l'obtention d'un CDI. «On reste contractuel. Même une fois en CDI, on peut ne plus avoir de travail d'une année à l'autre. Quant aux formations, j'ai souvent demandé à l'Éducation nationale: autisme, langue des signes... Ça sert à rien, ils disent qu'il n'y a pas de budget.» Aurélie suit un seul élève pour le moment, un lycéen «multi-dys», avec qui elle passe quinze heures par semaine. «Il me reste huit heures d'affectation, j'attends avec impatience. Mais l'année dernière, j'ai attendu toute l'année...» Alors que beaucoup d'enfants auraient besoin d'un·e AESH.

La professionnelle a observé un autre problème: des enseignant·es ignorent qu'il y aura dans leur classe un·e élève en situation de handicap, et donc, un·e AESH. Qui, bien souvent, l'ignore aussi jusqu'au moment de rencontrer l'enfant. «Au rectorat ou à l'inspection académique, tout le monde s'en fiche. C'est encore pire cette année, des collègues n'arrêtent pas d'appeler en disant qu'ils bossent sans contrat. Souvent, un chef d'établissement nous demande même d'accompagner un élève qui n'a pas de notification![3]» Avec son collectif, ils ont demandé un rendez-vous en urgence au directeur académique des services de l'Éducation nationale (DASEN).


Lire la suite : La rentrée méprisée des accompagnants d'élèves en situation de handicap


Articles en Relation

Comment le vol de stylos 4 couleurs est devenu un sport national Le célèbre stylo de chez Bic est devenu l'objet d'une étrange fascination dans les collèges et lycées français. Il y a un demi-siècle, Bic lançait ...
Les jeunes boivent moins mais les jeunes boivent mal C'est un peu la faute de leurs progressistes de parents. Ô joie! Les adolescent·es, ces fripouilles qui nous mènent la vie dure, boivent moins. Un ...
À l'école Sudbury, personne n'empêche les élèves de jouer à «Minecraft» toute la... Les enfants décident de leurs activités, de leur emploi du temps et prennent part à toutes les décisions relatives à l'école dans un système de démo...
Vous devriez vraiment laisser un pourboire à votre chauffeur Uber Les conducteurs de VTC ne gagnent pas grand-chose, et ce n'est pas près de s'arranger. Vous devriez laisser un pourboire à votre chauffeur Uber plu...
«Perfect World», amour et handicap au pays du manga Adaptée à la télévision et au cinéma, l'œuvre de la mangaka Rie Aruga renverse les idées reçues sur ces affections en particulier et sur la société ...
Ce que pensent les maîtresses des cadeaux de fin d'année de leurs élèves Des enseignantes racontent ce que ces présents symbolisent pour elles, ce qu'elles en font, ce qu'elles préfèrent recevoir (ou au contraire, qu'il v...

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA