La justice considère qu'une fille de 14 ans peut être consentante pour coucher avec trois hommes adultes

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Suggestion: parler avec la fille, comme à un être humain, pour comprendre comment elle se sent et déterminer si elle a besoin d'aide. | Jordan via Unsplash

Changer la loi ne suffira pas à dépasser cet échec. Il faut déconstruire des siècles de préjugés, enseigner le consentement actif et poser des interdits très clairs. En un mot: il faut éduquer.

Quand on lit des résumés de ce dont Julie accuse des pompiers, on ne comprend pas ce qui bloque auprès de la justice. On se dit que si cette jeune femme n'obtient pas justice, alors aucune victime ne l'aura jamais.

Revenons en 2008.

Après avoir fait un malaise au collège, Julie est emmenée par les pompiers. Elle échange ses coordonnées avec l'un deux. Elle a 13 ans. Ils s'écrivent sur internet, se revoient. Ils se mettent en «couple». En couple avec une fille de 13 ans... Ça veut surtout dire une chose: ils ont des rapports sexuels. Un jour, Julie a 14 ans, elle va chez lui. Il est avec deux copains collègues. Et ils font une tournante, ou une partie fine, choisissez le terme que vous jugerez le plus adéquat. Les deux copains s'interrogent quand même sur l'âge de la fille, leur pote répond «t'inquiète» et ils ne s'inquiètent pas.

Ces scènes de viols à plusieurs auront lieu à au moins six occasions.

À cela s'ajoutent pendant deux ans des «rapports sexuels» de Julie et d'une vingtaine de pompiers. Ils se refilent son numéro. Pour eux, c'est le plan cul facile, la nympho de service. On lui envoie un message et elle est toujours ok, elle adore les pompiers... Elle a 14 ans.

Julie subira des viols dans des squares, des toilettes, la rue.

Au bout de deux ans, alors que sa santé mentale est de plus en plus fragilisée, elle raconte tout à sa mère. Elles vont immédiatement porter plainte.

Cela fait dix ans.

Au bout de dix ans, que s'est-il passé? Seuls trois pompiers sont poursuivis, et l'accusation de viol a été abandonnée et requalifiée en simple atteinte sexuelle qui sera donc jugée en correctionnelle.

La mobilisation actuelle autour de Julie cherche avant tout à casser cette requalification pour revenir à celle de viol et obtenir un procès aux assises.

Mais alors que fait la justice?

Deux raisons à la requalification

Face à une décision de justice qui est prise à l'aune de documents et de témoignages que nous ne connaissons pas, il faut toujours s'interroger. Il faut se demander pourquoi le ou la juge a tranché dans ce sens.

Surtout dans un cas comme celui-là, qui paraît si évident. Ça ne peut pas être si simple, pense-t-on. À cela s'ajoute la prime de sympathie pour les pompiers en général, qui accroît la méfiance coutumière envers les victimes.

Deux choses ont mené les magistrats à cette requalification.

D'abord, l'état psychologique de Julie. Elle est très fragile. Au cours de ces dix ans de procédures judiciaires qui n'aboutissaient pas, alors que personne ne semblait la croire dans l'institution, Julie a inventé des faits. Elle s'est envoyée à elle-même des messages de menaces de façon anonyme. Elle a dit avoir été séquestrée. Une autre fois, elle a raconté avoir été violée par des inconnus dans un bois.

Julie n'allait pas bien. L'expertise psychiatrique évoque divers troubles. Dans notre système judiciaire, ses mensonges ont discrédité ses accusations. Pourtant, on pourrait également y voir les symptômes d'un traumatisme profond.

Surtout que, et c'est un point à mon sens essentiel: les pompiers ne nient pas les faits. Ils les admettent. Donc Julie n'a pas menti sur ce qui s'est passé entre 2008 et 2010. Le point de débat, c'est celui de son consentement.

C'est là que les magistrats suivent les accusés: pour eux, Julie aurait été consentante. Les pompiers ont expliqué qu'elle les aurait contactés sur MSN. Elle leur aurait tenu des propos à connotation sexuelle. Certains ne savaient pas quel âge elle avait, ils affirment avoir cru qu'elle avait 17 ans. (Et là, j'ai tellement envie de leur hurler dessus que quand bien même, on ne traite pas une fille de 17 ans de cette façon-là.)

En fait, notre justice considère qu'une fille de 14 ans peut être consentante pour coucher avec trois hommes adultes. Et dans ce cas, il est logique de requalifier en atteinte sexuelle sur mineure de moins de 15 ans.

Ce n'est pas plus compliqué que cela. Parce que les accusés confirment ce qui s'est passé cet après-midi-là, la première fois où ils étaient trois. Et ils assurent qu'elle était ok. Elle avait 14 ans.

Comment dire...

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