La polémique autour de la chloroquine a dynamité les certitudes de la médecine

Santé

Un membre de l'IHU Méditerranée Infection de Marseille montre des tablettes contenant de la chloroquine et du Plaquenil le 26 février 2020. |  Gérard Julien / AFP 

La pandémie a aussi eu pour effet de remettre en cause plusieurs fondamentaux de la pratique médicale. Des voix s'élèvent pour dénoncer les excès et, si possible, tirer les leçons qui s'imposent.

Emmanuel Macron savait-il qu'on lui poserait la question? Lors de son interview du 14 juillet, interrogé sur ce qu'il ferait au cas où il serait contaminé par le SARS-CoV-2, le président de la République a assuré qu'il «ne prendrait pas de chloroquine». «Non, non, non» a-t-il assuré. C'était là un désaveu sans ambiguïté des recommandations et des pratiques du désormais célèbre Pr Didier Raoult, microbiologiste à l'IHU Méditerranée Infection de Marseille. Et le président de la République de confier qu'il lui arrivait, «lors de pathologies qu'il a parfois, de s'automédiquer». Pour autant il a compris, au vu des données scientifiques sur le Covid-19, qu'il n'y avait pas aujourd'hui de «traitement stabilisé». «S'il n'y a pas de traitement, je ne vais pas en prendre, a-t-il ajouté. Je m'en remettrait aux médecins qui me suivent […] pour éviter que ça dégénère.»

Rappelant que la France est «le pays des Lumières», Emmanuel Macron a dit croire à la «rationalité scientifique». Soulignant que le Pr Raoult est «un grand scientifique» il a expliqué qu'il trouvait «normal» et «légitime» que ce dernier participe du débat scientifique sur la chloroquine. «Ce n'est pas au président de la République ou à un politique de trancher un débat scientifique avec des critères politiques», a-t-il souligné. Et d'ajouter ces mots, à l'adresse du microbiologiste marseillais: «Cela n'est pas plus à un homme scientifique, quand bien même il devient une personnalité publique, d'acter des croyances scientifiques. La science a ses processus de vérification. Et c'est comme ça, je crois, que l'on se porte mieux.»

Le Pr Raoult dans son bureau de l'IHU Méditerranée Infection de Marseille le 26 février 2020. | Gérard Julien / AFP

Le président de la République a-t-il ainsi mis un terme à la polémique sur l'hydroxychloroquine ou n'a-t-il fait que contribuer à l'alimenter? On sait que depuis plusieurs mois cette spécialité pharmaceutique est promue sans retenue par le Pr Raoult. Une promotion qui irrite une partie de la communauté médicale alors qu'une autre partie soutient cette position. Riche d'enseignements, cette polémique témoigne des bouleversements plus généralement induits par cette pandémie dans la pratique médicale et ses rapports avec l'industrie pharmaceutique comme avec la démarche scientifique.

Renaissance de la clinique

La première surprise aura été une forme de renaissance de la médecine clinique, celle qui se fonde sur l'observation directe de la personne malade et de ses symptômes; une médecine qui repose aussi sur les enseignements thérapeutiques obtenus à partir des autopsies pratiquées à des fins scientifiques comme l'explique, sur le site Medscape France, le Dr Jean-Philippe Kevorkian, cardiologue dans le service de diabétologie du Pr Jean-François Gautier (hôpital Lariboisière, Paris). Une pratique dont certains pensent qu'elle est en voie de disparition.

«Je retire de cette expérience que la médecine ne doit pas s'affranchir, entre autres, de deux notions fondamentales: la clinique et le sens critique, explique Claude Matuchansky, ancien ­médecin et chef de service des Hôpitaux de Paris, professeur émérite de ­l'université ­Paris-Diderot. Le troisième aspect indispensable dans ces périodes de très grands dangers, c'est l'entraide, la solidarité et la disponibilité. Même s'il faut bien sûr parler du travail des infirmières et des aides-soignantes, cet épisode a montré que les médecins ont encore un esprit porté vers le devoir de faire ce qu'il faut quoi qu'il arrive. Ils ont été à la hauteur de ce que l'on peut attendre d'eux, et nous pouvons être fiers de nous tous.»

Corollaire de ce retour à la clinique, l'émergence et le développement de la controverse, sans précédent, sur l'hydroxychloroquine. Une polémique lancée et alimentée par un médecin microbiologiste qui, à cette occasion, aura battu des records inégalés de popularité. Or ce débat est précisément né d'un retour à la médecine clinique doublé d'un refus délibéré du respect des règles en vigueur dans le domaine de la méthodologie pharmaceutique.

Tout a commencé il y a plus de quatre mois. «Dans un nouveau tweet devenu la marque de fabrique de ses communications scientifiques, le Pr Didier Raoult a publié hier 27 mars, tard dans la soirée, les résultats très attendus de son essai clinique clandestin portant cette fois sur quatre-vingts patients. Il y annonce “la démonstration in vitro de la synergie hydroxychloroquine/azithromycine pour contrer la réplication du SARS-Cov-2”, le coronavirus Covid-19», peut-on lire dans Les Échos...

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