La génération Z va-t-elle enterrer les émojis?

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Cet emoji ne signifie pas la même chose pour tout le monde et dans tous les contextes. | Markus Winkler via Unsplash 

À l'heure de TikTok, l'émoji est de moins en moins utile. Dans un monde numérique aseptisé et allergique aux surcharges iconographiques, il est désormais malvenu et estampillé «boomer».

«L'homme qui pleure de rire», voilà comment les libraires ont choisi de retranscrire le titre d'un des derniers ouvrages de Frédéric Beigbeder, constitué d'un unique émoji. Cet ouvrage à lui seul cristallise une forme de hiatus entre les générations. Utilisé au premier degré par les plus âgés, l'émoji rigolard ne serait utilisé qu'au deuxième voire au troisième degré pour les plus jeunes des internautes. CNN l'annonçait en février 2021, l'émoticône emblématique est boudée par la genération Z (née entre 1997 et 2010), qui lui préfère la tête de mort.

Vous ne voyez pas le rapport entre le rire et un simple crâne? C'est pourtant simple. «Il s'agit de signifier le fait qu'on est littéralement “mort de rire”. C'est un usage hyperbolique, comme lorsqu'on envoie un gif qui représente un personnage qui s'esclaffe, alors qu'on est plutôt placide face à son écran. Il est plus facile de comprendre une émotion si elle est exacerbée», décrypte Chloé Léonardon, dont la thèse porte sur les émoticônes.

Le glissement sémantique a de quoi surprendre, si l'on considère que les émojis représentent une palette d'émotions assez exhaustive pour signifier à peu près ce que l'on veut. D'après Pierre Halté, linguiste et auteur de l'ouvrage Les émoticônes et les interjections dans le tchat, cet usage détourné n'est pas un phénomène incongru. «Dès lors qu'on met un système de signe à disposition (ici, les émojis), on va les décaler, jusqu'à en changer le sens», éclaire le chercheur.

L'usage très premier degré ne serait plus que l'apanage des «boomers», ceux-ci surutilisant les émojis dans des énoncés à la graphie numérique aléatoire. Mal utiliser un émoji constitue désormais une gaffe assez classique et largement moquée sur les réseaux sociaux.

Utiliser au premier degré un émoji est quasiment tout aussi mal vu. «L'émoji “sourire” le plus basique peut parfois passer pour du passif-agressif, notamment chez les jeunes», rappelle Chloé Léonardon. De la même manière, on peut désormais deviner l'âge d'une personne par ses choix syntaxiques (l'utilisation à outrance des points de suspension). Se dessine alors une ligne entre ceux qui savent décoder ces implicites et ceux qui n'ont pas accès à ce sous-texte. Par exemple, l'émoji «pleurer» permet lui aussi de manifester son hilarité.

Pour Chloé Léonardon, «avoir la maîtrise d'un code linguistique, c'est avoir le pouvoir». Le pouvoir d'encoder un sens singulier et de le transmettre à un autre internaute, sans même qu'il y ait besoin de préciser que l'émoji n'est pas utilisé en son sens premier. «Cependant, il y a des expressions compréhensibles uniquement sur Twitter ou sur Facebook. Il faut s'intégrer dans une communauté écrite, c'est un bain linguistique spécifique. À chaque plateforme sa forme de communication spécifique, qui s'accompagne de choix syntaxiques et pragmatiques», continue la chercheuse....

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