La gestion musclée du coronavirus en Chine

Santé

Une personne suspectée d'être contaminée par le coronavirus peut parfaitement être emmenée de force à l'hôpital. | STR / AFP 

Alors que le Covid-19 montre une redoutable tendance à se répandre dans plusieurs parties du monde, rares sont les pays où les contrôles imposés à la population pourraient être aussi stricts qu'en Chine. Pour le pouvoir, à Pékin, ce coronavirus ne peut être combattu qu'en déployant avec autoritarisme un maximum de restrictions. Et les possibilités d'utiliser celles-ci ne se sont pas estompées avec la montée en puissance économique du pays.

Elles puisent leur origine autour de 1949, lorsque le Parti communiste chinois est arrivé au pouvoir. C'est alors qu'ont été créés les comités de quartier qui existent et fonctionnent encore. Principalement composés de retraité·es et en contact étroit avec la police, ils sont chargés dans les villes de surveiller la population de chaque immeuble. Accessoirement, ils servent aussi à superviser l'aide sociale ou même à arbitrer d'éventuels conflits de voisinage. Dans les campagnes, des villageois sont également affectés aux mêmes missions.

Depuis que le coronavirus est apparu, la température corporelle des Chinois·es est étroitement surveillée. Les membres des comités de quartier braquent systématiquement un thermomètre à infrarouge en forme de pistolet sur le visage de quiconque entre dans un immeuble ou en sort. Il arrive aussi que le comité pénètre dans les appartements pour effectuer des contrôles de température des habitant·es. Cette pratique est particulièrement développée dans les villes où il y a le plus de risque que le Covid-19 sévisse. Ce qui est en particulier le cas à Wuhan. Cette ville, où le coronavirus a commencé à apparaître en décembre 2019, est plongée dans l'immobilité ainsi que les agglomérations alentours.

Un employé d'hôtel à Wuhan le 29 janvier 2020 montre le thermomètre qui lui servira à prendre la température des personnes qui y séjourneront.| Hector Retamal / AFP

Ailleurs, notamment à Pékin, les mouvements restent limités. Un carton a été distribué dans chaque famille: il ne permet qu'à une personne par jour de sortir –avec un masque– pour faire quelques achats. Dans les magasins ouverts, il faut se tenir à distance les un·es des autres. Par ailleurs, il est interdit à plus de 400 personnes de monter ensemble dans un ascenseur; et chacun doit se tenir à distance dans l'un des carrés dessinés sur le sol. Dans les rares restaurants qui ne sont pas fermés, quelques tables sont espacées d'au moins 1,5 mètre. Quelques salons de coiffure restent ouverts. Mais pour dissiper un éventuel risque de dissémination du virus, il n'est pas permis à plus de deux personnes en même temps de se faire couper les cheveux et coiffer. Les entrées des hutong, ces petites ruelles traditionnelles de Pékin, sont barrées. Il faut montrer que l'on y habite pour accéder à une maison.

Renforcement de la censure

La surveillance généralisée s'accompagne d'une possibilité de répression. Toute contestation du traitement du coronavirus est officiellement considérée comme «malvenue» par le pouvoir chinois. Sur l'internet chinois, des commentaires –moins nombreux actuellement– expriment des inquiétudes sur l'ampleur du coronavirus ou même des critiques plus ou moins virulentes sur l'attitude du gouvernement face à cette maladie. Au bout de quelques minutes, la censure efface tout ce qui est écrit sur de tels sujets. Mais les personnes qui ont émis ce genre de doutes ont été repérées. Elles sont trop nombreuses pour être toutes sanctionnées mais, sous l'accusation de «propagation de fausses nouvelles», les plus audacieuses risquent désormais d'être arrêté·es.

C'est le cas, entre autres, de l'avocat Chen Qiushi qui, s'improvisant journaliste, est allé en janvier parcourir les hôpitaux de Wuhan en publiant sur internet des exemples de gestion approximative et en s'interrogeant sur les chiffres officiels de morts officiels. Début février, la police l'a placé en quarantaine forcée. En même temps, le mode de calcul officiel des victimes a été modifié laissant penser que les critiques de Chen Qiushi étaient peut-être fondées. Parallèlement, des universitaires critiques du régime sont réduits au silence, de peur sans doute qu'ils expriment des réserves sur la gestion du coronavirus. Ainsi Xu Zhiyong, qui s'est fait connaître en réclamant un état de droit en Chine, a été arrêté le 15 février à Canton. De même que Xu Zhangrun, qui s'était opposé il y a deux ans à ce que Xi Jinping devienne président à vie, est assigné à résidence à Pékin avec interdiction de communiquer avec l'extérieur.

La façon d'agir des autorités chinoises n'est pas nouvelle. En 1957 déjà, alors que la République populaire n'était installée que depuis sept ans, Mao Zedong, le numéro 1 du régime, constatant une montée du mécontentement dans la population, avait lancé la «Campagne des cent fleurs». Le slogan officiel est alors: «Que cent fleurs s'épanouissent, que cent écoles rivalisent!». Il est clairement demandé à chacun d'exprimer en toute confiance ses doléances. Le résultat est que, très vite, la nature même du régime est mise en cause: le rôle du Parti communiste au sein de la société chinoise est contesté, les privilèges dont bénéficient certains de ses membres sont dénoncés, tandis que la liberté de la presse est réclamée ainsi que la création de nouveaux syndicats qui ne seraient pas de simples courroies de transmission du parti.

Au bout de trois mois, Mao déclare que «tous les mots qui s'écartent du socialisme sont malvenus». Une campagne antidroitière est décrétée. Des écrivain·es et des enseignant·es notamment sont obligé·es de se soumettre publiquement à d'humiliantes séances d'autocritique. Nombre d'entre elles et eux sont envoyé·es en camps de travail. Le parti communiste a rétabli sa domination. L'épisode des «cent fleurs» lui a permis de la renforcer...

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