La mixtape est-elle un art perdu?

Sociétés

La dernière fois que je suis tombé amoureux, il m’a fallu trois ans pour avouer mes sentiments. Ca peut paraître énorme mais c’était un progrès. Adolescent, la simple idée de me retrouver face à celle qui faisait battre mon coeur plus vite que les autres ne m’effleurait l’esprit que dans le confort d’un rêve bercé par la mélodie d’un slow de Mariah Carey.

Si les quelques décennies que j’ai passées sur cette Terre m’ont appris à vivre avec ma timidité, il reste un domaine dans lequel j’ai encore du mal à lutter contre ma nature. Les filles. Le cliché de l’héroïne de comédie romantique soudainement maladroite quand elle aperçoit son crush n’est pas, en ce qui me concerne, le fruit du travail d’un scénariste paresseux. Quand mon cœur se met à battre trop fort, mes joues deviennent trop rouges et mon sens de la coordination beaucoup trop approximatif. Alors parler de ces sentiments-là, à voix haute, avec des mots, est un exercice qui a souvent relevé de l’impossible.

La correspondance de la génération X

Pour y remédier, j’ai évidemment tenté plusieurs fois d’écrire «quelque chose de bête et de ridicule», une lettre d’amour comme Alfred de Musset avouant, pour la première fois, à George Sand à quel point il est amoureux. Mais ces lettres, même écrites par les plus grands des poètes, font toujours fuir ceux et celles à qui elles sont adressées. Elles sont pires que des mots marmonnés avec une voix tremblante. Ces lettres font peur. Elles sont trop directes, trop franches. J’en ai fait l’amère expérience. Le cher Alfred, également.

Ce qui m’a sauvé est le fruit d’une technologie de pointe. La cassette audio. Ayant grandi dans les années 1980 et 1990, je fais partie de la première génération d’humains capable, dans le confort de sa chambre, d’enregistrer la musique, toute la musique –du moins celle accessible à la radio ou dans la collection de vinyles de ses parents.

Inventée par Philips dans les années 1960, la cassette, petit rectangle de plastique emballant une piste magnétique, se démocratise au milieu des années 1970 avec l’arrivée sur le marché du radiocassette puis du baladeur en 1979. Pas chère, (assez peu) fragile et réutilisable, la cassette devient, dans les années 1980, le support préféré de la jeunesse pour écouter et diffuser la musique. D’un côté, elle est le moyen pour les DJ, rappeurs ou groupes de garage de diffuser au plus grand nombre et à moindre coût leur beats, rimes ou riffs. De l’autre, elle devient le support de toutes les angoisses adolescentes, le support de l’intime. La cassette faisait pour la génération X ce que la lettre avait fait aux précédentes.


Lire la suite : La mixtape est-elle un art perdu?


Articles en Relation

Lire des essais ardus, ça s'apprend Les conseils d'un professeur d'économie de la prestigieuse université de Berkeley. Il n'est pas toujours facile de se lancer dans la lecture d'essa...
La semaine imaginaire de Guy Bedos Guy Bedos à l'Olympia, le 23 décembre 2013. | François Guillot / AFP  Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a f...
La mode inclusive n'est-elle que de la poudre aux yeux? Derrière le soudain intérêt de la mode pour les corps et les genres en dehors de la norme se cache une stratégie marketing recherchant l'équilibre ent...
Le luxuriant paysage du documentaire en France Alors que le Mois du documentaire s'apprête à célébrer son vingtième anniversaire, survol d'un secteur fourmillant d'initiatives. Pour la vingtième...
300 millisecondes vous suffisent pour reconnaître votre chanson préférée La moyenne serait comprise entre un et trois dixièmes de seconde, soit à peu près autant qu'il vous faut pour cligner des yeux. «Dans le port d'Ams...
Comment monter sa propre radio pirate pour moins de 30 euros Tout ce dont vous avez besoin est un Raspberry Pi, un fil de fer et un minimum d'huile de coude. | Rayan Almuslem via Unsplash Avec une portée a...

ACTUALITÉS SHOPPING IZIVA