La pilule masculine arrivera-t-elle un jour sur le marché?

Santé

Les effets secondaires de la pilule ne sont pour l'instant réservés qu'aux femmes. | Reproductive Health Supplies Coalition via Unsplash

Le besoin d'un contraceptif masculin, lié à la recherche d'égalité entre les sexes, se fait de plus en plus sentir. Mais les obstacles à sa commercialisation demeurent encore aujourd'hui nombreux.

La pilule féminine fête ses 60 ans et après des années de prise quotidienne et quelques scandales, elle reste le moyen de contraception le plus utilisé par les femmes. Mais loin d'être perçue comme une libération, à la différence de ses débuts, elle est désormais parfois vue comme une contrainte qui fait peser sur les femmes des effets indésirables et la charge mentale de la contraception.

Où en sont les recherches sur une éventuelle pilule masculine? Nombreuses sont les publications qui promettent «une pilule masculine bientôt sur le marché», mais force est de constater que cette dernière n'est toujours pas disponible. Le recours à la pilule féminine reste la norme.

De sérieuses avancées

Aujourd'hui, il existe des pistes sérieuses susceptibles de parvenir à l'élaboration d'une pilule contraceptive masculine. Les travaux les plus avancés sont ceux de l'équipe de la chercheuse en endocrinologie Stephanie Page de l'Université de Washington. Elle travaille sur la mise au point de deux méthodes contraceptives par pilule: le diméthandrolone undécanoate (DMAU) et le 11?-methyl-19-nortestosterone 17?-dodecylcarbonate (11?-MNTDC). Ces deux molécules se fixent sur les récepteurs des androgènes, qui se trouvent au niveau de l'hypothalamus et de l'hypophyse, situées dans le cerveau.

Physiologiquement, l'hypothalamus (situé dans le cerveau) sécrète une hormone appelée GnRH qui passe dans l'hypophyse et stimule la libération de deux autres hormones, la LH et la FSH (appelées les gonadotrophines). Ces deux dernières vont ensuite passer dans le sang et venir stimuler la production de testostérone et de spermatozoïdes dans les testicules. Les deux molécules développées par l'équipe de la docteure Paige permettent de bloquer cette cascade chimique en se fixant aux récepteurs des androgènes –un groupe d'hormones dont la testostérone fait partie– et à la progestérone –hormone et précurseuse de la testosterone. Cela va envoyer un signal au cerveau, lui commandant de ne plus produire de GnRH ni de gonadotrophines, ce conduit à terme à la diminution de la production de spermatozoïdes et de testostérone.

En Australie, l'équipe du professeur Sabatino Ventura de l'Université Monash développe une autre méthode. Elle consiste à bloquer deux protéines situées à la surface des cellules musculaires entourant les canaux déférents, permettant leur contraction et donc le transport hors du corps des spermatozoïdes lors de l'éjaculation.

Si cette dernière méthode n'a pas encore atteint l'étape des essais sur l'homme, celles de la professeure Page ont déjà été testées sur un petit nombre de patients et se sont avérées efficaces et sans effets indésirables importants. La prochaine étape consiste à faire tester les molécules à grande échelle. Cette phase coûteuse nécessite généralement un investissement important des firmes pharmaceutiques. Mais comme l'explique Stephanie Page, le «manque d'intérêt de la part de l'industrie pharmaceutique a gravement entravé l'introduction de nouveaux contraceptifs masculins sur le marché».

Alexandra Roux, docteure en sociologie qui vient de publier une thèse sociohistorique intitulée Par amour des femmes? La pilule contraceptive en France, genèse d'une évidence sociale et médicale (1960-2000), dresse le même constat. «Les essais cliniques pour une pilule masculine ont atteint tous les stades. Il ne restait plus qu'à investir dans les tests à grande échelle. Mais la plupart des industries pharmaceutiques considèrent que ça ne va pas être si rentable que ça et que c'est un trop petit marché.» Pourquoi les firmes considèrent-elles le marché de la contraception masculine comme peu rentable?...

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