La plage est aussi un lieu où les femmes se font harceler

Sociétés

Chez les très jeunes femmes, le risque d’être harcelée à la plage est encore plus fort. | Wendy Cutler via Flickr CC  

Selon un sondage, plus de la moitié d'entre elles ont peur de s'y rendre seule.

Sur le sable, les femmes ne se sentent pas toujours en sécurité. C'est ce nous apprend un sondage Bumble, qui révèle que 39% des femmes âgées de 18 à 34 ans disent avoir déjà été victimes de harcèlement à la plage.

Réalisé par YouGov pour l'application américaine de dating Bumble, cette étude met en lumière des comportements les visant qui se poursuivent jusque sur le sable: insultes, moqueries, remarques insistantes, etc. Résultat: 55% des répondantes ont peur de se rendre seules à la plage.

Héloïse Duché est militante et fondatrice de Stop harcèlement de rue, un collectif qui a contribué à imposer ce sujet dans le débat public. Pour elle, la plage se fait le relai des comportements de harcèlement qui gangrènent l'espace public: «Les plages sont des lieux de rencontre et de socialisation, au même titre que les bars ou les festivals. Comme c'est un endroit où l'on est statique, où l'on ne fait pas grand-chose, les chances d'être harcelée sont importantes.»

Ce que confirme Laetitia César-Franquet, sociologue au Centre Emile Durkheim, qui estime que c'est parce que ces comportements n'entraînent aucune conséquence pour les harceleurs qu'ils continuent à s'exercer dans l'espace public. «Souvent, dans le pire des cas, le harcèlement provoque l'indifférence des témoins. Le coût social de ces agissements est nul, ce qui conforte les harceleurs dans l'idée que leur comportement est légitime en société. C'est ce qui fait que les victimes ont honte de ce qui leur arrive et peinent à réagir», explique-t-elle.

«Plus on est jeune, moins on ose se défendre»

Chez les très jeunes femmes, le risque d'être harcelée est plus fort encore. Perçues comme plus vulnérables, elles sont une cible privilégiée: d'après le sondage, 46% des femmes âgées de 18 à 24 ans, soit près d'une sur deux, auraient déjà été harcelées à la plage.

Lisa, 27 ans, peut en témoigner: «J'avais 19 ans, j'étais à la plage avec une amie. Des hommes plus âgés, très insistants, se sont incrustés avec nous pendant un long moment. On était super mal à l'aise, on n'osait pas aller se baigner pour éviter qu'ils nous suivent aussi dans l'eau, mais on n'a rien dit pour ne pas avoir d'histoires.»

Aujourd'hui, avec plus d'expérience, Lisa pense qu'elle et son amie réagiraient différemment: «Si ça arrivait maintenant, on ne serait pas aussi polies. Plus on est jeune, moins on ose se défendre, et ces hommes en profitent.»

Dès le début du printemps, les articles enjoignant les femmes à préparer leur «summer body» pullulent dans la presse féminine. Une injonction à arborer un corps parfait qui en dit long sur les attentes sociales qui régissent les rapports hommes-femmes. L'été, ces dernières sont donc priées de montrer des corps affutés, bronzés et épilés. En un mot: désirables. Car à la plage, le désir s'invite au rendez-vous, comme en témoignent les incitations à faire du bord de mer un haut lieu de la drague.

Une simple recherche Google le confirme: accoler les mots «drague» et «plage» donne lieu à une tripotée d'articles regorgeant de conseils pour bien draguer à la plage, ou d'astuces pour aider les femmes à faire face aux «kékés», «relous» et autres «mecs collants». Un vocabulaire qui tend à relativiser, voire à normaliser le fait que des hommes profitent de la plage pour alpaguer des inconnues, de manière plus ou moins insistante.

«Il y a encore quelques années, ce vocabulaire était aussi utilisé pour parler des hommes qui interpellaient les femmes dans la rue. Grâce à tout un travail de déconstruction et de pédagogie, on les appelle désormais “harceleurs”. Espérons que bientôt, cette évolution concernera l'ensemble des comportements de harcèlement au sein de l'espace public», note Héloïse Duché.

Quand drague flirte avec harcèlement

Quant au terme «drague», qui peut évoquer l'expression d'un désir unilatéral et tend à éclipser la notion de consentement, il mériterait aussi d'être repensé. «Il faudrait plutôt parler de séduction et l'opposer au harcèlement, précise Héloïse Duché. La séduction est une main tendue, le harcèlement est une main qui s'abat. Il est toujours possible de séduire sans harceler, si on ne considère pas l'autre comme un bien de consommation.» Sur ce terrain, la route semble encore longue. Pour faire changer les mentalités, c'est toute l'imagerie liée au corps féminin qu'il conviendrait de revoir....

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