«La Grande Muraille», bastion sino-américain menacé par les monstres et Donald Trump

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«Nous sommes moins différents que nous le croyons.» La réplique finale de La Grande Muraille énonce à la fois le constat de ce qui s’est joué entre ses deux protagonistes principaux,

le mercenaire occidental William et la générale chinoise Lin, et la thèse économique, politique et esthétique que plaide le film, dans son dispositif de production autant que par son scénario.

Un film américain réalisé par un Chinois

Il sont bien pratiques, ces monstres numériques pleins de griffes et de dents qui attaquent par millions le mur où les affrontent l’armée d’élite de l’empire du milieu, avec Matt Damon comme arme de destruction massive surgie en renfort. À l'heure du marché mondialisé, plus question de désigner une nation comme figure du mal (il y a bien Daech et la Corée du Nord, mais ils ne peuvent pas toujours servir).

Contre de pareils méchants, plus de soucis géopolitiques, les Chinois et l’Américain flanqué d’un copain latino peuvent sans souci représenter toute l’humanité. La blague, habituelle à Hollywood, étant que ces forces du mal sont réputées incarner l’avidité et le goût du lucre –comme si ce n’était ce qui guide aussi les fabricants du film.

La Grande Muraille est situé en Chine. Il est signé par le plus célèbre réalisateur chinois, Zhang Yimou. Pourtant, en le regardant, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un film américain. Il est d’ailleurs écrit et produit par des citoyens des États-Unis.

Ses concepteurs n’ont pourtant pas lésiné sur les tentatives de métissage. Entre occidentaux et asiatiques donc, mais aussi entre cinéma et jeux vidéo pour ce qui est de l’imagerie, et entre film et série avec cette manière de filmer la muraille qui rappelle d’autant mieux le Mur du Nord de Game of Thrones que la musique composée par le même compositeur, Ramin Djawadi, ne manque jamais de souligner l’analogie.

Ce recours systématique à l’hybridation est un tantinet paradoxal dans un film dont le théâtre principal est une muraille supposée assurer une barrière infranchissable entre «nous» (quel que soit ce nous) et ceux du dehors.

Le talent démiurgique déployé comme ordonnateur des cérémonies des Jeux olympiques de Pékin

Pas de quoi arrêter Zhang Yimou, réalisateur surdoué mais prêt à tous les compromis. Bénéficiant d’énormes moyens, il donne libre court à son incontestable talent démiurgique, celui qu’il aura déployé au maximum comme ordonnateur des ouverture et clôture des Jeux olympiques de Pékin.

On y retrouve l’usage codé des couleurs, qui atteignait déjà un sommet de kitsch à l’époque de Hero, et ce savoir-faire dans le déplacement ordonné de grandes masses où le digital relaie efficacement les dramaturgies totalitaires. Zhang était déjà allé très loin dans une de ses récentes superproductions «historiques», le mochissime La Cité interdite, saturé de pixels et de gadgets orientalisants.

Pour qui prête un peu d’importance aux esthétiques et aux idées, il y a exemplairement une trahison majeure dans la mise en image de La Grande Muraille: comme tant d’autres films, celui-ci utilise le brouillard, ressource traditionnelle de la peinture classique chinoise, qui permet de rendre sensible, visuelle, la notion essentielle de vide. Mais ce vide-là n’est certainement pas un espace dans lequel se précipiter la tête la première pour aller faire le mariole avec des flèches explosives. Impressionnante, la séquence est construite sur l’assujettissement d’un concept fondateur de la pensée chinoise à l’exigence de l’action spectaculaire à l’américaine.

Stratégie industrielle et affrontement politique

Mais l’hybridation va plus loin, et est plus complexe: La Grande Muraille est produit par une société américaine, Legendary… dont le principal actionnaire est chinois. Nul autre que le géant des médias Wanda, qui possède aussi le plus grand circuit de salles aux États-Unis, AMC, et est en train de construire un empire dans les médias et l’entertainment en Chine même, appuyé sur sa toute puissance dans l’immobilier.

La Chine compte aujourd’hui 41.000 écrans de cinéma, et vient en cela de dépasser les États-Unis (qui en ont 40.000). N°1 d’un marché qui n’est plus qu’à quelques encablures du la pole position mondiale également en termes de recettes en salles, Wanda multiplie les modes d’hybridation industrielle, commerciale et surtout capitalistique pour s’imposer à l’égal des plus grands studios américains, sinon les supplanter....

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